Mad Max Fury Road : Soyez témoins !

13/06/2017

Titre : Mad Max : Fury Road

Réalisateur : Georges Miller

Avec : Charlize Theron, Tom Hardy, Nicholas Hoult, ...

Genre : Action, Science-fiction

Durée : 2h

Nationalité : Américain

Sortie : 2015

Résumé : Alors que Max a été fait prisonnier par les Warboys du tyrannique Immortan Joe, il va se retrouver malgré lui dans une course poursuite effrénée avec l’Imperator Furiosa, conductrice de Joe qui s’est échappée avec ses mariées…

 

« Mad Max », c’est une saga de légende, des films qui auront fortement marqué le cinéma d’action (James Cameron avouera avoir revu plusieurs fois le second volet pour les scènes d’action de son « Terminator »). Donc quand un quatrième volet fut annoncé, les craintes étaient grandes, surtout que l’année de sa sortie, 2015, plusieurs suites de sagas renommées étaient également prévues (« Jurassic World », « Star Wars 7 »). Alors, Georges Miller, en quête de rachat après les échecs financiers de ses derniers films ou bien réellement sûr de son coup ?

Même ceux qui attendaient le film impatiemment ne s’attendaient pas à recevoir une telle claque cinématographique. « Mad Max Fury Road » est sans aucun doute l’un des spectacles les plus intenses vus sur grand écran ces dernières années. Cela lui a même coûté dans sa classification américaine, passée à « R » (interdit aux moins de 17 ans non accompagnés d’un majeur) suite à son intensité, là où Warner espérait un « PG13 » (déconseillé aux moins de 13 ans non accompagnés).

Mais il y a bien plus derrière le film qu’une simple course poursuite ininterrompue. D’un point de vue thématique, le film brasse en effet large. Si l’intrigue semble simple au premier abord, il suffit de creuser un peu pour y trouver énormément de richesses. On y dépeint une société encore marquée par son passé consumériste (le « McFeast » promis au Valhalla, l’Aqua Cola) et où tout est recyclé, même le nom des objets (Nux tire ainsi son nom d’une des pédales de son véhicule). Nous sommes donc dans un monde déchu où l’identité passe par l’objet, souvent un véhicule. On vénère le volant comme l’on vénère une divinité et il est facile de comprendre que la voiture n’est qu’une extension de l’être humain.

L’ancrage dans notre monde se fait également par sa vision du terrorisme. Les War Boys rappellent en effet certains radicalisés qui sont prêts à se jeter vers une mort certaine dans la quête d’une gloire éternelle sous le regard envieux de leurs camarades. Le Valhalla n’est qu’une promesse funèbre pour des jeunes illusionnés et manipulés par l’imagerie d’Immortan Joe. Cela rend le personnage de Nux plus attachant au vu de sa déradicalisation forcée et surtout de son chemin émotionnel, qui le verra passer d’un statut de volonté de martyr à la trouvaille de son but dans la vie.

Impossible de ne pas passer sur l’aspect écologique du métrage. Même si le tournage en lui-même a causé de nombreux dégâts, son message est néanmoins clair. La déchéance de notre planète a mené à notre déchéance en tant qu’être humain, prouvant que la pollution et les conflits auxquels nous participons endommagent aussi bien notre société physique que notre société morale. Les plantations deviennent ainsi rares et les ressources d’eau se voient limitées. L’homme s’est donc détruit lui-même, physiquement et moralement, de par son comportement suicidaire.

Pour continuer sur les messages véhiculés par le film, on peut également voir dans la séquence de fin (que nous ne dévoilerons pas) des inspirations dans l’imagerie du Printemps arabe et d’autres révolutions récentes. Immortan Joe s’est ainsi construit une image dictatoriale, imposant sa volonté et sa légende à son armée et son peuple, tout en se donnant le droit de s’approprier des femmes pour son plaisir sexuel (ses mariées) ou gustatif (les mères nourricières). La quête de cette poursuite est donc également une réappropriation de ce corps féminin maltraité afin de prouver son égalité face à des hommes tyranniques ou serviles. Il suffit de voir l’importance de Furiosa dans l’intrigue pour le comprendre. On peut également trouver un message rédempteur pour Max et le personnage de Charlize Theron, l’un faisant tout pour échapper aux fantômes de son passé, l’autre tentant absolument de retrouver l’aspect idéal de celui-ci. Le résultat sera au final commun pour les deux : c’est en faisant face à celui-ci, aussi mauvais soit-il, que l’on peut avancer.

Nous sommes dans un univers futuriste, aussi bien pour son positionnement temporel que son rattachement au courant artistique du même nom. Cela se retrouve autant dans la fascination pour la machine que celle du mouvement. « Fury Road » est en effet une œuvre en mouvement constant, ce qui aurait sans aucun doute fasciné Marinetti et ses collègues. Il faut également souligner l’importance de la profondeur du champ, profondeur que l’on retrouve dans d’autres œuvres du mouvement.

Il est temps justement d’aborder cette profondeur de champ. En effet, cela permet à la conversion 3D du film d’être justifiée mais également d’être utile à mettre en avant certains moments. Ainsi, elle isole Furiosa lors de la révélation de la nature des Terres Vertes afin de mieux sentir sa détresse. Cela permet également de remarquer le jeu sur l’arrière-plan de Miller, qui n’hésite pas à montrer différents fronts en même temps afin de mieux ressentir les sensations de ses protagonistes.

Ses plans, Miller les dresse comme des tableaux apocalyptiques, des œuvres picturales où le chaos est omniprésent. Il suffit de voir ce dézoomage sur la tempête, appuyant la taille de celle-ci et les dégâts qu’elle ne peut que produire. Cet aspect chaotique se retrouve également dans l’utilisation de l’accélération au montage, altérant notre vision de manière marquée et soulignant également l’urgence de la poursuite.

Miller simplifie aussi ses dialogues et tente de faire passer l’essentiel par l’image, que ce soit la personnalité de ses héros (la brutalité de Max, ses fantômes du passé, l’utilisation de la muselière pour faire accepter Tom Hardy dans le rôle) ou bien son action. Il y a une chorégraphie derrière ses images et derrière ce que chacune doit symboliser, tout en jouant sur leur signification. La bagarre entre Max et Furiosa se voit annoncée par des objets qui semblent utiles (l’arme) ou non (Nux, la portière) avant de voir leur utilité se retourner (l’arme s’avère vide quand Furiosa tente d’achever Max, Nux aidera celui-ci et la portière servira de bouclier). Miller aime à retourner les attentes, que ce soit le rôle de Max (au final, moins héroïque que Furiosa) ou la poursuite du début chez les War Boys (chaque échappatoire potentielle se voit au final annulée).

Au final, « Fury Road » est plusieurs choses à la fois : un divertissement jubilatoire (la guitare lance-flammes fonctionnait réellement !), une œuvre réflexive et une leçon de cinéma. Alors soyez témoins mes ami(e)s, car ce genre de film est rare mais pourtant enivrant et enrichissant à tant de niveaux…

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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