Loin de la foule déchaînée - Quand le récit classique rencontre la modernité du cinéma

02/06/2015

Loin-de-la-foule-dechainee-affiche

 

Titre : Loin de la Foule Déchaînée

Réalisateur :  Thomas Vinterberg

Avec : Carey Mulligan, Matthias Schoenaerts, Michael Sheen, Juno Temple…

Genre : Drame/Romance/Historique

Durée : 1h59

Nationalité : Américain / Britannique

Sortie : 3 Juin 2015

Synopsis : Dans la campagne anglaise de l’époque victorienne, une jeune héritière, Bathsheba Everdeene doit diriger la ferme léguée par son oncle. Femme belle et libre, elle veut s’assumer seule et sans mari, ce qui n’est pas au goût de tous à commencer par ses ouvriers. Bathsheba ne se mariera qu’une fois amoureuse. Qu’à cela ne tienne, elle se fait courtiser par trois hommes, le berger Gabriel Oake, le riche voisin Mr Boldwood et le Sergent Troy.

 

 

 

 

S’il y a bien une chose que j’aime par-dessus tout, ce sont les periods dramas britanniques. J’en ai vu énormément et je ne m’en lasse pas, que ce soit en film ou en téléfilm (bbc/itv) ! Les plus intéressants à mon sens sont les adaptations des grands auteurs de l’époque Victorienne. Alors quand j’ai vu qu’une adaptation d’un roman de Thomas Hardy allait sortir au cinéma, j’étais plus qu’heureuse !

 

 

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas Thomas Hardy, petit rappel : Hardy a vécu entre le XIXème et XXème siècle. Il s’est toujours considéré comme un poète, mais il a vite réalisé qu’il ne pourrait en tirer de l’argent. Il décide alors d’écrire des romans et nouvelles. Le succès se fait assez rapidement, malgré le fait que les œuvres d’Hardy soient souvent jugées très sombres et pessimistes. Son livre le plus connu est Tess d’Uberville, l’histoire d’une jeune femme qui à cause d’un homme de son passé, va voir sa vie et son mariage réduits en fumée. Un livre qui évoque des thèmes très forts et sombres tels que le viol, l’abandon et le pardon. Loin de la Foule Déchaînée a été un des premiers romans qu’Hardy a écrit. Un livre beaucoup plus léger, que je n’ai malheureusement pas encore lu. Il faut dire qu’après ma lecture de Tess D’Uberville, j’avais eu un peu de mal à m’en remettre et je n’avais pas trop envie de recommencer l’expérience ahah.

 

Carey Mulligan as "Bathsheba" in FAR FROM THE MADDING CROWD. Photos by Alex Bailey.  © 2014 Twentieth Century Fox Film Corporation All Rights Reserved

 

Le livre n’a finalement pas été tant adapté que cela à la télé ou au cinéma. C’est donc une œuvre assez méconnue que le danois Thomas Vinterberg adapte ici. Le réalisateur est connu pour ses œuvres assez sombres lui aussi, et très « européennes ». Son dernier film, La Chasse, avec Mads Mikkelsen (Hannibal) m’avait beaucoup marquée de par son sujet et sa réalisation. Même si ce n’était pas un choix « logique » qu’un réalisateur indé comme lui puisse réaliser une production Hollywoodienne comme celle-ci, au final je trouve qu’il en ressort une cohérence particulière. J’ai eu la chance de voir le film en avant-première la semaine dernière et nous avons pu discuter avec le réalisateur. De son point de vue, lui aussi a été assez étonné quand on lui a proposé le film, mais il nous a avoué que son œuvre n’était finalement pas si éloignée des thèmes de prédilection d’Hardy. Le film, comme le livre, je suppose, est moins sombre que Tess d’Uberville, par exemple.

 

On suit Bathsheba Everdene, une jeune femme qui se trouve à la campagne pour aider sa tante avec sa ferme. Elle y fait la rencontre de Gabriel Oak, un berger assez timide qui s’éprend assez vite d’elle. Bathsheba se trouve être une jeune femme assez libre, qui n’a pas pour envie d’être attachée à un homme toute sa vie. Quand Oak lui fait sa demande, elle la décline gentiment, tout en lui déclarant que jamais il ne pourrait la supporter toute sa vie. Après un événement qui lui fait perdre sa bergerie, Oak est obligé de quitter la campagne. De son côté, Bathsheba apprend qu’elle a hérité de la ferme et des biens d’un oncle décédé il y a peu. La voilà maintenant propriétaire et donc d’un rang plus élevé. Elle est enfin libre et n’a plus besoin d’épouser un homme pour pouvoir vivre. Oak recroise le chemin de Bathsheba un jour en aidant à arrêter un incendie dans la ferme de celle-ci. Elle décide de l’engager comme berger. Il n’est donc plus envisageable pour lui de la voir comme une possible épouse, puisqu’il est maintenant d’un rang moins élevé qu’elle. Une amitié sincère et franche se développe entre eux. Bathsheba va avoir beaucoup à faire pour se faire respecter en tant que femme dans le monde de l’agriculture. Elle fait alors la rencontre de son voisin, le sombre et plus âgé M. Boldwood. Assez vite, il s’éprend ‘elle. Elle joue avec lui, mais finalement préfère écouter sa passion et finit par épouser un officier, laissé seul devant l’autel quelques mois plus tôt alors qu’il allait épouser la femme de sa vie. Un homme beau mais aussi très charmeur, qui fera oublier à Bathsheba la liberté qu’elle a mis temps de temps à acquérir. Vont s’en suivre de nombreuses péripéties qui vont montrer à l’héroïne que la vie n’est pas toujours telle qu’on l’imagine.

 

_D3S2472.NEF

 

Le film est très féministe dans de nombreux points et dialogues, ce qui pour l’époque (des faits et de l’écriture) est rare et nouveau. Le personnage de Bathsheba est d’une ouverture d’esprit assez incroyable sur la condition de la femme de l’époque. Elle tient tête aux hommes et n’a pas peur d’user de ses charmes pour arriver à obtenir ce qu’elle veut. Elle ne le fait pas d’une manière outrancière mais d’une façon authentique et intéressante. C’est une femme qui malgré toutes ses erreurs restera digne et juste. Elle est le genre d’héroïne qui fait tourner les têtes des hommes, jusqu’à les rendre fous. Elle est même modernisée jusque dans ses tenues qui sont peu conventionnelles dans leurs matières pour l’époque (cuir, jeans, motifs, …). Les relations entre les personnages sont intéressantes et même si on ne les comprend pas toujours ou même si on n’adhère pas, il y a une réelle intelligence derrière. Les personnages vivent une destinée qui leur échappe et qu’ils ont bien du mal à rattraper. C’est vraiment intéressant à regarder, même si on peste devant les personnages : )

 

Loin-de-la-foule-dechainee-Far-from-the-Madding-Crowd-2014-1

 

Bien entendu, le casting aide beaucoup à rentrer dans l’histoire. Carey Mulligan est vraiment parfaite en Bathsheba et son duo avec le belge Matthias Schoenaerts (De Rouille et D’Os) rend le film encore plus intéressant. Car c’est vraiment la relation des deux personnages, entre non-dits et disputes, qui donne au film son envolée romanesque. Matthias Schoenaerts, qui s’est déjà illustré dans quelques films en anglais (récemment vu dans Les Jardins Du Rois ou Suite Française), paraît ici à son aise : il n’a aucun accent francophone et se fond dans le décor comme s’il était britannique depuis des générations. Carey Mulligan, quant à elle, est toujours aussi sublime et malicieuse (son sourire !). Vous pourrez voir en bas de l’article le lien d’une chanson qu’elle chante pendant le film : que dire à part qu’elle est parfaite !

 

325542

 

On retrouve aussi au casting Michael Sheen (Masters of Sex), qui à mon sens incarne à la perfection M. Boldwood, cet homme taciturne mais qui cache un fond honorable. De même pour Tom Sturridge qui joue à merveille l’homme beau et ténébreux qui arrivera à faire chavirer notre héroïne !

 

loin_de_la_foule_2

 

Un beau casting, une très belle BO et une réalisation soignée font de ce film une très belle adaptation victorienne. Le réalisateur avait pensé un temps changer la fin, mais tous les anglais présents lui ont dit que ce serait un sacrilège et fort heureusement il les a écoutés ! Je ne saurai donc que trop vous recommander ce film pour ses dialogues, ses acteurs et ses merveilleux décors ! De plus, si vous êtes fans de films d’époque britannique, vous apprécierez la modernité de la réalisation.

 

Pauline, j’ai toujours voulu étudier à Poudlard, mais n’ayant jamais reçu ma lettre, je me suis contentée de vivre par procuration d’incroyables aventures à travers les livres, les films et séries tv. J’aime tout, de la sci-fi, aux comédies romantiques, en passant par les drames ou thrillers. Qu’importe le format ou la manière, le plus important est que l’histoire me touche.
0 I like it
0 I don't like it

3 Comments

  1. Coucou !
    Ton article me donne vraiment l'envie d'aller le voir !! Tout ce que j'aime le 19ieme avec des histoires d'amour et de femme indépendante voilà ce qui fait vibrer mon petit cœur ! et la BA est incroyable ! La bande son une merveille ... Bref je vais aller le voir avec une copine car mon chéri ne va probablement pas trop apprécier ce film à l'eau de rose ...

    • Ne surtout pas croire que le film est à l'eau de rose, au contraire. Hardy est un écrivain sombre et le film à sa part de "darkness" aussi. Je pense au contraire que ca peut plaire aux garçons (dans ma salle de cinéma il y avait autant de garçons que de filles :)).

  2. Super ! J'irai le voir, merci pour cet article :)

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *