The Handmaid's Tale : une série aussi révoltante qu'envoûtante (spoilers)

04/07/2017

Titre : The Handmaid's Tale

Créée par : Bruce Miller

Avec : Elisabeth Moss, Joseph Fiennes, Yvonne Strahovski, Alexis Bledel, O.T. Fagbenle, Max Minghella, Samira Wiley, Ann Dowd, Madeline Brewer, ...

Format : 52 minutes

Diffusion : Hulu

Genre : Drame, Science-Fiction

Résumé : Dans la nouvelle République de Gilead, après une catastrophe biologique, le taux de natalité n'a jamais été plus bas. Dans cette version dystopique et totalitaire des États-Unis, les relations hommes/femmes obéissent à des règles très strictes. Alors que les hommes occupent toutes les positions du pouvoir, les femmes ont été démises de leur statut de citoyennes à part entière. Elles ne peuvent ni travailler, ni posséder d'argent, ni être propriétaire, ni lire. Elles sont catégorisées selon leur fonction : les Épouses sont les femmes des dirigeants. Les Marthas s'occupent de la maisonnée. Et les Servantes sont uniquement dédiées à la reproduction, sous la surveillance rigide des Tantes. Les Servantes sont affectées au sein des familles dirigeantes, jusqu'à ce qu'elles mettent au monde les enfants tant désirés. Offred est l'une d'entre elles.

Vous l’avez peut-être remarqué ci-dessus, j’ai noté The Handmaid’s Tale comme un chef d’oeuvre (ce sont des coeurs au lieu des habituelles étoiles de notation). Pourquoi ? Parce que c’en est un, tout simplement. Cette série, et sûrement le livre du même nom qui l’a inspirée, vont devenir sans aucun doute incontournables. Souvenez-vous : Emma Watson elle-même avait décidé de laisser des exemplaires de l’ouvrage un peu partout dans Paris tant elle voulait partager un livre marquant et ancré dans l’air du temps. La propagande anti-IVG, l’homophobie, l’objetisation des femmes, le fondamentalisme religieux, … Beaucoup reconnaissent des maux de notre société actuelle et pire, des situations que vivent déjà certains dans d’autres pays. Les scènes sont d’une violence rare et sont difficiles à regarder : les viols, en particulier, font mal au coeur et vous retournent l’estomac. Mais The Handmaid’s Tale reste une série nécessaire et réussie sur tous les points. 

Ici, les femmes sont des objets. Elles n’ont pas le droit de lire, pas le droit de posséder de l’argent ou des biens et appartiennent aux hommes. Si elles ont de la « chance » (ou plutôt si elles n’ont pas la poisse complète), elles peuvent être des épouses, des Marthas ou des Tantes. Si elles sont fertiles, elles seront utilisées comme des reproductrices sur pattes, forcées à avoir des relations sexuelles pendant leurs périodes d’ovulation, gardées jusqu’à ce le bébé qu’elles mettent au monde n’ait plus besoin d’être allaité puis envoyées dans une autre maison dans le même but… Si elles ne sont pas fertiles, pas mariées et qu’en plus, elles sont éduquées, elles finissent prostituées (de force pour ne rien changer). Si elles sont violées, c’est de leur faute. Si elles ne tombent pas enceintes, c’est de leur faute. Si elles n’obéissent pas, on les frappe, les électrocute et leur arrache un œil. Même leurs prénoms sont changés pour démontrer leur appartenance à un homme. June devient Offred soit of Fred qui veut dire « de Fred ». Janine devient Ofwarren (de Warren) puis Ofdaniel (de Daniel) quand on la place dans une nouvelle famille. Elles n’ont plus le droit d’utiliser leurs anciens prénoms et ne possèdent pas de noms de famille. Elles ne sont que des objets, ceux des hommes. Ici, même la cinématographie est au service de cette objetisation répugnante : 

Les Servantes ressemblent à des petites pièces de Scrabble

A Gilead, tout est en ordre et à sa place : les boîte de conserve, les oranges, les femmes, …

A Gilead, tout est tordu. La façon dont les Épouses sont présentes lors des viols qu’ils appellent « cérémonies », la façon dont elles se placent derrière la Servante qui donne naissance à un enfant pour simuler les douleurs de l’accouchement, les réunions où les Servantes doivent exécuter elles-mêmes des prisonniers afin qu’elles puissent exorciser leur haine et ne pas la déverser sur la famille les accueillant… Tout est écœurant, intolérable et horrible. 

Derrière la Servante assise à même le sol pour accoucher, une Épouse simule les douleurs et les cris avec elle…

La mise en scène est incroyable. Ironiquement, tout est magnifique à voir. Les couleurs, les lumières, les ombres, … Tout a une beauté à couper le souffle. Cette série est clairement au-dessus de toutes les autres sur ce point. Et si elle ne gagne pas des Emmy pour la réalisation, la mise en scène et même pour le jeu de ses actrices, et bien… Non, vous savez quoi ? On vous parie qu’ils vont gagner. The Handmaid’s Tale est bouleversante et intense. Peu de séries et même de films atteignent une telle qualité, une telle force et une telle puissance. D’ailleurs, et c’est un fait rarissime, elle est l’une des rares séries à avoir obtenu 100% d’approbation sur Rotten Tomatoes et une note moyenne de de 9.06/10 sur la base de 76 critiques. Sur Métacritic, elle obtient la note de 92/100 sur la base de 42 critiques. Enfin, sur TVShow Time où elle est notée exclusivement par des spectateurs lambdas, elle a obtenu la note inégalable de 9,72/10… 

Exemples de scènes splendides que nous offre la série

Le casting est super et est composé d’acteurs et actrices connu-e-s et reconnu-e-s. Elisabeth Moss, qui joue le rôle principale, tenait déjà un rôle important dans Mad Men. Cette actrice n’a plus rien à prouver. Dans cette série, elle montre toute l’étendue de son talent et démontre que c’est une actrice complète. On retrouve également Joseph Fiennes (Shakespeare in love, American Horror Story), Yvonne Stahovski (Dexter) ou encore Alexis Bledel (Quatre filles et un jean, Gilmore Girls). Mais le fleuron de ce casting, c’est Samira Wiley qu’on prend un plaisir non modéré à retrouver ! Et l’actrice est toujours aussi douce que brut de décoffrage et c’est exactement pour ça qu’on l’aime et qu’on est si heureux de la retrouver. Mais alors qu’on se remet à peine de la mort de Poussey dans Orange Is The New Black, voilà que dès le premier épisode le sort de Moira, qu’elle interprète, est incertain. On ne vous dit rien mais promis, vous aurez des frissons et vous ne serez pas déçu-e-s. D’ailleurs, ici, elle retrouve sa camarade de OITNB, Madeline Brewer (qui y jouait la touchante Tricia le temps de quelques épisodes) qui nous bouleverse et nous prend aux tripes en tant que Janine / Ofwarren / Ofdaniel. Cette dernière est tellement mise à rude épreuve qu’elle en perd la tête et Madeline joue parfaitement cette pauvre femme torturée (et c’est le cas de le dire). Enfin, l’actrice Yvonne Strahovski, qui joue pourtant un bourreau révoltant, a un jeu tellement parfait qu’on a du mal à la détester. 

Je ne pouvais pas faire un article sans saluer la technique d’Alexis Bledel qui, le temps d’un épisode, ne prononce pas un seul mot mais arrive à nous faire passer une myriade d’émotions juste avec ses (sublimes) yeux bleu pâle. L’actrice joue une Servante qui se fait punir d’une manière atroce et à vomir (on ne vous dit pas comment, à vous de le découvrir) lorsque l’on découvre qu’elle est en réalité lesbienne et qu’elle a une idylle avec la Martha de la famille où elle vit.

Cette série dénonce la condition des femmes, l’homophobie et plusieurs maux qui nous touchent tous de près ou de loin. Mais si la majorité de ces faits de société ne sont pas aussi exagérés que dans la série (en tout cas pas ici en France ou dans d’autres pays d’Occident), The Handmaid’s Tale a voulu utiliser sa portée pour faire passer un message, qui lui est plus qu’ancré dans notre actualité. On ne vous dira pas qui pour ne pas vous spoiler, mais un des personnages réussit à s’enfuir et à passer la frontière canadienne. Là, cette personne obtiendra le statut de réfugié et se verra offrir de la bienveillance mais aussi de l’argent, des papiers, où vivre et de quoi aller voir un médecin pour se faire soigner. Mais cette personne est tellement bouleversée par ce qu’elle a vécu qu’elle a encore du mal s’en remettre et reste sous le choc. Le message est clair : les réfugiés ne fuient pas leur pays par plaisir et par envie de profiter financièrement du pays d’accueil, mais bien pour échapper aux viols, à la guerre et à la mort. Le message est d’autant plus fort qu’ici ce sont des américains les réfugiés. Cette série se veut une mise en garde : aujourd’hui, les réfugiés sont syriens mais demain, ce sera peut-être l’un d’entre nous et là, nous aimerions être accueillis aussi bien que dans The Handmaid’s Tale

Cette série est criante de vérité au point d’en être traumatisante. Elle est extrêmement violente tant physiquement que moralement et on n’en sort pas indemne. C’est horrible à dire mais on arrive à imaginer cela comme un futur possible, ce qui est le but de The Handmaid’s Tale, il est vrai. Elle nous pousse à la réflexion et nous fait cogiter sur notre rôle à jouer pour éviter une telle catastrophe. On la termine le cœur lourd et on ressent le besoin de plonger ensuite dans quelque chose de plus léger même si en même temps, il nous tarde de voir la saison 2. C’est la série de l’année. La série parfaite.  

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Passionnée par les sushis, j’ai appris à maîtriser cet art en regardant mes séries télé préférées. Entre deux makis, je m’intéresse aussi à l’univers d’Harry Potter, de Disney, au cinéma et à la photographie. Sinon, est-ce que je vous ai dit que j’aimais les sushis ?
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One Comment

  1. Excellente chronique! La série est dans ma To Watch List, mais il me tarde encore plus de la regarder.

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