Wonder Woman est-il enfin le film de comics féministe que nous attendions ?

25/06/2017

2

Titre : Wonder Woman 

Réalisateur : Patty Jenkins

Avec : Gal Gadot, Chris Pine, Robin Wright, ...

Genre : Action, Super-héros, Adaptation de comics 

Durée : 2h21

Nationalité : Américain

Sortie : 7 juin 2017

Résumé : C'était avant qu'elle ne devienne Wonder Woman, à l'époque où elle était encore Diana, princesse des Amazones et combattante invincible. Un jour, un pilote américain s'écrase sur l'île paradisiaque où elle vit, à l'abri des fracas du monde. Lorsqu'il lui raconte qu'une guerre terrible fait rage à l'autre bout de la planète, Diana quitte son havre de paix, convaincue qu'elle doit enrayer la menace. En s'alliant aux hommes dans un combat destiné à mettre fin à la guerre, Diana découvrira toute l'étendue de ses pouvoirs… et son véritable destin.

Attention cette critique contient des spoilers sur l'intrigue et la fin du film. 

Wonder Woman était l’un des films que j’attendais le plus cette année. Même si je suis moins fan des films DC Comics par rapport aux Marvel, je dois dire que j’étais plutôt impressionnée de les voir sortir un film sur une super-héroïne avant leur studio concurrent (oui, je préfère complètement oublier Cat Woman et Elektra).

Le film partait avec de très bonnes critiques, que ce soit chez les professionnels, les fans et même les féministes, de quoi m’enlever tous les doutes que j’aurais pu avoir.

Pourtant, rien n’est parfait et sûrement pas Wonder Woman. J’ai néanmoins vu très peu de mauvais commentaires, et même si je vous parlerai de ce qu’il y a de très bien dans ce film, je dois aussi vous prévenir de suite que je ne suis pas d’accord avec les critiques quasi unanimes !

Commençons donc par le bon : Wonder Woman est un film mettant en avant une femme en tant que lead et super-héroïne. Le film est aussi réalisé par une femme, et sachant que c’est rare, d’autant plus pour des films à gros budgets, il est important de le souligner. Les derniers films que nous avions eu dans le même genre étaient Cat Woman et Elektra, et avaient été des échecs commerciaux. Wonder Woman nous prouve, comme Moonlight ou Get Out cette année, que les films représentant des minorités peuvent être des hits au box-office ! Non, tout ne tourne pas autour de personnages masculins, blancs, cisgenres et hétérosexuels. Le film fait un carton au box-office et risque d'être un des films qui aura le plus rapporté en 2017 !

Le premier quart du film est centré sur les Amazones, des femmes guerrières. Elles sont fortes, badass et n’ont peur de rien. Robin Wright y est filmée sans artifices et sans retouches, ce qui est tellement rare. Et oui, des femmes de plus de 40 ans peuvent jouer des guerrières dans des blockbusters !

Et c’est important, car la représentation d’héroïnes dans notre société est souvent faite de clichés, ce qui est préjudiciable à la longue. Il est important pour les petites (et moins petites) filles d’avoir des représentations réalistes d’héroïnes féminines. Le personnage de Wright est une femme mûre, qui est bien dans son corps et est représentée avec des rides (regardez bien, mais c'est assez rare dans les films en général !).

Pourtant, et c’est là que le bât blesse, Wonder Woman n’est pas pour moi un film féministe. Oui, le film offre au monde une autre représentation de personnage fort féminin, il passe le Bechdel Test, mais il y a quand même de trop nombreux points qui entachent ce bon début.

Wonder Woman est la fille d’une guerrière Amazone (issue de la mythologie grecque et non de la région amazonienne) et du Dieu Zeus. Elle est donc née avec de très bons gènes. Élevée dans l’ignorance de ses origines, la jeune Princesse Diana vit entourée de femmes et n’a jamais vu d’hommes, jusqu’à l’arrivée de Steve Trevor, un espion américain. Sur le point de se noyer, Diana va le sauver. Cependant, Steve n’est pas venu seul et des soldats allemands qui le poursuivaient découvrent eux aussi l’île sur laquelle les Amazones vivent. Diana découvre alors la mort et la violence. Un traumatisme qui va la pousser à vouloir arrêter la guerre qui se déroule à des milliers de kilomètres de chez elle. Car Diana en est persuadée, c’est Arès, le dieu de la guerre, qui est derrière celle-ci.

Des scènes grandioses, il y en a de nombreuses : comme lorsque Diana, en armure de WW, traverse le no man's land pour repousser les soldats ennemis, et que les soldats hommes derrière elle n’osent pas avancer. C’est beau et le message est grandiose. Pourtant, ces quelques scènes mythiques sont vite oubliées quand on remarque les détails plutôt sexistes qui accompagnent l’héroïne.

Oui, le film est réalisé par une femme, mais n’oublions pas que derrière ce sont des hommes qui ont écrit et produit le film. Et c’est bien cela le problème, car beaucoup de choses s’en ressentent ! Toutes les premières scènes entre Diane et Trevor tournent autour de la beauté de celle-ci (elle est toujours cataloguée par tous les personnages masculins à cela) et au sexe de monsieur ! Il faut croire que le seul complexe d’un homme est ce qui se trouve entre ses jambes… Cela n’aurait pu être qu’un trait de caractère du personnage, mais pourtant on remarque vite que le sujet revient bien trop souvent.

Comme le disait Céline dans sa critique, un autre des problèmes du film est de ne pas avoir été adapté en conséquence de notre époque : en voulant absolument faire reprendre le rôle de « secrétaire » à Diana, le film ne pousse pas à faire évoluer les mœurs. Bien entendu, Diana est belle, intelligente, incroyablement forte et arrive à se dissocier du stéréotype qu’on lui colle. Pourtant, ce n’est pas le cas de l’actuelle secrétaire de Trevor, qui est représentée par une femme ronde, intelligente mais pour qui Trevor n’a aucune considération. Diana, quant à elle, est toujours belle : car oui, elle a beau se battre pendant des heures, elle reste fraîche, zéro poils sur le corps, super bien maquillée et coiffée comme on ne le sera jamais. Le réalisme est proche du néant, et même si elle est la fille d’un dieu, elle n’en reste pas moins une femme, qui devrait, dans un souci d’intelligence, nous la montrer sous son véritable jour. Idéaliser à ce point un personnage est pour moi sexiste, car la femme, même guerrière, se doit d’être parfaite et cela en toutes circonstances. Elle n’a pas le droit à l’erreur, pas le droit d’être confondue à un homme, elle a un corps « parfait », un costume sexy, …

La sexualité pose aussi problème à bien des niveaux dans le film. Au lieu de montrer la relation que semble nouer la tante de Diana, Antiope, avec celle qui semble être sa compagne, le film préfère se concentrer sur la relation, pas vraiment fusionnelle, entre Trevor et Diana. Dans les comics, celle-ci est considérée comme bisexuelle. Plutôt cohérent quand on vit dans une communauté où les hommes n’existent pas. Mais nier qu’une femme puisse pouvoir prendre du plaisir sans un homme est pour moi un exemple flagrant du sexisme du film. Toute la relation entre Diana et Trevor repose sur le fait qu’il est le premier homme qu’elle ait vu. Il n’est pas vraiment sympathique, mais encore une fois on dresse un portrait flatteur de l’homme, en le rendant courageux. Diana pourrait tomber amoureuse de n’importe qui, mais non, c’est à Trevor qu’elle va succomber.

C’est principalement la fin qui m’a énervée dans le sens où la « morale » du film est vraiment le plus gros frein au féminisme annoncé du film. Ce qui va révéler ses pouvoirs à Diana, ce n’est que la colère d’avoir perdu un être aimé. Ça pourrait être beau, si on espérait autre chose d’une héroïne comme Wonder Woman. Devoir ses pouvoirs et sa force à un homme… Beau message envoyé aux filles/femmes !

Vous l’aurez compris, j’ai été déçue du film qu’on avait annoncé comme novateur et féministe. A en croire les quelques parallèles avec le premier film Captain America que j’ai trouvés, il faut croire que le film n’est pas vraiment novateur. Il est quand même agréable de voir qu’un film avec un lead féminin, et réalisé par une femme, fonctionne aussi bien. La suite devrait être écrite cette fois-ci par des femmes, ce qui je l'espère donnera un bien meilleur résultat.

Le casting en lui-même n’est pas mauvais : Chris Pine reste fidèle à ce qu’il sait faire dans ce genre de rôle, qui a un côté très proche de son rôle dans Star Trek. Saïd Taghmaoui (acteur franco-marocain) et Eugene Brave Rock forment le duo qui permet au film de passer le Racial Bechdel Test, même si pour moi leurs rôles restent assez clichés au final. Le manque de diversité est finalement assez criant. Quant à Gal Gadot, même si elle n’est pas pour moi la meilleure des actrices, elle arrive néanmoins à rentrer parfaitement dans le rôle.

Si vous ne vous intéressez pas à ce genre de détails, le film devrait vous plaire car il allie à merveille des scènes d’action impressionnantes et des personnages dynamiques. A contrario, passez votre chemin, car Wonder Woman n’est pas la figure féministe que nous attendions. A voir si Miss Marvel fera mieux l’année prochaine !

.

4 I like it
0 I don't like it

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *