CHOUF - Un autre regard sur la cité Nord de Marseille.

04/10/2016

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Titre : CHOUF

Réalisateur : Karim Dridi

Avec :  Sofian Khammes, Foued Nabba, Zine Darar

Genre : Drame

Durée :  1h 48min

Nationalité : Franaçais

Sortie : 5 octobre 2016

Synopsis : Chouf, ça veut dire « regarde » en arabe. C’est le nom des guetteurs des réseaux de drogue de Marseille. Sofiane, 24 ans, brillant étudiant, intègre le business de son quartier après le meurtre de son frère, un caïd local. Pour retrouver les assassins, Sofiane est prêt à tout.
Il abandonne famille, études et gravit rapidement les échelons. Aspiré par une violence qui le dépasse, Sofiane découvre la vérité et doit faire des choix.

 

 

 

 

 

On l’appelle la cité ou la banlieue, on la qualifie de quartier dit sensible, défavorisé ou à problèmes. La banlieue, c’est le territoire dont les médias parlent sans arrêt mais dont on ne sait quasiment rien. Une sorte de lieu à part que l’on fantasme mais que l’on craint surtout. Zone de non droit, de brassages culturels, de tragédies dignes de Shakespeare ou d’un western hollywoodien ou de joie et d’espoir comme dans les comédies, elle revêt tous les visages possibles. Littérature, musique, art graphique, tous l’ont prise pour muse, et le cinéma n’y échappe pas. Le film de banlieue fait partie du paysage cinématographique. Français depuis toujours, c’est un genre qui parle des maux d’une population, celle des immigrés, des ghettos abandonnés à leur sort et surtout de sa jeunesse désabusée. C’est de ce chaos que Chouf, le film de Karim Dridi, tire son inspiration et dévoile à la fois l’histoire, la richesse et le talent de ses habitants.

 

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Chouf c’est l’équivalent de « regarde » en arabe. Comme la plupart des mots tirés d’autres langues, il s’est inscrit dans notre langage quotidien, enfin dans l’univers des réseaux de drogue. Chouf, c’est le guetteur, celui qui est chargé de surveiller qui rentre dans la cité et ce qui s’y passe. Il est à la solde des caïds, ceux qui contrôlent la cité. C’est dans ce monde que vit Sofiane, un jeune garçon de 24 ans. Sofiane, c’est le prototype de l’ascension sociale par l’éducation. C’est un jeune homme issu de l’immigration, d’origine maghrébine qui grâce à son intelligence et son travail, poursuit de brillantes études dans une prestigieuse école de commerce à Lyon. Il peut espérer avoir un avenir prometteur au sein de la société française, tout le contraire de son frère et de ses camarades des cités nord de Marseille qui eux sont restés dans le milieu. De retour dans son quartier pour un court séjour, Sofiane assiste impuissant à l’assassinat d’un caïd de la cité qui n’est autre que son propre frère. Cet événement va marquer un tournant dans la vie du jeune homme et le faire basculer. Sofiane plaque tout du jour au lendemain pour se consacrer à la traque des assassins. Pour y parvenir, il va devoir se faire une place dans le cartel de la drogue.

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Chouf fait partie d’un triptyque de films sur la cité Phocéenne commencé en 1995 avec le premier volet Bye-Bye qui se centrait sur la découverte de ce « personnage-lieu » qu’est Marseille. En 2008, Karim Dridi remet le couvert avec Khamsa où il s’intéresse au milieu gitan des quartiers Nord. Chouf ne fait pas exception mais la démarche est différente car elle se veut la plus authentique et réaliste possible. C’est le véritable visage de la banlieue qui transparaît de ce film, aussi brutal soit-il. Bien qu’il s’en défende, le film rentre dans une sorte de démarche naturaliste pour faire immerger les causes et les effets d’une vie dans ces quartiers (le déterminisme social qui conditionne). Pour arriver à ce brillant travail, le réalisateur n’a pas hésité à s’immerger dans ces quartiers et à côtoyer ces jeunes pendant deux années. De ces échanges est née cette intrigue qui parle de la fatalité qui règne en banlieue, de la guerre des cartels et des familles qui enterrent à tour de bras sans que rien ne puisse enrayer la machine. Alors bien sûr, tout n’est pas triste, il y a des sourires sur certaines séquences, mais la violence n’est jamais bien loin et vous rappelle à l’ordre.

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Mais on a beau avoir le meilleur scénario du monde, il ne vaut rien s’il n’est pas porté par des acteurs capables d’en retranscrire toute la dimension. Un pari gagné haut la main par le réalisateur franco-tunisien qui prend le risque de diriger une troupe de comédiens amateurs. Pendant son immersion, Karim Dridi a encadré un atelier pour les jeunes et a pioché ses acteurs parmi eux. Le résultat est bluffant, chacun des protagonistes interprète parfaitement son rôle sans surjouer, avec justesse et sincérité. Sofian Khammes, qui interprète Sofian, est vraiment poignant. Il réussit parfaitement à retranscrire cette ambiguïté entre la réussite qu’il représente pour toute sa famille et ses camarades et la mise à l’écart à laquelle il fait face à chaque fois qu’il s’intéresse aux activités de ses amis. La douleur de la perte, le déséquilibre qu’elle suscite et la culpabilité de s’être élevé pour sortir de ce milieu, tout cela il le porte parfaitement. Face à lui, Reda, joué par Foued Nabba, un personnage qui a vraiment de la gueule, il joue le grand caïd de la cité, un grand stratège autant diplomate que juge, il fait la loi tel un pitbull. J’ai adoré son jeu. A côté d’eux, il y a d’autres acteurs tous aussi talentueux.

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La mise en scène est efficace. Le montage est bien rythmé et percutant.  Le film met l’accent sur le regard et les expressions du visage. Il y a pas mal de gros plans sur les visages, des visages particuliers, marqués par le vécu. Les regards ne peuvent pas se dérober aux scènes, elles nous font constater le poids des mots, des gestes. C’est « soumettre ou être soumis ». La confrontation des regards, c’est un défi qui peut mal se terminer, ce que Dridi met parfaitement à l’écran. Le film met aussi en avant la banalisation de la violence et des trafics ; on peut donc voir une mère ou un petit frère réclamer de l’argent provenant de méfaits sans que cela ne pose le moindre problème ou encore faire le chemin de l’école sous les rafales de balles. Et c’est cela qui marque, et que le film pointe du doigt car habitué à ce quotidien, la relève est déjà assurée. Alors bien sûr, le film n’est pas que tristesse et meurtre, le réalisateur met l’accent sur les valeurs de la famille, de l’amitié, de la loyauté et surtout de l’amour. L’amour d’un frère, d’une mère ou de la femme que l’on aime. Et même si cela ne suffit pas à consoler Sofiane, elle reste néanmoins présente.  

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En conclusion, Chouf est un excellent film à la fois captivant et tragique, il donne la parole à la cité et ses habitants et est porté par des acteurs qui savent de quoi ils parlent et qui donc ne font pas vraiment semblant. La démarche de Karim Dridi donne un aspect docu-fiction plaisant et plus authentique. Alors oui, c’est le dernier qui parle de Marseille mais si M. Dridi pouvait encore en réaliser d’autres, ce serait avec plaisir que j’irais les voir car il y a tant à dire.

Hello !!! Moi c’est Greycie alias Satshy. Comme la plupart de mes camarades, je n’ai pas reçu non plus de lettre pour Poudlard mais les Vacances au Camps des sangs-mêlés dans le bungalow d’Athéna me semblaient plus attrayantes ^^
Enfant des années 90, née sous le signe du taureau et du mouton (calendrier lunaire), je suis du genre déterminée et espiègle. Etudiante en Master cinéma, je me définis comme une enthousiaste. Dès que j’ai une passion, je m’y livre à fond (cheval, cuisine, manga, Japon, voyage, danse classique, etc.), tout y passe depuis deux décennies. Je suis donc une touche à tout mais la passion qui accapare tout mon temps actuellement (et pour longtemps), c’est la littérature. Romance, fantasy, BD, contemporain, manga, historique, science-fiction, … Je lis, que dis-je, dévore de tout ; avec une nette préférence pour le genre dystopie et le young adult. Couplé avec le cinéma, c’est le combo gagnant pour s’évader vers d’autres horizons.
Mes bouquins préférés sont la saga « Percy Jackson » avec les « Héros de l’Olympe » de Rick Riordan ainsi que « Orgueil & préjugés » de Jane Austen. Côté séries, ce sont Once Upon a Time et Outlander et pour le 7ème art la Saga Star Wars et l’adaptation encore une fois de Orgueil et préjugés de 2005.
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