Elvis & Nixon : l’anecdote la plus grotesque jamais racontée sur grand écran.

02/08/2016

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Titre : Elvis & Nixon

Réalisateur : Liza Jonhson

Avec : Michael Shannon, Kevin Spacey, Alex Pettyfer, Johnny Knoxville, Colin Hanks 

Genre : Comédie, Historique, Biopic

Durée : 1h 26

Nationalité : Américain

Sortie : 20 juillet 2016

Synopsis: En 1970, Elvis Presley se rend à Washington dans le but de convaincre le président Nixon de le nommer agent fédéral. Se présentant à l’improviste à la Maison Blanche, la rock-star réussit à faire remettre une lettre en mains propres au président pour solliciter un rendez-vous secret.

 

 

 

On adore l’Amérique, ce pays grand comme un continent et rempli de star, de fast-food et de revolver. Mais ce qu’on aime par-dessus tout (en tout cas pour moi), c’est son Histoire. Car les américains sont de purs patriotes, fiers de leur drapeau (la fameuse bannière étoilée), de leur hymne national et de leur Constitution. On ne rigole pas avec l’histoire américaine, c’est du sérieux. Alors imaginez ma tête lorsque j’ai vu ce titre : Elvis & Nixon. Il y avait de quoi se poser de sérieuses questions. Qu’est-ce qu’un président et une star du rock ‘n’ roll font dans le même titre ? Pour tirer cette histoire au clair, j’ai pris mes pieds et j’ai couru au cinéma mener l’enquête.

Tout commence avec une lettre et se termine par une photo :

« Cher Monsieur le Président, je tiens d’abord à me présenter. Je suis Elvis Presley, je vous admire et j’ai un grand respect pour votre fonction. J’ai parlé avec le vice-président Agnew, à Palm Springs, il y a trois semaines et je lui ai fait part de mon inquiétude au sujet de notre pays. Les junkies, les hippies, le mouvement radical Students for a Democratic Society, les Black Panthers ne me considèrent pas comme leur ennemi ou, selon leurs termes, le représentant de l’ordre établi. Moi, j’appelle cet ordre établi l’Amérique et je l’aime. Monsieur, je peux et je vais me mettre au service de notre pays pour qu’il s’en sorte. »

Kevin Spacey stars as Richard Nixon (left) and Michael Shannon stars as Elvis Presley (right) in Liza Johnson’s ELVIS & NIXON, an Amazon Studios / Bleecker Street release.

L’intrigue est la suivante. Elvis Presley, le King, ne reconnait plus son pays à travers ses trois télés. L’heure est grave, il est de son devoir d’intervenir. Sans se faire inviter, il se rend (il débarque plutôt) à Washington afin de rencontrer le locataire de la Maison Blanche, un certain Richard Nixon. Son but… être nommé agent fédéral (rien que ça) pour sauver l’Amérique de la drogue et de la contre-culture (et je ne rigole pas). Accompagné de son ami et assistant Jerry Schilling et d’une lettre griffonnée à la va vite dans l’avion, la star se présente à la Maison Blanche. Refoulé à l’entrée, il réussit tout de même à déposer sa missive que les conseillers Egil « Bud » Krogh et Dwight Chapin remettent en main propre au Président. Ce dernier, peu enclin à satisfaire les désirs du King, refuse. L’histoire aurait pu ou dû s’arrêter là, mais c’est mal connaitre Elvis.

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Le point de départ de cette production, c’est une photo aussi mythique que la route 66. Quand la grande Histoire rencontre la petite, ça fait des étincelles et des films comme celui-ci. Elvis & Nixon est à l’image de films tel qu’Argo de Ben Aflek ou du Discours d’un roi de Tom Hooper, il aborde des moments secrets ou privés qui ont joué un rôle important dans l’Histoire. Pourtant, ce n’est pas la première fois que ce récit est raconté au cinéma, le Elvis Meets Nixon d’Allan Arkush s’attaquait déjà à ce sujet en 1997.

Quand on pense à Nixon, on pense immédiatement au scandale du Watergate. Quand on pense à Elvis, c’est sa musique, ses costumes, sa dégaine voire ses films qui nous reviennent en mémoire. Le film s’appuie essentiellement sur les témoignages croisés de deux ouvrages. Le premier, Me and a Guy Named Elvis, est un livre écrit par le dénommé Jerry Schilling qui à ce jour serait le seul témoin d’une grande partie des faits relatés. Et le second, The Day Elvis Met Nixon, est un recueil de Egil Krogh, alors conseiller à la Maison Blanche durant le mandat de Richard Nixon. Avec le concours de la réalisatrice  Liza Jonhson, dont c’est le troisième long-métrage, on nous livre la rencontre de deux géants du moment que tout oppose mais qui ont besoin l’un de l’autre pour des raisons divergentes. Si Elvis veut satisfaire sa lubie pour les insignes et sauver les USA, Nixon a besoin d’un sérieux coup de pouce pour booster sa popularité auprès de son électorat et tout particulièrement chez les jeunes, qui en 1970 sont en pleine rébellion.

Kevin Spacey stars as Richard Nixon in Liza Johnson’s ELVIS & NIXON, an Amazon Studios / Bleecker Street release.

Le film est principalement porté par ses deux acteurs principaux ; Michael Shannon et Kevin Spacey, qui nous livrent une partition inattendue et à mourir de rire. Il n’y a beau avoir aucune ressemblance physique entre les interprètes et leurs modèles, et pourtant même sans les connaitre on y croit. Leur  jeu est comparable au duo du « clown blanc et l’Auguste », rythmé et plein de surprises. Comme leurs personnages, les deux acteurs partagent certains points en commun, notamment le fait d’avoir joué tous les deux des super-vilains dans la franchise Superman (Lex Luthor et Zod). Kevin Spacey en président Nixon a un jeu qui rend justice à la vision que j’avais de  Nixon, avec un côté enfant gâté et lourdaud qui joue les patrons mais qui, face au caprice de sa fille, cède facilement pour une photo. On aurait pu craindre de voir resurgir le spectre de Frank Underwood de la série House of Cards, mais il est resté sagement hors du film. C’est définitif : après les rôles de psychopathes, celui des présidents lui sied à merveille.

Michael Shannon stars as Elvis Presley in Liza Johnson’s ELVIS & NIXON, an Amazon Studios / Bleecker Street release.

Mais c’est Elvis qui crève l’écran. Les premiers quarts d’heure du film lui sont réservés. Michael Shannon nous dépeint un King sur le déclin,  plutôt charismatique et aux idées loufoques, mais qui se prend au sérieux du début jusqu’à la fin. On est bien loin des clichés véhiculés sur la rock-star. Sauver l’Amérique des narcotrafiquants qui financeraient la contre-culture, c’est une idée, mais venant de lui c’est vraiment cocasse quand on sait qu’il en mourra quelques années plus tard. Et c’est sans doute ça le plus hilarant, dès le début on comprend que cette histoire n’est pas à prendre au sérieux sur tous les aspects. Les autres acteurs sont en grande majorité anecdotiques, la réalisatrice tente bien de les faire exister à coup de dialogue dynamique ou comique mais seul Alex Pettyfer, qui interprète Jerry Schilling, nous reste en mémoire. Il est d’ailleurs pour moi le véritable héros de l’intrigue, son petit dilemme m’a tenu en haleine jusqu’au bout. 

Colin Hanks stars as Egil Krogh (left) and Evan Peters stars as Dwight Chapin (right) in Liza Johnson’s ELVIS & NIXON, an Amazon Studios / Bleecker Street release.

Côté mise en scène, c’est un festival de tout ce qui fait les années 70, que ce soit dans le style vestimentaire, les décors, les accessoires ou la BO. La bande sonore du film est plutôt sympathique si on n’est pas un spécialiste de la Soul. Les connaisseurs constateront que le compositeur Edward Shearmur n’a pas jugé utile de ne mettre que des titres originaux mais d’y inclure des reprises. Musicalement, cette BO est très riche (surtout en quantité) et ne se limite pas seulement aux années 70. Parmi ses compositions qui se veulent inspirées de la soul et du jazz, on retrouve du Otis ReddingCreedence Clearwater Revival ou encore SAM & DAVE. Mais pas un seul morceau du King.

La plongée dans les Seventies est complétée  par un usage répété des images d’archives en qualité Super 8. Cela donne au film un aspect documentaire. Les archives sont utilisées à des moments plutôt banals pour illustrer l’environnement urbain de Washington, ou encore certains événements comme Woodstock, les hippies, les manifestations contre la guerre au Viêt-Nam, les black panthers ; c’est du plus bel effet sur les trois postes TV du King

Alex Pettyfer stars as Jerry Schilling in Liza Johnson’s ELVIS & NIXON, an Amazon Studios / Bleecker Street release.

Le film déconstruit totalement le mythe des deux personnalités qu’elle met en scène, ce n’est pas un combat de titans ou des joutes verbales qui nous sont offertes, mais une immense farce avec deux Divas. Même si l’on rit de bon cœur, on comprend vite que cette rencontre n’a rien de décisif pour l’Histoire américaine, à la différence d’Argo, c’est un simple fait divers qui aujourd’hui ferait seulement la une des magazines People, et qu’on aurait vite oublié.

Mais le film a quand même le mérite de désacraliser la fonction de président et la Maison Blanche, dont le protocole drastique est balayé par les bizarreries d’une star qui, loin de se laisser impressionner, met l’homme le plus puissant du monde à son niveau (à savoir bien bas). Elle préfigure aussi l’évolution des deux sphères que sont la politique et le showbiz. Si aujourd’hui voir Obama serrer la pince à Kanye West serait un fait banal, pour les années 70 c’est presque impensable.

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En conclusion, Elvis & Nixon est un bon divertissement, mais sans plus. La réalisation n’est pas très originale, et la mise en scène s’appuie peut-être un peu trop sur ces deux acteurs. On regrettera que les acteurs secondaires ne soient pas assez travaillés. Le film est vraiment très court, car il manque de sous-intrigues pertinentes, mais il n’est pas pour autant à jeter aux orties parce qu’il a le mérite de détendre l’atmosphère.

En ces temps de course électorale, c’est une bonne parenthèse. Hilary Clinton et Donald Trump, entre deux meetings, devraient le visionner. 

 

Hello !!! Moi c’est Greycie alias Satshy. Comme la plupart de mes camarades, je n’ai pas reçu non plus de lettre pour Poudlard mais les Vacances au Camps des sangs-mêlés dans le bungalow d’Athéna me semblaient plus attrayantes ^^
Enfant des années 90, née sous le signe du taureau et du mouton (calendrier lunaire), je suis du genre déterminée et espiègle. Etudiante en Master cinéma, je me définis comme une enthousiaste. Dès que j’ai une passion, je m’y livre à fond (cheval, cuisine, manga, Japon, voyage, danse classique, etc.), tout y passe depuis deux décennies. Je suis donc une touche à tout mais la passion qui accapare tout mon temps actuellement (et pour longtemps), c’est la littérature. Romance, fantasy, BD, contemporain, manga, historique, science-fiction, … Je lis, que dis-je, dévore de tout ; avec une nette préférence pour le genre dystopie et le young adult. Couplé avec le cinéma, c’est le combo gagnant pour s’évader vers d’autres horizons.
Mes bouquins préférés sont la saga « Percy Jackson » avec les « Héros de l’Olympe » de Rick Riordan ainsi que « Orgueil & préjugés » de Jane Austen. Côté séries, ce sont Once Upon a Time et Outlander et pour le 7ème art la Saga Star Wars et l’adaptation encore une fois de Orgueil et préjugés de 2005.
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One Comment

  1. assez sympathique cette rencontre improbable entre le king et le président des states.
    beaucoup d'humour et de second degré, et quel casting.

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