Anne with an E - Une nouvelle bouffée d'air frais signée Netflix

02/08/2017

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Titre : Anne with an E

Créée par : Moira Walley-Beckett

Avec : Amybeth McNulty, Lucas Jade Zumann, R.H. Thomson, Geraldine James, ...

Format : 60 minutes

Diffusion : Netflix

Genre : Drame

Résumé : L'histoire d'une jeune fille adoptée qui se bat envers et contre tout pour se faire accepter et gagner l'affection de son nouvel entourage. En 1890, une adolescente qui a été maltraitée des années durant en orphelinat et par un chapelet de familles d'accueil atterrit par erreur dans le foyer d'une vieille dame sans enfant et de son frère. Avec le temps, Anne, 13 ans, va illuminer leur vie et celle de leur petite communauté grâce à son esprit fantasque, sa vive intelligence et son imagination débordante.

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Dieu seul sait que j’aime les adaptations, et plus particulièrement les productions qui prennent l’initiative de porter à l’écran des classiques de la littérature jeunesse. Voir ces personnages qui ont bercé notre enfance prendre vie sur le petit ou le grand écran, c’est toujours un grand moment. Ma rencontre avec le personnage d’Anne Shirley, je ne la dois pas au roman « Anne… la maison aux pignons verts » de Lucy Maud Montgomery mais au téléfilm « Le Bonheur au bout du chemin », sorti en 1985. Les grands adeptes de la saga du dimanche sur M6 se souviendront certainement de cette adaptation où l’actrice Megan Follows, que l’on a notamment vue dans la série Reign, interprétait le rôle-titre. Cette version, c’est un peu ma source et mon repère pour appréhender la version 2017 produite par Netflix. Et c’est avec excitation et appréhension que je me suis plongée de nouveau dans les aventures de cette drôle de rouquine à la langue bien pendue. Et… je n’ai pas été déçue, loin de là.

C’est bien connu, les meilleures histoires commencent sur des malentendus. Marilla et Matthew Cuthbert, un frère et une sœur vivant dans la petite bourgade d’Avonlea, ne se sont jamais mariés et continuent de vivre dans la maison familiale. Avec l’âge qui avance, ils n’ont plus vraiment la force de s’occuper convenablement de leur domaine. L’idée leur vient alors d’adopter un petit garçon pour les aider. Mais quand Matthew se rend à la gare pour récupérer leur garçon, il se retrouve face une jeune fille rousse prénommée Anne Shirley. La gamine, très enjouée et bavarde, fait forte impression sur le vieil homme qui se prend d’affection pour elle. Ce qui n’est pas le cas de sa sœur qui ne désire qu’une chose : la renvoyer à l’orphelinat. Après réflexion, ils finissent par s’attacher et décident de la garder. Commence alors un long apprentissage pour Anne et les Cuthbert, qui doivent s’apprivoiser pour devenir une vraie famille. Mais rien n’est simple quand on a face à soi une jeune fille volubile et pleine d’imagination avec un passé douloureux.

Le premier bon point du programme, c’est son générique qui nous fait dès le départ entrer dans l’ambiance de l’intrigue. De trop nombreuses séries négligent les génériques qui sont pourtant la vitrine des séries. Les images de l’opening sont une invitation à l’imagination et à la fantaisie, en moins d’une minute la séquence d’ouverture résume la personnalité fantasque et complexe de son héroïne. On y retrouve son amour pour la nature, pour la poésie, le lyrisme et la littérature, mais c’est surtout la touche picturale de ce générique qui est la plus impressionnante. Un travail magnifique chargé en symbolisme, que l’on doit au même studio (Imaginary Forces) que celui qui s’est chargé du générique de  Stranger Things et qui a déniché Brad Kunkle, un artiste peintre américain (dont les travaux valent vraiment le détour) pour réaliser une série de tableaux pour l’occasion. Avec la magie de l’audiovisuel, tout prend vie sur le thème d’ouverture Ahead by a Century composé et interprété par The Tragically Hip, un groupe emblématique de rock canadien. Bien que la chanson date des années 80, les paroles se marient parfaitement avec le personnage et font le lien avec les racines canadiennes du roman. C’est de loin l’un des meilleurs génériques qu’il m'ait été donné de voir.

On est déjà familiarisé avec le genre d’intrigue que propose la série littéraire de Lucy Maud Montgomery. Au même titre que Princesse Sarah ou les Malheurs de SophieAnne… la maison aux pignons verts est un roman d’apprentissage durant lequel on suit les mésaventures d’une héroïne qui fait l’expérience de la vie. Chaque adaptation s’est empressée de mettre l’accent sur la personnalité exceptionnelle d’Anne qui lui vaut pas mal d’embrouilles dans son nouvel environnement. Il y a des moments difficiles mais qui ne semblent pas insurmontables. Ce qui en ressort, c’est un ton enfantin avec une petite touche d’humour. La série proposée par Netflix garde l’ensemble de ces motifs mais va là où, il me semble, personne n’a encore creusé : le passé d’Anne et les conséquences sur son comportement. Un choix intelligent qui donne au récit de Lucy Maud Montgomery une tonalité plus dramatique et réaliste.

Anne Shirley est une jeune fille de 13 ans candide, rêveuse et dotée d’un éternel optimisme. Très instruite et intelligente, elle voue une passion débordante pour les livres et la nature qui sont pour elle une source inépuisable d’inspiration. Avec une force de conviction à toute épreuve, Anne est un personnage lumineux et rafraîchissant mais c’est aussi une orpheline ballottée de foyer en foyer. Ses derniers tuteurs la maltraitaient et l’asservissaient. De tels passifs laissent forcément des séquelles dans la tête d’une fillette. Derrière l’Anne enjouée, bavarde et avide de s’intégrer à sa nouvelle vie, il y a une Anne beaucoup plus sombre et fragile. Tous les mauvais coups qui lui tombent dessus ne sont pas de simples mésaventures anecdotiques mais de véritables épreuves qui font remonter les peurs de la fillette. La série nous donne accès aux pensées les plus profondes de l’héroïne, on suit donc cette gamine blessée psychologiquement qui doit se reconstruire et apprendre de nouveau à se faire confiance. En plus de la quête d’identité et de l’intégration, le programme explore donc cette réalité avec des thèmes comme l'abandon, le rejet et les préjugés.

Avec une héroïne aussi singulière qu’Anne, il faut une actrice de talent pour interpréter une telle personnalité et c’est à la jeune Amybeth McNulty que cette difficile tâche incombe. Inconnue des écrans malgré ses quelques rôles à la télévision, l’actrice transcende l’écran, elle est vraiment faite pour ce rôle avec sa dégaine enfantine et son physique atypique. Elle porte littéralement l’histoire et retranscrit avec justesse les états d’âme de son personnage, ce qui lui permet de rivaliser avec la précédente interprète, Megan Follows. Elle ne joue pas, elle incarne Anne Shirley. Le reste du casting est tout aussi bon. Malgré sa réserve, Matthew Cuthbert joué par R.H. Thomson est vraiment très attachant. Tandis que sous ses faux airs de femme aigrie et autoritaire, Marilla, incarnée par Geraldine James, cache une personne affectueuse. Le binôme est vraiment complémentaire, et même si Marilla semble avoir l’ascendant sur son frère, ce dernier arrive à tempérer son caractère. Pour chacun d’eux, l’arrivée d’Anne fait remonter des aspirations profondes auxquelles ils avaient renoncé, des amours perdues, la perte d’un être cher ou encore les joies de la parentalité. Ils affrontent bravement leur nouvelle condition de parent malgré leur manque d’expérience et leur a priori. D’une manière générale, chaque personnage important dans la construction d’Anne a droit à une personnalité ou un background plus approfondi, à l’image du fringant et éternel rival Gilbert Blythe campé par Lucas Jade Zumann.

L’intrigue en elle-même suit fidèlement le récit originel mais se permet quelques ajouts pour les besoins du scénario. Tous les épisodes prennent le temps de développer chaque situation, le résultat c’est une série assez lente mais pleine de rebondissements, si bien qu’on ne voit pas vraiment le temps passer. Le gros plus, c’est avant tout les séquences de flash-back qui témoignent du traumatisme. Le programme répond au besoin d’un public familial mais n’est pas pour autant tout public. Il peut être appréhendé à plusieurs niveaux avec pour les plus jeunes une héroïne optimiste à laquelle s’identifier, et pour les plus grands le combat d’un enfant face au traumatisme. Que ce soit en version originale ou française, le travail des dialogues est à la hauteur du personnage, le flot continu de paroles est débité avec un rythme naturel malgré le vocabulaire complexe et fantaisiste employé par Anne. Ce qui est aussi intéressant, c’est l’usage qui est fait de cette parole par les différents protagonistes. Si pour Anne il permet de masquer son mal-être en faisant appel à son imagination, pour d’autres comme Matthew il est utilisé seulement en dernier recours.

Autre fait intéressant de la mise en scène, c’est la mise en valeur de la campagne canadienne avec des paysages verdoyants et enchanteurs. L’histoire prend place sur l’Île-du-Prince-Édouard en Nouvelle Ecosse, dans un cadre magnifique qui allie à la fois le charme des prairies et du bord de mer. La nature est omniprésente et synonyme de refuge pour l’héroïne. Quant à la ferme des pignons verts, qui semble être un élément (ou personnage) indispensable de l’intrigue, elle devient petit à petit le foyer chaleureux que la jeune fille et ses proches attendent depuis toujours. Selon moi, il n’y a pas vraiment de gros défauts à cette adaptation, mais l’œuvre parfaite n’existe pas. Le seul reproche que je peux lui trouver, c’est la fin brutale de la saison qui a un goût d’inachevé. Le téléspectateur est coupé dans son élan et c’est très frustrant. En bref, même si la conclusion de la saison voulait jouer sur un suspense insoutenable, ce n’est pas digne d’une fin de saison faite dans les règles de l’art. Et puis mince, 7 épisodes, ce n’est pas assez.

En conclusion, Anne with an E est une belle revisite du récit initiatique de Lucy Maud Montgomery. Une adaptation plus adulte que de coutume, qui se regarde à plusieurs niveaux. La série n’a rien à envier à ses prédécesseurs, car elle a su développer sa propre identité visuelle et scénaristique. C’est avec plaisir que l’on retrouve le langage fleuri d’Anne, même si au début on s’y perd un peu. L’actrice irlando-canadienne sélectionnée parmi près de 1800 candidates est pétillante, attrayante et joue parfaitement sa partition. Et comme on pouvait s’y attendre, Amybeth McNulty porte à elle seule l’ensemble de la série sans pour autant faire de l’ombre au reste du casting qui voit chacun de ses personnages approfondi. Le programme exploite habilement toutes les facettes des traumatismes de l’enfance sans perdre de vue l’esprit jovial et enfantin de l’intrigue, dans un cadre champêtre dépaysant. C’est décidément une jolie découverte encore signée Netflix et l’idée de devoir attendre la saison 2 me laisse « au comble du désespoir ».

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