Captifs – Nihilisme radical, bonjour ! (FULL SPOILERS)

16/07/2017

Titre : Captifs

Auteur : Kevin Brooks

Editions : Super 8

Prix : 18,00 €

Parution : 10 mars 2016

Nombre de pages : 336 pages

Genre : Young Adult, huis clos, suspense

Résumé : Enfermés. Par qui ? Pourquoi ? Jusqu’à quand?
Linus, 16 ans, se réveille un matin sur le sol d’un sinistre bunker souterrain. Sans eau, sans nourriture… et sans la moindre explication. Manifestement, il a été kidnappé. Pour quel motif ? Et qu’attend-on de lui ?
Les jours passent. D’autres détenus, n’ayant apparemment rien en commun, sont amenés par un ascenseur. Une petite fille. Un vieil homme malade. Un toxicomane. Un autre homme, une autre femme. Capturés en pleine rue, comme lui et désormais, constamment surveillés. Incapables de comprendre ce qu’ils font en ce lieu.
Bientôt, et tandis que le temps commence à perdre sa réalité, une horrible vérité se fait jour. Il ne s’agit plus de sortir – c’est manifestement impossible. Il s’agit de survivre. Ensemble. Le plus longtemps possible. En espérant obtenir une réponse à la seule question qui vaille : Pourquoi ?
Honoré outre-Manche par la très prestigieuse médaille Carnegie, Captifs a été l’objet, à la suite de cette récompense, d’une virulente polémique. On lui a notamment reproché sa violence et son absolu nihilisme. « Monumental », déclarait dans le même temps le Times. « Tout le monde devrait lire ce roman. »

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Je remercie tout d’abord les éditions Super 8 pour ce partenariat. J’étais tombée sur ce livre depuis un long moment déjà, j’avais très envie de le lire et je me suis donc énormément réjouie à l’idée de le recevoir et pouvoir enfin le découvrir. C’est ma première expérience de lecture avec les éditions Super 8, et comment vous dire… J’ai littéralement dévoré Captifs, puisque je l’ai lu en à peine quelques heures consécutives, ayant été incapable de le lâcher avant le dénouement. Et pourtant, je ressors un peu « déçue » de cette lecture, quoique je pense que la déception ne reflète pas réellement mon ressenti, mais ne sachant pas quel terme utiliser sans vous spoiler au passage… Je tiens donc à m’excuser d’avance mais comme dit explicitement dans le titre, cette chronique sera full spoilers : je ne peux pas faire autrement si je veux pouvoir vous exposer mon avis et mon ressenti en détails.

 

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Pour le résumé, celui présent sur la quatrième de couverture suffit amplement à vous donner les bases (je dirais même l’entièreté) de l’histoire. D’ailleurs, on retrouve sur cette quatrième de couverture le terme de « nihilisme », que j’ai moi-même utilisé dans le titre de cette chronique. Et pour cause : nihiliste. C’est LE mot qui à mon avis décrit le mieux ce roman. Je ne vais pas vous bercer d’illusions, contrairement à ce que vous pourriez vous imaginer en vous basant uniquement sur le résumé : en commençant ce livre, abandonnez directement tout espoir de happy end, ou ne serait-ce que de connaître le pourquoi du comment. Abandonnez tout espoir. Il n’y a que la mort au bout du chemin. Point.

 

Ce n’est pas bien compliqué. L’auteur nous livre ici sa propre définition, sa propre vision du nihilisme avec ce huis clos où chacun des personnages est condamné au même destin : la mort. Car oui, ce n’est ni plus ni moins le sort que connaîtront tous les personnages, sans exception. Mais ce n’est même pas là le pire dans l’histoire. Si ce n’était que ça… non, détrompez-vous. Le pire, c’est que l’auteur nous met dès le départ dans une situation qui induit d’innombrables questions (qui est le ravisseur ? Pourquoi avoir kidnappé ces 6 personnes en particulier ? Pourquoi accepte-t-il de leur transférer certaines choses via l’ascenseur qui mène au bunker, mais pas d’autres ? Pourquoi les observe-t-il et les écoute-t-il en permanence ? Sont-ils les sujets d’une expérience scientifique sordide ?), mais que celles-ci resteront toutes, purement et simplement, sans réponses. Les personnages tombent peu à peu dans la folie, dans la détérioration mentale, et ça sur fond de tortures, de drogues, de violence humaine et animale, … Et le roman se termine par la mort de tous les personnages, un à un. L’auteur anéantit tout bonnement et simplement la moindre théorie, le moindre miroitement de réponse. Il n’y a aucune raison à cet enfermement. Les personnages sont un peu morts « pour rien ». Plus nihiliste que ça, est-ce réellement possible ?

 

Je ne vais pas vous mentir : j’ai été à la fois déçue et profondément touchée. Déçue parce que j’aurais aimé avoir des réponses à toutes mes questions. Et profondément touchée parce qu’en même temps, je respecte le choix de l’auteur et son culot jusqu’à la toute dernière page. Je n’en suis pas moins ressortie de ma lecture à la fois impuissante, triste, en colère, déprimée, avec une boule dans la gorge, … Affublée d’un certain malaise, et pas indifférente dans tous les cas. Et au final, Linus, c’est nous tout du long : nous aussi on a cette impression d’être pris au piège en permanence, de ne faire que sombrer jusqu’à la mort… Ou pour nous, jusqu’à ce qu’on referme le bouquin.

Et finalement, on en est rendu au même point que les personnages : on restera dans le flou total du début à la fin, nos questions n’auront jamais de réponses et en cela, le livre est de loin bien plus violent et brutal que toutes les scènes qu’il renferme. Cette absence de réponses aux « pourquoi » fait de ce livre une expérience d’une puissance inouïe.

 

Concernant l’écriture de l’auteur, je l’ai assez appréciée. Le roman est écrit du point de vue de Linus, ce qui nous plonge avec d’autant plus de facilité dans l’intrigue, on tâtonne dans le flou en même temps que lui. On se verrait presque nous-mêmes enfermés dans ce bunker ! Pour le reste, la plume de l’auteur ne reste pas « figée », ce dernier utilise diverses techniques au cours de son roman (petits schémas, listes, passages écrits un peu comme les dialogues d’une pièce de théâtre, etc.), ce qui rend la lecture fluide et nous maintient accroché au bouquin. Pour un huis clos de A à Z, et malgré un manque d’action flagrant dû justement au huis clos, l’auteur parvient à garder le lecteur captivé avec une facilité déconcertante en dépit de quelques petites longueurs (j’ai d’ailleurs sauté 2 ou 3 pages lors d’un passage impliquant de la drogue et des hallucinations extrêmes). Petite déception tout de même puisque je pensais que les protagonistes se déplaceraient dans un environnement plus grand (un peu comme ce labyrinthe que suggère la couverture) mais au final, ils restent confinés dans un périmètre vraiment très réduit.

 

En ce qui concerne les personnages, si je me suis attachée un minimum à certains, c’est à Linus, Jenny et Russel. Chacun s’attire nos faveurs grâce à des caractéristiques qui leur sont propres. Linus a 16 ans, l’âge où l’on n’est pas sérieux et pourtant, il est bien forcé de l’être. D’ailleurs, il est mature au point d’être plus en colère et révolté par le kidnapping d’une petite fille que par son propre kidnapping. Il parle à la petite, essaie de la rassurer et parvient à être un pilier pour elle jusqu’au bout. C’est aussi lui qui cherche le plus de solutions pour sortir de cet enfer, ou tout simplement pour trouver des solutions aux problèmes qu’ils y rencontrent. Jenny a 9 ans et constitue l’innocence-même. C’est d’autant plus dur d’assister à sa mort, qui est expédiée comme pas possible… Enfin, Russel, environ 70 ans, est la sagesse, la logique et la bienveillance incarnées. Sa mort est certainement l’une des plus violentes du roman.

J’ai par contre détesté Anja et Bird, caricatures des adultes auxquels on ne voudrait jamais ressembler (elle, la working girl qui prend les gens de haut / lui, le cadre moyen qui se croit plus intelligent que tout le monde). Pour Fred, j’ai eu un peu de mal à le cerner et donc à l’apprécier, mais j’ai appris à le connaître au fil de l’histoire et sa perte a également été difficile.

 

En bref, je pense que ce livre est à lire au moins une fois. Et que vous aimiez ou non les choix de l’auteur, particulièrement pour la fin, dans tous les cas vous ne pourrez rester indifférents. Par contre, même si ce livre est qualifié de Young Adult, je le recommande plutôt aux adultes qui savent dans quoi ils s’engagent. Dépressifs, passez votre chemin à tout prix !  

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Petite universitaire belge âgée de 24 ans, je passe plus de temps à lire, aller au cinéma et regarder des séries qu’à bosser mes cours. Egalement fan de Disney, je suis une enfant coincée dans un corps d’ado. Grande fan de l’art de Tim Burton et accro aux tatouages, j’aime tout ce qui sort de l’ordinaire. Je passe également les 3/4 de ma vie sur mon ordi, j’ai un petit tempérament de geek.
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