Le premier qui pleure a perdu - Un livre intelligemment pensé et qui donne le sourire

20/06/2017

Titre : Le premier qui pleure a perdu

Auteur : Alexie Sherman

Editions : Albin Michel Jeunesse

Prix : 14,50 €

Parution : 10 mai 2017

Nombre de pages : 280 pages

Genre : Humour, Racisme, Autobiographique, Humour noir, Amérindien

Résumé : Junior est un Indien Spokane. Né tout cassé tout tordu, il accumule les handicaps : myope, maigre et premier de la classe. En vrai, Junior est drôle et assez lucide pour savoir qu'il n'aura aucun avenir s'il reste avec les siens. Il décide alors d'aller à l'école des Blancs, voir ailleurs s'il y est. Admis au prestigieux lycée de Reardan, Junior quitte la réserve. Comme il est né. En éternel optimiste.

 

Lorsque l’on évoque les amérindiens, ce fier peuple guerrier d’américains à la peau rouge, on a tendance immédiatement à penser aux cow-boys, aux tipis, aux bisons mais surtout on a une folle envie de mettre la main devant la bouche et d’hurler « ouh ouh » en simulant une danse devant un feu imaginaire. Cette image nous fait sourire et pour cause, elle fait partie de l’image d’Epinal véhiculée par les westerns des films et séries. Mais la culture amérindienne est bien plus riche et ne se limite pas à ces clichés. Et ça, Sherman Alexie en sait quelque chose et a tenu à le partager avec le reste de l’Amérique et du monde à travers les mésaventures de Junior, un jeune indien de la tribu Spokane. Entre drame de la vie, racisme et alcool, ménagez-vous une place pour l’humour noir.

Junior n’a vraiment pas de chance, et ça dès les premiers jours de sa vie. Né avec des soucis de santé qui le prédestinaient à une mort prématurée, le jeune indien survit mais pas sans séquelles. C’est simple, le pauvre garçon collectionne les handicaps : bigleux à la tête et aux pieds disproportionnés, chétif et épileptique. La vie ne lui a pas fait de cadeaux, si ce n’est de pouvoir encore respirer. Mais heureusement pour lui, Junior est un garçon intelligent et très lucide et ça, c’est sa force au quotidien. D’ailleurs, malgré les crises et les humiliations de ses camarades, il vit très bien avec ses problèmes, entouré de sa famille et de son ami Rowdy. Non, si Junior doit se plaindre d’une chose, c’est de ce qu’il est : un amérindien. Et comme le reste de la réserve, il n’a pas d’avenir si ce n’est boire de l’alcool ou mourir. Alors qu’il fait ses premiers pas au lycée, l’adolescent prend conscience que son avenir n’est pas à la réserve mais dans le monde extérieur chez les blancs. Il décide avec le soutien de ses parents d’étudier chez les peaux pâles dans le lycée Reardan de la commune voisine. Commence alors un long cheminement pour Junior, qui va devoir à la fois affronter le racisme des uns et la colère des autres, et tout ça avec le sourire.

Le premier qui pleure a perdu est un livre étonnant. Il traite de sujets tragiques et injustes mais avec une ironie désarmante. La force de ce bouquin, c’est avant tout d’être en partie autobiographique. A travers les pérégrinations de son héros, Sherman Alexie nous livre un témoignage sincère, poignant et drôle sur la réalité du quotidien des Indiens Spokane, une tribu indienne de l’état de Washington. Une réalité difficile et rude rythmée par les décès et le litre d’alcool. C’est une société à part et fière de ses racines mais qui ne sait pas quoi faire de cet héritage. Au fil des pages et des petites histoires de Junior, on finit par comprendre que cette société indienne est très repliée sur elle-même, et n’est donc pas très ouverte envers le monde extérieur. La communauté devient alors synonyme de refuge mais aussi de prison. C’est un regard très pessimiste sur l’avenir des sociétés amérindiennes qui n’est pas un cas isolé (les aborigènes et d’autres peuples dits autochtones ont les mêmes problèmes). A l’image d’autres romans ayant pour héros des adolescents, le livre traite de thématiques communes comme l’amour, l’amitié ou l’acceptation de soi mais celles sur lesquelles il insiste sont la quête du bonheur et celle de l’identité. Cela parlera à tous mais plus encore au lecteur issu d’une minorité, certaines expériences ou réflexions feront écho et feront émerger des interrogations. Est-ce qu’embrasser la culture « de la majorité » fait de nous un traître ? Que valent mes aspirations et sont-elles compatibles avec mes origines ? Puis-je concilier deux mondes sans en renier un ?  

L’auteur n’hésite pas à aborder certains tabous comme la sexualité ou le racisme avec un franc parler et une ironie saisissante. Fort de son expérience personnel, Sherman Alexie n’est pas là pour accuser qui que ce soit, il dit les choses telles qu’elles sont pour porter à la réflexion sur les tabous et les préjugés qui gangrènent indiens comme blancs. Ce livre humoristique est avant tout un moyen d’affronter la fatalité et d’insuffler du courage à tous ceux qui se résignent à n’être que ce que le plus grand nombre souhaiterait.

« Mais nous, les Indiens des réserves, nos rêves ne se réalisent pas. Les occasions ne se présentent pas. Ni les choix. Nous sommes pauvres, c’est tout. C’est tout ce que nous sommes. »

Côté personnages, Junior est un vrai rayon de soleil, un chapitre suffit à vous faire relativiser vos petits malheurs. C’est un garçon attachant, drôle et très intelligent. Sa vision du monde en dit long sur la représentation des indiens dans les médias, très clivée et stéréotypée. Ce qui peut être déroutant dans sa manière d’aborder certains faits comme l’alcoolisme de son père, les maltraitances de ses camarades ou les décès à répétition, c’est la manière de dédramatiser tout cela grâce à l’humour noir. Il nous raconte ses péripéties sans filtre avec beaucoup d’autodérision. C’est simple, Junior se moque de tout, des autres, des blancs, des indiens, de sa famille et énormément de lui-même. D’autres personnages traversent le roman mais je préfère vous laisser les découvrir par vous-mêmes

L’autre point fort du livre, c’est le style de l’auteur. A travers des mots simples et accessibles à tous, il insuffle au récit beaucoup de force et marque les esprits avec des réflexions ou des expressions comiques. « J’ai des migraines parce que mes yeux sont carrément ennemis, vous voyez, comme s’ils avaient été mariés mais ne pouvaient plus se blairer. » Il fait preuve d’audace et ne passe pas par quatre chemins pour dire les choses. Ce n’est jamais obscène ou dérangeant car chaque mot et expression sont réfléchis pour avoir l’effet escompté sur le lecteur. Le politiquement correct, ce n’est pas son truc et c’est avec plaisir et hâte que l’on dévore le roman. Le roman en lui-même est composé de courts chapitres qui traitent d’un ou deux sujets à la fois, le tout ponctué de caricatures ou de mini BD. C’est un livre très ludique rempli d’illustrations sympathiques et hilarantes qui viennent habilement illustrer les propos du héros.

« Je dessine parce que les mots sont trop imprévisibles.

Je dessine parce que les mots sont trop limités. »

En conclusion, Le premier qui pleure a perdu est un roman d’apprentissage qui réussit à traiter de thèmes difficiles tout en apportant le sourire. C’est très divertissant et pas loin d’être un page-turner. Difficile de lui trouver des défauts car mise à part la longueur (vraiment trop court), c’est un excellent livre pour petits et grands. L’auteur a une plume et un style sarcastique et manie avec intelligence l’humour noir. Les illustrations sont très drôles. C’est aussi l’occasion de découvrir le quotidien et les enjeux des tribus amérindiennes avec justesse et malice.

« Avant je croyais que le monde se divisait en tribus, (…) En noir en blanc. En indien et blanc. Mais je sais à présent que ce n’est pas vrai. Le monde n’est divisé qu’en deux tribus : ceux qui sont des enfoirés et ceux qui n’en sont pas. »

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Hello !!! Moi c’est Greycie alias Satshy. Comme la plupart de mes camarades, je n’ai pas reçu non plus de lettre pour Poudlard mais les Vacances au Camps des sangs-mêlés dans le bungalow d’Athéna me semblaient plus attrayantes ^^
Enfant des années 90, née sous le signe du taureau et du mouton (calendrier lunaire), je suis du genre déterminée et espiègle. Etudiante en Master cinéma, je me définis comme une enthousiaste. Dès que j’ai une passion, je m’y livre à fond (cheval, cuisine, manga, Japon, voyage, danse classique, etc.), tout y passe depuis deux décennies. Je suis donc une touche à tout mais la passion qui accapare tout mon temps actuellement (et pour longtemps), c’est la littérature. Romance, fantasy, BD, contemporain, manga, historique, science-fiction, … Je lis, que dis-je, dévore de tout ; avec une nette préférence pour le genre dystopie et le young adult. Couplé avec le cinéma, c’est le combo gagnant pour s’évader vers d’autres horizons.
Mes bouquins préférés sont la saga « Percy Jackson » avec les « Héros de l’Olympe » de Rick Riordan ainsi que « Orgueil & préjugés » de Jane Austen. Côté séries, ce sont Once Upon a Time et Outlander et pour le 7ème art la Saga Star Wars et l’adaptation encore une fois de Orgueil et préjugés de 2005.
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