Baby Driver - Le digne héritier de la trilogie Cornetto à savourer sans modération

24/08/2017

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Titre : Baby Driver

Réalisateur : Edgar Wright

Avec : Ansel Elgort, Kevin Spacey, Lily James, ...

Genre : Action, Policier, Thriller

Durée : 1h53

Nationalité : Britannique, Américain

Sortie : 19 juillet 2017

Résumé : Chauffeur pour des braqueurs de banque, Baby a un truc pour être le meilleur dans sa partie : il roule au rythme de sa propre playlist. Lorsqu’il rencontre la fille de ses rêves, Baby cherche à mettre fin à ses activités criminelles pour revenir dans le droit chemin. Mais il est forcé de travailler pour un grand patron du crime et le braquage tourne mal… Désormais, sa liberté, son avenir avec la fille qu’il aime et sa vie sont en jeu.

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L’été sonne traditionnellement l’arrivée des blockbusters de la saison estivale. Super-héros, animation ou films d’action prennent d’assaut les salles obscures pour notre plus grand plaisir. Baby Driver ne faisait pas partie du lot des films ayant attiré de manière positive mon intérêt. Et pour cause, le packaging promotionnel du film d’Edgar Wright, célèbre cinéaste britannique créateur de la trilogie Cornetto avec Shaun of the Dead (2005) ; Hot Fuzz (2007)  et The World's End (2013), en français Le Dernier Pub avant la fin du monde, avait tout l’air d’être un film bon à attirer des spectateurs en mal de divertissement facile et sans prétention. Donnez-leur des bagnoles, des courses-poursuites, une romance bateau et des mafieux, et vous obtenez le cocktail idéal pour un film de la trempe d’un Transformers ou d’un Fast and Furious. Fort heureusement, les apparences sont trompeuses et derrière l’emballage insipide du film (je parle de la bande-annonce qui ne rend pas du tout service au film) se cache un appétissant produit qui ne demande qu’à être savouré.

Je ne suis pas une grande connaisseuse du travail du travail d’Edgar Wright, mais en seulement 5 films, ce britannique fait l’unanimité chez bon nombre de cinéphiles. Il faut dire que ses réalisations ne passent pas inaperçu dans le paysage cinématographique : sa maîtrise des codes et des règles de la fiction combinée au légendaire humour britannique a su séduire un public que l’on sait exigeant et difficilement impressionnable. 4 ans après le dernier volet de la trilogie Cornetto, Wright nous revient donc avec Baby Driver, une fiction qui nous conte le quotidien mouvementé de Baby, un blondinet qui conduit des voitures comme un dieu et qui loue, bien malgré lui, ses services auprès d’un mafieux adepte du cambriolage de banques. Mission après mission, Baby s’acquitte de sa tâche sans broncher, toujours avec efficacité et en cadence. Conscient d’être complice de ses commanditaires, Baby a pour principe de ne jamais se salir les mains. Jusqu’au jour où il rencontre la jolie Déborah au détour d’une fenêtre. Après un dernier coup d’éclat, le jeune homme aspire à une vie rangée faite d’amour et de musique avec Debby, mais rien ne se passe comme prévu.

Après ce rapide résumé, on conviendra que cette intrigue a été vue et revue un nombre incalculable de fois, et qu’il n’y a pas véritablement de suspense sur la conclusion de cette dernière. Mais comme me répétait souvent ma prof de scénario, toutes les histoires ont déjà été racontées. Le but n’est pas tant de savoir comment se termine un récit mais de quelle manière on y aboutit. La véritable force du film ne réside pas dans son scénario mais dans sa mise en scène et dans la construction de ses personnages, ou plutôt de son personnage, Baby. Interprété par Ansel Elgort, que l’on a vu dans Nos étoiles contraires et la saga Divergente, Baby a tout d’un frimeur, cool et relax. Derrière son mutisme, son air stoïque et ses manières étranges (qui frisent l’autisme ou l’obsession à certains moments) se cache un gentil et surprenant garçon qui a la particularité étonnante de maîtriser les voitures comme personne. En bref, c’est un as du volant. Toujours accompagné de ses lunettes de soleil, le jeune homme rythme son quotidien par la musique, qui semble être la seule chose qui le soulage et lui fait oublier ses acouphènes à répétition, et surtout son travail de chauffeur. C’est un personnage de type « anti-héros » qui est très bien construit et dont l’évolution est amenée avec malice et intelligence.

Même si certains personnages secondaires manquent de substance, ils ont tous un rôle important et non négligeable dans l’intrigue. A l’image de Debby, jouée par Lily James, qui durant tout le film joue uniquement les amoureuses, ou le père adoptif de Baby qui fait office de morale, des fonctions classiques mais bien mises en scène. D’autres ont une évolution plutôt surprenante avec des twists auxquels on ne s’attend pas, mais toujours dans une progression logique et graduelle. D’une manière générale, le casting, qui est composé de pointures comme Kevin Spacey et James Fox, tient la route.

Le film aborde des thèmes comme le traumatisme de l’enfance, le retour sur le droit chemin du héros et surtout le bien et le mal. Baby est un personnage dans le contrôle, il maîtrise sa vie, ses émotions, les voitures et surtout la musique. Son univers est régi par la musique, si bien qu’il vit hors des réalités et des enjeux du monde qui l’entoure. Il est assimilable à une machine bien huilée jusqu’à sa rencontre avec l’amour qui va le pousser à sortir de sa zone de confort et prendre ses responsabilités. Pour atteindre son objectif, il va briser toutes les règles qu’il s’est établi, et tout particulièrement celle de ne pas avoir de sang sur les mains. C’est une idée simple mais très bien exploitée par la mise en scène.

Le véritable point fort du film d’Egard Wright, c’est sa mise en scène. Tout d’abord grâce au genre qu’il détourne avec une aisance déconcertante. On passe d’un film de braquage à de la romance, de l’action, du thriller ou encore de la comédie, le tout enrobé par les codes de la comédie musicale. Mais attention, il est plus approprié de parler de film musical que de comédie musicale (on n’est pas chez La La Land quand même). Wright accorde beaucoup d’importance à l’image pour raconter une histoire, il use énormément du silence dans les scènes avec Baby, son héros est un personnage avare en paroles qui préfère s’exprimer à travers le corps (langue des signes, gestuelle, danse). Cette idée de chorégraphie ou d’orchestration se retrouve aussi dans le travail de montage image et son qui se synchronise en permanence avec l’action. On a même l’impression que le film a été fait à l’envers, c’est-à-dire que la musique n’est pas là pour accompagner et porter l’intrigue, mais que ce sont les images qui magnifient et subliment la musique.

Toujours dans cette idée de maîtrise, musicalement tout est savamment orchestré par Baby, si bien que la musique extra-diégétique est quasiment absente du film. Concernant le décor et les accessoires, même si l’action est contemporaine au spectateur, certains éléments ou ambiances ont un côté rétro très plaisant et plutôt actuel avec la mode du vintage et de la nostalgie. On le ressent dans le choix des voitures, de certaines tenues, de l’atmosphère et surtout dans la  musique, avec l’utilisation de la cassette (comme dans 13 Reason Why) ou des vinyles. D’ailleurs, le réalisateur joue avec nos références musicales avec une playlist intuitive avec des compositions originales et non les remix auxquels nous sommes habitués. Elles n’ont parfois aucun rapport émotionnel avec les scènes qu'elles accompagnent, mais se marient parfaitement avec.

Mise à part l’intrigue trop basique, je n’ai pas trouvé de défaut majeur à ce film, si ce n’est une romance qui, même si elle est l’élément perturbateur, n’est pas vraiment mise en avant ni spécialement développée. Malgré le côté cliché et utopique de cette idylle (amoureux au premier regard), on comprend après analyse qu’elle sert plus de prétexte pour pousser le personnage à avoir d’autres perspectives et entreprendre enfin une mutation.

En conclusion, j’ai passé un excellent moment devant Baby Driver et je ne regrette pas de m'être laissée tenter par ce film. Même si le scénario est basique, le réalisateur anglais le revisite haut la main. Le personnage de Baby passe par toute une palette d’émotions, il est vraiment attachant et surprenant. Chapeau bas à Ansel Elgort qui a réussi à donner vie à son personnage sans pour autant tomber dans la caricature. Son jeu d’acteur est juste génial, ce qui lui permet de remonter définitivement dans mon estime. Une fois que l’on a compris les enjeux, on peut craindre que le film s’enferme dans une routine de braquage et de courses-poursuites mais heureusement, le film d’Edgard Wright ne tombe pas dans le piège et nous surprend encore et toujours. A aucun moment le spectateur n’est passif, il est en permanence sollicité par le montage et la musique. Il y a tellement de détails qu’un visionnage ne suffit pas pour tout cerner de la mise en scène. Et puis, même si je ne me suis pas attardée sur l’action, les scènes de courses-poursuites, de braquages et autres sont tout aussi prenantes avec une violence qui va crescendo (mention spéciale pour le final de folie du film). Si vous n’avez pas encore vu ce long-métrage, courrez vite dans votre cinéma le plus proche. Mais attention, en musique et en tempo.

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