Les nouvelles aventures d'Aladin ou la question du film familial

31/07/2017

Titre : Les nouvelles aventures d'Aladin

Réalisateur : Arthur Benzaquen

Avec : Kev Adams, Jean-Paul Rouve, Éric Judor, ...

Genre : Comédie

Durée : 1h47

Nationalité : Français

Sortie : 2015

Résumé : Sam est un jeune homme qui ment à sa copine en ce qui concerne son travail. En effet, alors qu'il lui fait croire qu'il travaille dans le secteur financier, il officie en tant que père Noël dans un magasin. Un jour, des enfants lui demandent de lui raconter une histoire. Il va alors leur narrer les aventures d'Aladin, réarrangé à sa sauce...

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Il existe de ces films qui vous font gratter la tête de par leur existence même. C’est exactement le cas de ces « Nouvelles aventures d’Aladin » pour moi. En effet, si cette « comédie » a connu un fort succès au box-office, la plupart des retours publics et critiques dessus furent extrêmement négatifs. On peut même penser que le « bad buzz » l’entourant a aidé dans son aspect financier, certains étant allés le voir pour mesurer l’ampleur de la catastrophe. Mais au final, est-ce si mauvais que…

Oui. Définitivement oui. « Les nouvelles aventures d’Aladin » fait partie des pires films que j’aie personnellement vus et je vais essayer de vous expliquer pourquoi en quelques lignes.

Commençons par la mise en scène et les effets spéciaux. Ceci est la première réalisation d’Arthur Benzaquen et c’est à se demander ce qu’il fera comme prochaine oeuvre. En effet, tous les plans sont aussi plats que les fonds verts utilisés pour les scènes en tapis. La seule scène où l’on peut trouver un semblant de travail de réalisation est un plan-séquence et encore, nous sommes ici plus dans l’esbroufe visuelle que dans l’utilisation pertinente afin de nourrir la narration. Et si les effets spéciaux ne sont pas les plus mauvais que l’on ait pu voir sur grand écran, ils font quand même peine à voir de par leur médiocrité. Sachant que le budget alloué au film serait quand même conséquent, c’est à se demander si une véritable enveloppe a été allouée dans ce registre. Il ne faut également pas oublier que les français sont capables d’effets de qualité quand on le leur permet. Apparemment, ceci n’était pas l’une des priorités des producteurs.

Était-ce peut-être d’offrir un spectacle humoristique pour toute la famille ? Soyons honnêtes : il faudrait qu’il y ait de l’humour pour cela. Je sais que cette notion peut varier pour chacun, qu’une blague pourra autant faire rire une personne que laisser une autre de marbre. Mais ici, tout tombe à plat (dans le meilleur des cas) ou devient rapidement gênant (dans le pire). C’est à se demander comment ont été écrits les sketchs, entre placement de produit pour Quick (tiens, un Giant !) ou numéro de rap ridicule avec punchlines pourries et répliques à se taper la tête contre le mur jusqu’à ce que ce dernier accepte de mettre fin à nos souffrances (« Dans la bouche du Vizir, ça sent le cacaaaaa! »). Le film se rêve énergique, il est énervant comme un gamin qui déciderait de courir partout dans une pièce en hurlant et en cassant tous les objets avec une rage telle qu’une paire de claques ne suffirait pas à le calmer. Cela rend le tout insupportable à tous les niveaux et se retrouve dans la direction d’acteurs, exaspérante au possible.

J’avais déjà abordé ce point dans une critique précédente sur ce film, mais je souhaiterais revenir sur une scène pour souligner le niveau d’humour qui se dégage du récit. Aladin se retrouve dans la cave aux merveilles avec une flûte, une corde et la lampe accrochée en hauteur. Afin de l’attraper, il tente de souffler dans la flûte pour faire tenir la corde mais celle-ci ne reste en place que si du son sort de l’instrument. C’est ainsi qu’Aladin arrive à grimper sur la corde avec la flûte dans son cul. Oui, ces lignes ont été aussi douloureuses pour vous à lire que pour moi à écrire. Si l’on ajoute à cela qu’il n’y a même pas un son continu qui sort de l’engin, on peut donc constater que cette scène n’a même pas de sens dans la diégèse du film. Quel est son but alors ? Faire rire en montrant Kev Adams avec une flûte dans le postérieur. Voilà voilà. Je m’excuse de ne pas m’esclaffer.

L’aspect post-moderne de la narration se voit assumé par le fait que l’histoire est racontée à notre époque à des enfants. Malheureusement, cela joue en défaveur du film à partir du moment où celui-ci se base sur un humour graveleux et assez irrespectueux. On peut rire de tout, là n’est pas la question. Néanmoins, on peut se demander si cela est bien de raconter à des enfants qu’ « un homme qui se déguise en femme, c’est soit un voleur, soit une déviance », que l’on peut traiter toute personne adoptant une attitude que l’on juge homosexuelle de « jaquette volante » et que l’on peut traiter de « couille molle » toute personne qui n’arrive pas à faire l’amour à une femme. Sachant que le film se vend comme destiné à toute la famille, le message est d’autant plus honteux.

Et là, nous touchons au point le plus sensible et à la question que l’on peut se poser : peut-on dire que c’est un bon film pour la famille ? Étant donné que ce n’est pas un bon film tout court, bien évidemment que non, mais le questionnement sur le film familial est assez pertinent. En effet, beaucoup de personnes laissent passer des médiocrités cinématographiques avec comme argument « C’est un film pour enfants, ce n’est pas grave ». Malheureusement, si, c’est grave. C’est enfants que nous commençons à construire nos goûts et nos opinions. Nous confronter à ce genre de spectacles infantilisants et stupides est donc réellement dangereux. Leur donner un succès financier assure de plus que le public veut voir ce genre de produits mal faits. Hors, cela ne semble pas le cas quand on entend les nombreuses plaintes négatives autour de cet étron filmique. Alors arrêtons de donner de la considération à ce genre de débilités purulentes et donnons leur chance à des films qui ne confondent pas « familial » et « puéril ».

« Les nouvelles aventures d’Aladin » est donc un pur produit créé dans le but de rapporter de l’argent à ses producteurs. Cela ne serait pas grave si le résultat n’était pas aussi aberrant, honteux, gênant et surtout pas drôle. Il est nécessaire que le grand public se questionne sur ce qu’il veut voir sur grand écran pour arrêter de faire de la publicité pour ce genre de navets purulents qui s’en fout tellement de son audience qu’il se permet de faire passer des messages haineux à des enfants sans que cela ne le dérange. Vous voulez de bons films familiaux ? Regardez-vous un Disney (oublions que leur « Aladdin » vient de se faire méchamment cracher dessus par ce machin) ou une oeuvre des studios Laïka. Eux savent au moins parler à tout le monde sans considérer leurs spectateurs comme des portefeuilles ambulants à qui piquer de l’argent, qu’importe le moyen. Car laisser une purge telle que le film d’Arthur Benzaquen réussir au box-office (et permettre aussi de produire des suites, comprenez « Alad’2 », et des dérivés, aka le futur « Cendrillon »), c’est faire croire que le public ne voit dans le cinéma qu’un moyen de consommer alors que c’est un art qui permet de se divertir, de réfléchir et de sortir de la salle différent de lorsque l’on y est entré. Ici, tout ce que l’on veut faire après avoir visionné « Les nouvelles aventures d’Aladin », c’est prendre un bon bain et se dire que tout cela n’était qu’un cauchemar…

Si vous voulez continuer le débat sur ce film, vous pouvez argumenter en commentaires. Je me permets d’ailleurs de rajouter le lien de la « Table Ronde », chaîne de débat sur YouTube, qui a abordé le film de manière conséquente. 

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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One Comment

  1. Alors là je ne peux qu'être d'accord avec vous. J'ai tenté cette "expérience" et je dois dire que ce fût l'une des soirées les plus longue de ma vie. Le seul moment où j'ai enfin pu rire était la première référence à Star wars avec "Je suis ton père". Je dis bien la première car comme la plaisanterie est reprise au moins 10 fois de suite, j'en ai beaucoup moins ri.
    C'est un fiasco à tous les niveaux pour moi ! Un visuel nul, des textes qui volent vraiment pas haut et une histoire qui au final n'apporte rien d’intéressant.

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