Cloud Atlas : Vies composées

07/07/2017

Titre : Cloud Atlas

Réalisateur : Lana et Lilly Wachowski et Tom Tykwer

Avec : Tom Hanks, Halle Berry, Hugo Weaving, Jim Sturgess, Jim Broadbent, Ben Whishaw, ...

Genre : Drame, Science-fiction, Policier, Aventure

Durée : 2h52

Nationalité : États-Unis, Allemagne

Sortie : 2013

Résumé : Au cours de cinq siècles, six histoires se croisent et se décroisent dans des périodes et des ambiances différentes mais pourtant toutes liées intrinsèquement…

 

Les sœurs Wachowski ont changé les codes du blockbuster avec leur trilogie Matrix, réutilisant le mythe de la caverne de Platon dans un univers cyber punk, nous interrogeant sur la réalité de notre société. Après l’échec du sous-estimé « Speed Racer », elles vont alors jeter leur dévolu sur le roman de David Mitchell, « Cloud Atlas ».

Peu étonnant que les Wachowski se soient intéressées à l’histoire de « Cartographie des nuages ». Ces destins qui se rejoignent représentent un défi d’adaptation et ne pouvaient conduire qu’à un projet cinématographique ambitieux, surtout d’un point de vue narratif. L’aide à la mise en scène mais également à la composition de Tom Tykwer n’était donc pas de trop pour aboutir au résultat final. Cloud Atlas, c’est donc un défi unique à de multiples niveaux et ce uniquement sur le papier.

Concernant le résultat final, difficile de ne pas reconnaître qu’il est unique, même pour les détracteurs, et potentiellement difficile à suivre pour les spectateurs. L’un des personnages l’aborde même directement dans l’introduction : les mouvements temporels du récit ne sont pas vains, ils ont un but, comme le souligne d’ailleurs le travail phénoménal effectué sur le montage. Les actes de chaque protagoniste trouvent leurs origines de manière passée ou future. La notion de karma du récit se répercute ainsi dans le montage du film et l’agencement des séquences. C’est l’une des règles principales quand on crée un film : une scène est déterminée par celle qui la précède et celle qui la suit. Ici, cela prend un aspect extra diégétique bien évidemment mais surtout un aspect intra diégétique, confortant ainsi le message des existences toutes liées les unes aux autres, qu’importe leur place dans la temporalité de cet univers.

Pour en revenir à la notion de karma, on remarque une évolution dans les différents personnages selon l’acteur qui les interprète. C’est d’ailleurs une idée qui profite à l’aspect visuel du récit : faire incarner des personnages par des mêmes acteurs, grimés selon le protagoniste incarné. Cela permet de visualiser leur avancée narrative dans leurs destinées.  Ainsi, Tom Hanks incarne dans le premier et dans le dernier « récit » un personnage couard qui voit son destin déterminé par une acquisition matérielle. Cela le mènera au choix à sa perte ou à sa rédemption. Ses liens avec les personnages incarnés par Halle Berry sont aussi passionnants, entre aventures concrétisées ou non et regard bref rappelant le passé ou annonçant le futur. Quant à celui incarné par Hugo Weaving, il suit différentes nuances de chemins « négatifs » conduisant même à une forme immatérielle dans le dernier récit. Le film profite donc de son aspect visuel pour transcender une idée qui ne pouvait être que décrite de manière écrite dans un format littéraire. L’aspect karma du récit se trouve mis en scène de manière centrale et apporte une profondeur philosophique à l’intrigue.

C’est le moment d’aborder le travail remarquable apporté sur les effets spéciaux. Si l’on croit aux différentes natures des acteurs, c’est grâce à un maquillage de qualité régulièrement réussi (notamment dans la partie néo Séoul), permettant de saisir les différences entre les individus présentés mais reconnaître aussi les acteurs les incarnant. On peut aussi souligner de nombreux plans à effets assez réussis pour le budget de 100 millions de dollars qui paraissent ici disposer d’un fond bien plus conséquent. Si l’on excepte une matte painting numérique où la mer n’est pas animée dans certains plans, on peut souligner que des effets spéciaux aussi réussis devraient être la norme (cf certains effets moyens du remake de Ben-Hur, disposant du même budget).

« Cloud Atlas » reprend également une thématique récurrente dans la filmographie des Wachowski : l’esclavage de l’être humain. Cette servilité prendra des formes différentes selon les époques : un asservissement dû à des origines culturelles, l’orientation sexuelle, des compagnies d’énergie, un âge avancé, ses origines de création ou encore son lieu d’habitat. On retrouve également une forme d’esclavage mental par la religion, que ce soit dans la promesse d’une récompense ou dans la crainte d’un démon réveillant le pire de la nature humaine. La notion de liberté sera même abordée de manière appuyée par un protagoniste, rappelant que l’être humain se renferme dans une prison morale qu’il faut transcender en osant repousser les limites de notre société, tel que le déclarera un personnage dans un monologue d’une folle intensité, appuyé par un montage d’actions où l’on se transcende justement moralement, intellectuellement ou physiquement.  Les Wachowski et Tykwer appellent ainsi à ce que l’on surmonte les barrières mentales, morales et physiques que l’on se pose et qui cherchent à ralentir notre avancée.

Enfin, terminons sur un aspect essentiel du film : la narration. On a parlé plus tôt du travail sur le montage mais il faut également souligner l’importance de la transmission narrative dans le récit même. Ainsi, les différentes histoires narrées se transmettent dans les époques qui suivent sous différentes formes et ont même une influence sur certains protagonistes (le film sur Timothy Cavendish), quand les références résonnent dans une autre temporalité (« Soleil vert »).Dans la dernière partie, on peut même constater une évolution du langage par la réutilisation de mots passés qui forment de nouveaux termes. Dans cette logique, l’utilisation de la composition « Cloud Atlas » est ancrée dans la logique de narration du film. Elle se voit résonner dans les histoires de manières différentes, reconnaissable mais réutilisée et réassemblée, trouvant une nouvelle forme tout en faisant résonner le passé de certains protagonistes à son contact, tout comme certains objets. De quoi appuyer l’aspect cyclique du temps, où chaque chose, chaque personne est une résonnance aussi bien du passé que du futur.

« Cloud Atlas » est ainsi une œuvre cinématographique aussi bien forte thématiquement que visuellement. C’est un film destiné à marquer durablement son spectateur qui, même s’il n’appréhende pas ses messages ou n’accroche pas à sa forme, ne peut nier d’offrir quelque chose de différent à une forme artistique sclérosée par les productions sans vie à but uniquement lucratif. Les Wachowski et Tykwer nous offrent ici une œuvre magistrale, grandiose et humaine, dans la complexité de ce que chaque être représente. Oser regarder « Cloud Atlas », c’est oser se confronter à l’unicité de notre existence ainsi qu’aux liens avec toutes les personnes auxquelles nous nous sommes confrontés ou que nous allons rencontrer. Bref, c’est se confronter à la vie…

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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One Comment

  1. Un de mes coups de coeur d'il y a quelques temps aussi! D'ailleurs j'ai très envie de lire le roman dont c'est tiré! :D

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