Tinder surprise

14/07/2017

Titre : Tinder surprise

Auteur : Ana Ker

Editions : Albin Michel

Prix : 17,00 €

Parution : 1er juin 2017

Nombre de pages : 256 pages

Genre : Littérature contemporaine

Résumé : Quatorze jours pour devenir une trentenaire épanouie et heureuse grâce à Tinder, une application de rencontres pour mobile. C’est le pari fou de Joséphine Simon, au bout du rouleau sentimental, et qui désespère ses copines.
Du musclé, du tendre, du radin, du tatoué, du romantique, du biker ou du rasta : bienvenue au supermarché de l’Homme. Il n’y qu’à liker ou à noper pour consommer. Simple comme bonjour. Quoi que…

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Véritable phénomène de société depuis l’apparition et la propagation du smartphone et des applications qui en découlent, Tinder n’est plus un tabou. De même que les natifs d’Internet naviguaient sur les sites de rencontres, le nouveau phénomène à la mode est encore plus expéditif : au marché de l’amour, on parcourt expressément les rayons, on achète, on jette.

Alors que les applications fusent et se multiplient, une seule se divulgue dans tous les esprits, même de ceux qui ne l’utilisent pas ou en sont réfractaires. Tinder est partout : sur les bouches, dans les sketches (Norman fait des vidéos), à la radio (émission du 5 juin 2017 sur France Inter « Le nouveau rendez-vous » de Laurent Goumarre) et même dans la littérature. A tâche de comprendre comment ce phénomène s’est propagé aussi rapidement, et surtout quels en sont les aspects.

Dans son livre Tinder surprise, Ana Ker utilise la fiction pour décrire et tenter de cerner les attentes d’une trentenaire qui décide de s’inscrire sur cette application. Sous une plume caricaturiste, mais non moins agréable, l’auteure peint donc le portrait d’une femme qui, profitant d’une pause dans sa carrière professionnelle, prend le pari de se faire de nouvelles connaissances. L’objectif ? Rencontrer 20 hommes en 14 jours. Elle qui a toujours laissé sa vie sentimentale de côté devra se faire violence pour y consacrer pleinement ses journées.

Fidèle à l’image de supermarché de l’amour, la construction du roman Tinder surprise est réalisée par chapitres, chacun consacré à un homme différent, et communément appelés « Homme 1 », « Homme 2 », etc. Le jeu narratif va même plus loin, jusqu’à l’amitié : à part le prénom de l’héroïne conforme à celle d’une comédie romantique, aucun nom n’est donné. Copine 1, copine 2, copine 3 et copine 4 sont là pour soutenir Joséphine et accueillir ses comptes rendus dans sa quête de l’amour. L’aspect comique en est renforcé : les hommes se succèdent, les surnoms aussi.

Mais, contrairement aux blockbusters romantico-américains, Ana Ker n’utilise pas la fiction pour faire du sentimentalisme ou transmettre un message doux-amer bienveillant. A travers la narration, elle dessine un large panel des rencontres types de Tinder. Forcément le trait est appuyé, voire caricatural : du rasta drogué-alcoolo-skateur au grand voyageur apporteur de rêves, en passant par le grand fumeur surexcité… Les lecteurs consommateurs de l’application reconnaîtront ces hommes non moins réels, et les idées reçues des autres n’en seront que renforcées.

Loin de faire l’apologie de Tinder, Ana Ker construit derrière une façade comique et anti-romantique un état des lieux de cette pratique encore nouvelle mais non moins connue et ultra-utilisée de l’application de rencontres. Très éloignée d’une vision naïve et trop souvent reléguée au féminin, elle érige au contraire une héroïne novice mais déterminée dans la quête extrême qui est la sienne : vivre une expérience sans faire de sentiments.

L’auteure confirme les préjugés liés à ce type de marché, proposant ainsi une conclusion quelque peu pessimiste, mais elle étend également le constat aux rencontres amoureuses en général, repoussant alors l’étiquette de potentiel dangereux collée aux applications de rencontres. Tous les hommes mariés ne se cachent pas derrière Tinder !

 

Un roman-guide pratique drôle, léger, extravagant, qui dresse malgré tout un portrait cynique de cette application aujourd’hui rentrée dans les mœurs. Grâce à une écriture mimétique fluide et un langage à la limite du familier, le lecteur plonge directement au cœur d’une expérience aussi universelle que limitée, dans le temps et les esprits : celle du supermarché de l’amour.

Merci aux éditions Albin Michel pour l’envoi de ce livre agréablement surprenant !

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Chroniqueuse littéraire, je suis tombée dans la marmite de livres étant petite. Libraire dans l’âme, attachée de presse dans la vraie vie, je m’attache à transmettre le grand secret de la vie éternelle : la lecture (et la pierre philosophale pour les plus chanceux) !
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One Comment

  1. J'ai été voir une pièce de théâtre géniale du même nom à Paris. Mais ce n'était pas le même pitch !

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