Nous tournons en rond dans la nuit - Un roman surprenant sur bien des points

21/04/2017

Titre : Nous tournons en rond dans la nuit

Auteur : Daniel Alarcon

Editeur : Albin Michel

Prix : 24,00 €

Parution : février 2017

Nombre de pages : 416 pages

Genre : Contemporain

Résumé : Henry Nuñez, le célèbre dramaturge, décide après un séjour en prison de remonter la pièce qui l’a rendu célèbre et qui lui a valu ses années à l’ombre : Le Président Idiot. Soutenu dans cette entreprise par l’un de ses amis de longue date, Henry n’est cependant plus l’homme qu’il était à l’époque. Petit à petit, le quotidien et la dimension triviale de la vie ont eu raison de sa passion jadis dévorante pour le théâtre. C’est pourquoi, quand il auditionne Nelson, il décide directement de le prendre pour jouer le rôle du fils du président dans sa pièce. Il faut dire que Nelson a tout pour lui plaire : plus jeune d’une vingtaine d’années, il a toujours cette ferveur pour le théâtre qui semble parfois s’être éteinte chez Henry. En plus, Nelson a été bercé toute sa vie par les idéaux de Diciembre, la première troupe de théâtre activiste et révolutionnaire d’Henry. Enfin, Nelson est d’accord pour embarquer presque du jour au lendemain pour une tournée à travers le pays afin de faire connaître la pièce…

 

J’ai passé un excellent moment avec ce roman. Si je l’ai tout d’abord choisi parce qu’il y était question de théâtre, j’ai eu le plaisir de découvrir que le théâtre n’est pas la seule thématique abordée dans ce roman… On pourrait presque dire qu’en fait, il n’est pas la principale thématique du roman. En effet, alors que la petite troupe de comédiens se rend en tournée dans tout le pays, c’est l’occasion pour l’auteur de dresser un portrait (plutôt amer) de l’Amérique latine. Le pays duquel sont originaires les personnages n’est pas nommé pendant le roman (sauf inattention de ma part !) mais les nombreuses allusions à un gouvernement dictatorial pendant les années 80, ainsi que les noms des personnages et le rapport de Nelson aux USA (qu’il considère comme un véritable pays de cocagne au début du roman) me font dire qu’il doit s’agir d’un des pays de l’Amérique latine. L’image que l’auteur nous en donne est celle d’un pays profondément marqué par les années de dictature, leur tournée dans la campagne est l’occasion de décrire des villages assez retirés, où Nelson découvre un pays blafard et blessé qui réapprend à vive.

La narration en elle-même est très agréable, et aussi un peu surprenante à plusieurs titres. En effet, j’ai cru pendant une bonne partie du roman que c’était un narrateur omniscient qui racontait l’histoire, avant de me rendre compte (après une centaine de pages il me semble) que celle-ci était en réalité racontée par un protagoniste, venu récolter des informations auprès des différents personnages des années plus tard.

Par ailleurs, les expériences souvent très proches de Nelson et d’Henry – qu’il s’agisse de leurs amours malheureux, de leur rapport au théâtre et à la création ou encore de l’intense sentiment de révolte qui les anime – en font des personnages qui se répondent et fonctionnent en miroir, de même que les personnages que ces protagonistes incarnent sur scène dans la pièce Le Président Idiot. À suivre leurs récits enchâssés, le lecteur en vient à penser qu’ils sont presque interchangeables.

Le roman est donc construit dans son intégralité sur un mode qui va mettre à mal les attentes du lecteur pour le surprendre. Et pour moi, c’est un pari totalement réussi. J’ai passé un moment très agréable et je recommande ce roman qui offre à la fois une vision assez dure de la situation telle qu’elle peut être – ou telle qu’elle a pu être – dans certains pays, tout en gardant une dimension nostalgique et finalement assez contemplative. Par ailleurs, – et c’est le genre de détails qui me fait d’autant plus accrocher au roman – le titre Nous tournons en rond dans la nuit est le début d’une citation latine qui apparaît dans le roman Le Nom de la Rose d’Umberto Eco et qui se termine (assez tristement) par « et nous nous consumons dans le feu », donnant une portée d’emblée assez tragique à l’ensemble du roman et de sa réflexion, que celle-ci porte sur le monde, sur la politique ou sur l’individu.

Passionnée de lecture et de cuisine, j’adore voyager main dans la main avec les héros d’un roman. J’ai toujours un livre dans mon sac et mon téléphone à la main. Mon éternel compagnon d’aventure dans toutes mes lectures ? Une grande tasse de thé fumante !
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