Le ciel attendra - Un film d'utilité publique

14/10/2016

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Titre : Le ciel attendra

Réalisateur : Marie-Castille Mention-Schaar

Avec : Sandrine Bonnaire, Noémie Merlant, Clotilde Courau, Naomi Amarger

Genre : Drame

Durée : 1h 44min

Nationalité : Français

Sortie : 5 octobre 2016

Synopsis : Sonia, 17 ans, a failli commettre l’irréparable pour « garantir » à sa famille une place au paradis. Mélanie, 16 ans, vit avec sa mère, aime l’école et ses copines, joue du violoncelle et veut changer le monde. Elle tombe amoureuse d’un « prince » sur internet. Elles pourraient s’appeler Anaïs, Manon, Leila ou Clara, et comme elles, croiser un jour la route de l’embrigadement… Pourraient-elles en revenir?

 

 

 

 

 

Après la sortie de l’excellent film Les héritiers en 2014, qui racontait le parcours d’une classe en difficulté qui concourait sur le thème de la Shoah, la réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar s’attaque à un nouveau à thème sensible : celui de la radicalisation des jeunes. Un fléau qui inquiète mais dont on ne sait pas vraiment grand-chose.

Pourquoi des jeunes gens de divers milieux s’embarquent pour la Syrie et s’engagent dans un conflit qui les dépasse et ne les concerne pas ? Pourquoi les familles n’ont rien vu venir ? Qui est susceptible de tomber dans les filets des recruteurs ? Et comment font-ils ? A travers son film Le ciel attendra, Marie-Castille Mention-Schaar a voulu répondre en partie à ces questions en s’intéressant aux cas de jeunes filles qui, bien que minoritaires dans cette vague de départs, n’en restent pas moins préoccupants.

 

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Fille aînée d’une famille mixte sans histoire, Sonia, 17 ans, est interpellée par les forces de l’ordre avant de commettre un attentat. Dès lors, elle est engagée contre son gré dans un douloureux processus de dé-radicalisation. Face à elle, des parents perdus qui ne savent plus sur quel pied danser pour ramener leur fille à la raison.

De l’autre côté, le spectateur fait la connaissance de Mélanie, enfant du divorce qui vit avec sa mère. Impliquée dans des œuvres humanitaires, c’est une fille modèle qui joue du violoncelle et rend visite à sa grand-mère souffrante. Insouciante et un peu mal dans sa peau (comme tous les jeunes), c’est à la suite d’un malheur qu’elle va se laisser séduire par un garçon sur Facebook. Après de nombreuses discussions, des mots doux et le visionnage de vidéos sur la théorie du complot, Mélanie bascule et tombe dans le  piège.

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Pour interpréter ces deux demoiselles, la réalisatrice fait appel à Noémie Merlant et Naomi Amarger, deux jeunes actrices qui se sont déjà illustrées dans son précèdent long métrage Les Héritiers. Elles jouent toutes les deux des partitions très différentes mais avec une intensité et une force incroyables, en particulier Noémie Merlant, interprète de Sonia, qui m’a glacé le sang. Les adultes ne sont pas en reste : mention spéciale aux acteurs Zinedine Soualem et Sandrine Bonnaire dans le rôle des parents (Samir et Catherine) de Sonia qui réussissent à transmettre tout le désarroi et l’impuissance de la situation, tantôt compréhensifs et inquiets, tantôt meurtris et en colère. Clothide Courau, qui joue une autre mère, m’a pour le coup moins marquée mais se rattrape à la fin.

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Un autre personnage apparaît à l’écran, c’est l’anthropologue Dounia Bouzar, directrice de la CPDSI  (Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam), qui joue son propre rôle. Sa présence, bien que controversée, apporte une touche d’espoir et propose à la fois une autre image de l’islam, plus spirituelle et tolérante mais aussi une méthode pour démonter les rouages néfastes de la radicalisation. Elle donne la parole à tous les protagonistes et met des mots sur ce qui nous dépasse. Un rôle apaisant mais une méthode qui reste expérimentale et dont les résultats restent fragiles, ce que le film met bien évidence. Son intervention dans l’intrigue donne un côté documentaire au film.

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Le film est une fiction mais reflète les mésaventures de nombreuses familles françaises. C’est après avoir enquêté auprès de ces familles mais aussi de jeunes repenties que la réalisatrice a composé le scénario avec l’aide de l’écrivain Emilie Frèche. Le film propose une sorte de miroir inversé, avec d’un côté la radicalisation et de l’autre la dé-radicalisation. A travers ses personnages et leur histoire, la réalisatrice montre le fonctionnement des recruteurs et leur méthode d’endoctrinement. Elle appuie le fait que ce phénomène peut toucher tout le monde et met en lumière les sombres rouages de l’endoctrinement.

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Si l’intrigue est simple, la mise en scène est percutante, elle s’appuie sur l’alternance des histoires. Un choix plutôt désorientant pour la simple raison qu’il n’y a aucun repère chronologique précis, que ce soit les lieux, les actions ou le temps. Certains choix de mise en scène tombent dans la facilité mais cela reste justifiable dans le sens où il y a trop à dire pour seulement 1h40 de film et que le but, c’est de frapper rapidement les esprits (sur moi cela a bien fonctionné). Les spectateurs sont donc placés à la hauteur de chaque protagoniste, que ce soit les parents ou leurs enfants.

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Mais surtout, ce qui frappe le plus, c’est la forte présence des moyens de communication et des réseaux sociaux dans ce processus d’embrigadement efficace. Cela met en évidence un gouffre générationnel. D’un côté des parents pas tout à fait au point sur Facebook, YouTube et compagnie, et de l’autre une génération hyper connectée qui ne sait pas faire le tri dans les infos et surtout dans les relations nouées sur le net. C’est d’ailleurs cette relation conflictuelle qui est mise à mal tout au long du récit. Parents et enfants ne savent plus communiquer. Le cas le plus flagrant est celui de Mélanie dont les parents sont absents, jamais dans le même plan ou la même séquence.  Les grands « méchants », quant à eux, ne sont jamais visibles, ils sont comme des êtres désincarnés, seuls leurs voix et leurs mots à travers le téléphone et les tchats permettent de les identifier. Pour les spectateurs, ils sont insaisissables, toxiques et omniprésents dans les têtes de ces filles. Le plus choquant, c’est la dépendance qu’ils créent et c’est impuissant derrière le grand écran que l’on assiste à leurs basculements.

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En conclusionLe Ciel attendra est un  film percutant par son sujet et sa narration. Elle mêle fiction et documentaire efficacement malgré des raccourcis et un manque d’unité dans la chronologie. Les acteurs font vraiment le job, on ne reste pas indiffèrent à chacun des personnages qu’ils campent. Adultes et ados, tout le monde peut s’identifier. Alors bien sûr, le film ne fait que résumer une situation beaucoup plus complexe et n’a pour vocation que d’informer ou de tirer la sonnette d’alarme, mais il le fait très bien. C’est un film qui devrait être vu par le plus grand nombre à titre de prévention.

 

Faire cette critique n’a pas été une partie de plaisir tant le sujet est difficile et sensible, mais la démarche de ce film est si importante qu’en ces temps difficiles, il fallait en parler. A titre personnel, ce long-métrage m’a touchée et bouleversée plus que je ne l’aurais imaginé.

 

Hello !!! Moi c’est Greycie alias Satshy. Comme la plupart de mes camarades, je n’ai pas reçu non plus de lettre pour Poudlard mais les Vacances au Camps des sangs-mêlés dans le bungalow d’Athéna me semblaient plus attrayantes ^^
Enfant des années 90, née sous le signe du taureau et du mouton (calendrier lunaire), je suis du genre déterminée et espiègle. Etudiante en Master cinéma, je me définis comme une enthousiaste. Dès que j’ai une passion, je m’y livre à fond (cheval, cuisine, manga, Japon, voyage, danse classique, etc.), tout y passe depuis deux décennies. Je suis donc une touche à tout mais la passion qui accapare tout mon temps actuellement (et pour longtemps), c’est la littérature. Romance, fantasy, BD, contemporain, manga, historique, science-fiction, … Je lis, que dis-je, dévore de tout ; avec une nette préférence pour le genre dystopie et le young adult. Couplé avec le cinéma, c’est le combo gagnant pour s’évader vers d’autres horizons.
Mes bouquins préférés sont la saga « Percy Jackson » avec les « Héros de l’Olympe » de Rick Riordan ainsi que « Orgueil & préjugés » de Jane Austen. Côté séries, ce sont Once Upon a Time et Outlander et pour le 7ème art la Saga Star Wars et l’adaptation encore une fois de Orgueil et préjugés de 2005.
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3 Comments

  1. J'avais hyper envie d'aller voir ce film mais malheureusement il passe dans le seul Pathé de Lyon qui soit supeeer loin de chez moi :( Alors je sais ce n'est pas une raison, si je peux j'irais le voir car il a l'air juste GÉNIAL et je ne comprends pas pourquoi il ne passe pas dans toutes les salles de France !!!

    • Je t'encourage vivement à le voir, il est vraiment bien. Après malheureusement ce n'est pas un film bankable, j'espère qu'il restera dans les salles le plus loin temps possible.

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