Tu ne tueras point - Le retour en grande pompe de Mel Gibson

05/11/2016

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Titre : Tu ne tueras point

Réalisateur : Mel Gibson

Avec : Andrew Garfield, Vince Vaughn, Teresa Palmer, Sam Worthington, … 

Genre : Drame, Guerre, Biopic, Historique

Durée : 2h11min

Nationalité : Américain

Sortie : 9 novembre 2016

Synopsis: Quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté, Desmond, un jeune américain, s’est retrouvé confronté à un dilemme : comme n’importe lequel de ses compatriotes, il voulait servir son pays, mais la violence était incompatible avec ses croyances et ses principes moraux. Il s’opposait ne serait-ce qu’à tenir une arme et refusait d’autant plus de tuer.
Il s’engagea tout de même dans l’infanterie comme médecin. Son refus d’infléchir ses convictions lui valut d’être rudement mené par ses camarades et sa hiérarchie, mais c’est armé de sa seule foi qu’il est entré dans l’enfer de la guerre pour en devenir l’un des plus grands héros. Lors de la bataille d’Okinawa sur l’imprenable falaise de Maeda, il a réussi à sauver des dizaines de vies seul sous le feu de l’ennemi, ramenant en sûreté, du champ de bataille, un à un les soldats blessés.

 

 

La seconde Guerre Mondiale est le conflit le plus meurtrier du XXème siècle. C’est aussi l’un des sujets récurrents d’Hollywood. On y voit l’horreur des combats mais aussi la bravoure de ses hommes.

Présenté au prestigieux festival de la Mostra de Venise (73ème), réputé pour être l’antichambre des Oscars, Hacksaw Ridge ou en français « Tu ne tueras point » signe le grand retour de Mel Gibson sur le devant de la scène d’Hollywood, 10 ans après son dernier long métrage : Apocalypto (2006). Et pour son retour, Mel a vu les choses en grand en s’attaquant à l’histoire d’un soldat qui s’est discrètement illustré durant la grande guerre côté pacifique. S’illustrer ? De nombreux soldats ont été héroïques pendant ce conflit, mais l’homme que le réalisateur de Braveheart (1995) a mis à l’écran est aussi courageux que fou. Et pour cause : il n’avait pour seule et unique arme que sa simple FOI.

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L’Amérique est une terre de patriotisme (plus patriote tu meurs) et de foi. Si ces deux éléments vont de pair en temps de paix, ils peuvent être en totale contradiction en temps de guerre. L’histoire de Desmond Doss en est le meilleur exemple. Natif de Virginie, Desmond Doss, fils cadet d’un ancien soldat de la Première guerre et alcoolique notoire, William Thomas Doss, et de Bertha Oliver Doss, connait bien la violence et ses effets. Ayant été le témoin des fréquentes violences conjugales et ayant lui-même failli commettre l’irréparable avec son aîné, le jeune homme très pieux s’est juré ne plus faire usage de la violence, peu importe l’instrument.

1942 sonne l’entrée en guerre des Etats-Unis et comme tous ses camarades, Doss veut participer à l’effort de guerre. Contre l’avis général de sa famille et malgré sa récente idylle avec la belle infirmière Dorothy Schutte, le jeune homme s’engage dans le corps d’infanterie en tant qu’aide médical. Mais voilà, ce dernier détail n’est pas pris en compte et face à la hiérarchie qui ne comprend pas son choix de ne pas porter d’arme, Desmond arrivera-t-il à conserver et à faire accepter ses convictions religieuses tout en servant son pays ?

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Tu ne tueras point fait partie de la grande famille des films de guerre qu’Hollywood affectionne tant. Tiré d’une histoire vrai, le film sort du carcan des films de fiction pour rejoindre celui des reconstitutions historiques. Un détail non négligeable pour le spectateur, puisque le discours du film a beaucoup plus de poids et de résonance pour lui. Ce récit qui se veut moraliste, patriote et religieux est un projet taillé pour le « très croyant » réalisateur australien. Ce que le titre français ne manque pas de faire remarquer. En choisissant « Tu ne tueras point » (une des règles des dix commandements) plutôt que Hacksaw Ridge, qui fait référence au lieu du conflit comme le veut la tradition américaine des films de guerre, il axe le point de vue du récit sur la religion. Et on peut y voir une ambiguïté puisque porter une arme est un droit religieusement respecté au pays de l’oncle Sam, aussi sacré que la foi.

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Le film est construit en deux parties et sur des oppositions, avec en premier lieu une sorte de rétrospective de la vie de Desmond sur son enfance, sa famille et ses convictions, puis dans un second temps sur la bataille de Hacksaw Ridge dans laquelle il s’illustre.

Comme pour chacun de ses films, Mel Gibson fait appel au thème de la volonté d’un homme seul face à l’autorité. On est habitué à ces oppositions, même si s’est toujours grandiloquent. Si William Wallace et Jésus avaient les Anglais pour l’un et les Pharisiens et romains pour l’autre, Desmond est confronté non pas aux japonais mais à l’administration militaire américaine. En temps de guerre, on doit mettre de côté ses valeurs pour accomplir son devoir de soldat et défendre la nation. Sauf que notre protagoniste ne voit pas les choses de cette façon. Le film est donc une mise à l’épreuve perpétuelle pour le soldat Doss. Et c’est bien connu:  la foi peut déplacer des montagnes.

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La figure du héros ordinaire, pas vraiment taillé pour le combat mais qui fait preuve d’une endurance remarquable, est aussi convoquée. Car oui, c’est bien connu chez Gibson, les héros ont une aura presque christique qui en impose. La caméra présente chacune des actions de Desmond comme héroïque et valeureuse. Mais quel acteur pour endosser un tel rôle ? C’est Andrew Garfield qui s’y colle. L’éternel adolescent mais déjà « super-héros » héros de Spider-Man a une interprétation plus que juste de ce héros inconnu. Il incarne totalement son personnage, que ce soit par l’accent, la posture ou la démarche. Les convictions et la détermination de Doss se reflètent incroyablement bien sur son visage.

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Les autres protagonistes ne sont pas en reste. C’est un casting 5 étoiles avec Sam Worthington et Vince Vaughn en sergent et capitaine désarmé face à un sujet qu’il juge excentrique et dangereux dans l’armée. Hugo Weaving est tout simplement émouvant en père désenchanté par la vie, traumatisé par la guerre. Malgré la violence qu’il faisait régner dans son foyer, c’était un père aimant ; une ambiguïté que l’acteur retranscrit parfaitement. Pour jouer la jolie infirmière qui fait battre le cœur de notre héros, Mel Gibson a porté son choix sur Teresa Palmer, une actrice que l’on a notamment vu dans Numéro quatre et Warm bodies. Comme Andrew Garfield, elle s’est complètement investie dans le rôle. On dit que derrière chaque grand homme il y a une femme, l’actrice joue parfaitement le soutien moral même si c’est un poil mielleux à certains moments.

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Si on vous dit Mel Gibson fait un film, vous pensez immédiatement que ça va saigner. Alors pour un film de guerre, autant vous dire qu’il s’en est donné à cœur joie. La violence et son esthétisation sont une constante du cinéma de Gibson. Il y accorde une attention toute particulière pour des questions de réalisme historique. Comme pour la Passion du Christ (2004), la violence est visuellement insupportable et graduelle. Toute la panoplie  de l’horreur est déversée dans la mise en scène des combats avec son lot de corps décharnés, mutilés, de morts brusques et atroces. Une construction progressive mais forte qui marque les esprits. Le réalisateur préfère la suggérer bien avant la première sortie sous les balles du protagoniste par les dialogues des rescapés, la présentation du champ de bataille avant enfin d’aboutir au moment clé, la bataille. Ce procédé a le don de faire grandir l’angoisse et l’inquiétude du spectateur avant l’insoutenable. Et on n’y échappe pas. C’est au moins 20 minutes de combats sans fond sonore qui défilent sous nos yeux.

Mais cette volonté historique s’égrène parfois pour des moments vraiment improbables, pour ne pas dire ridicules. L’horreur cède la place à des exploits typiquement hollywoodiens, comme l’utilisation d’un cadavre comme bouclier ou le coup de pied digne d’un footballeur pour renvoyer une grenade en plein vol.

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Une seule ombre au tableau pour ce film : l’image de l’ennemi. Mel Gibson a toujours eu ce problème dans ses précédents films. Mais c’est aussi l’éternel souci des productions Hollywoodiennes qui ont tendance à garder un regard manichéen sur les protagonistes de leur histoire. Les ricains sont placés au rang de martyrs dans le récit, contrairement aux japonais qui sont présentés comme de vulgaires êtres assoiffés de sang. L’ennemi n’a pas le droit à la parole, ses actes parlent pour lui et reflètent l’image traditionnelle du japonais en temps de guerre : le samouraï, le Hara-kiri ou le kamikaze.

Les guerriers japonais sont donc déshumanisés (d’ailleurs, il n’y a quasiment pas de cadavres japonais sur le champ de bataille et les quelques soldats nippons que Doss a tenté de sauver (même s’ils n’ont pas survécu) ne sont jamais montrés mais juste suggérés par les américains), ils ne sont plus que des machines de guerre fourbes (le comble du cliché). Pourquoi un tel traitement ? Pour donner du poids au message moral que le film veut véhiculer en opposant les valeurs américaines et japonaises sur les questions de l’honneur, de la valeur de la vie ou de l’humanité. Un choix regrettable selon moi.

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En conclusion, j’ai beaucoup apprécié le ton donné au film et la représentation de Desmond Doss sur grand écran. Cet homme méritait bien un film à lui tout seul. Il montre que les héros ne sont pas forcément les plus forts physiquement ou les plus appliqués à tuer.  Si comme moi vous supportez difficilement les films de guerre et la violence qui en résulte, vous aurez évidemment du mal à tenir mais ça vaut la peine car le message que porte ce film mérite réflexion. Le casting fait le boulot. Mention très bien à Andrew Garfield qui a enfin un grand rôle dans son CV et qui entre dans la cour des grands. Malgré la qualité du film et la mise en scène étudiée de Mel Gibson, je mets mon bémol sur le traitement fait aux japonais. Dans tous les cas, Mel Gibson signe un percutant 5ème film, plus qu’un acteur, c’est un réalisateur confirmé maintenant.

Hello !!! Moi c’est Greycie alias Satshy. Comme la plupart de mes camarades, je n’ai pas reçu non plus de lettre pour Poudlard mais les Vacances au Camps des sangs-mêlés dans le bungalow d’Athéna me semblaient plus attrayantes ^^
Enfant des années 90, née sous le signe du taureau et du mouton (calendrier lunaire), je suis du genre déterminée et espiègle. Etudiante en Master cinéma, je me définis comme une enthousiaste. Dès que j’ai une passion, je m’y livre à fond (cheval, cuisine, manga, Japon, voyage, danse classique, etc.), tout y passe depuis deux décennies. Je suis donc une touche à tout mais la passion qui accapare tout mon temps actuellement (et pour longtemps), c’est la littérature. Romance, fantasy, BD, contemporain, manga, historique, science-fiction, … Je lis, que dis-je, dévore de tout ; avec une nette préférence pour le genre dystopie et le young adult. Couplé avec le cinéma, c’est le combo gagnant pour s’évader vers d’autres horizons.
Mes bouquins préférés sont la saga « Percy Jackson » avec les « Héros de l’Olympe » de Rick Riordan ainsi que « Orgueil & préjugés » de Jane Austen. Côté séries, ce sont Once Upon a Time et Outlander et pour le 7ème art la Saga Star Wars et l’adaptation encore une fois de Orgueil et préjugés de 2005.
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