Ratatouille ou l'art de la création

06/08/2017

Titre : Ratatouille

Réalisateur : Brad Bird

Avec : VO : Patton Oswalt, Lou Romano, Peter O'toole, Brad Garett, ... VF : Guillaume Lebon, Thierry Ragueneau, Bernard Tiphaine, Jean-Pierre Marielle, ...

Genre : animation

Durée : 1h51

Nationalité : États-Unis

Sortie : 2007

Résumé : Rémy est un rat qui se retrouve à Paris. Avec l'aide d'un jeune homme empoté et de son odorat développé, il va essayer de réaliser ses rêves dans le milieu de la grande cuisine française.

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Les films d’animation Pixar ont un certain gage de qualité qu’ils font valoir d’année en année. En effet, s’ils ont de quoi divertir les plus petits de manière respectueuse pour leur intellect, ils arrivent à parler également aux plus grands sur des sujets divers et souvent adultes. Le premier exemple qui me vient en tête est « Là-haut », avec son introduction poignante lançant les thématiques du deuil et de l’impossibilité pour certaines personnes d’avoir des enfants, le tout avec une force émotionnelle marquante. « Ratatouille », comme ses congénères, dispose d’une lecture plus adulte que l’on abordera par après.

Attention : cette critique abordant une certaine lecture du film, j’en dévoile de nombreux points. Il est donc vivement conseillé de voir « Ratatouille » avant de lire cette analyse.

Parlons d’abord de la qualité de l’animation. Bien que le film ait déjà dix ans (ce qui ne nous rajeunit pas), on peut toujours remarquer le travail apporté notamment sur la physique de l’eau et des poils, des aspects difficiles à retranscrire en animation 3D il y a quelques années encore. Bien qu’ils se reposent sur des moteurs utilisés pour des films précédents (« Monstres et Cie » et « Le monde de Nemo »), ces deux « détails » du film sont encore représentés de manière presque photo-réaliste. On constatera l’effort fourni pour rendre la nourriture délicieuse par le biais d’un moteur graphique donnant un aspect plus organique aux éléments, ou la représentation de Paris, proche de la carte postale historique et de l’aspect rêvé de la ville.

Au premier abord, l’intrigue a une sensation de déjà vu. Ainsi, certains pourraient se plaindre que l’histoire d’une personne inadaptée à une tâche mais qui fera tout pour l’accomplir aura été narrée des centaines, si pas des milliers de fois sur grand écran. C’est là qu’intervient une analyse plus approfondie des ressorts scénaristiques utilisés. Si l’on décide de remplacer le milieu de la cuisine par celui du cinéma même, tout cela prend un nouveau sens. En effet, ce sont deux univers ardus, où la critique tient une place importante et peut souvent détruire toute velléité artistique. On constate d’ailleurs la commercialisation facile d’un nom avec les variations des produits surgelés de Gusteau.

Le personnage d’Anton Ego est également passionnant à aborder. Il va être d’abord vu comme un antagoniste, étant donné sa personnalité et la manière dont il est représenté (son bureau a une forme de cercueil et nous savons qu’il a provoqué la mort de Gusteau par sa critique). Au final, sa nature d’amoureux d’un art qu’il défend reprendra le pas sur sa volonté de briser aveuglément pour le bien de la gastronomie. Sa critique finale a d’ailleurs un goût qui laisse amer quand on est spécialisé à émettre certaines critiques :

« À bien des égards, la tâche du critique est aisée. Nous ne risquons pas grand-chose, et pourtant, nous jouissons d une position de supériorité par rapport à ceux qui se soumettent avec leur travail, à notre jugement. Nous nous épanouissons dans la critique négative, plaisante à écrire et à lire. Mais l’amère vérité, qu’il nous faut bien regarder en face, c’est que dans le grand ordre des choses, le mets le plus médiocre a sans doute plus de valeur que la critique qui le dénonce comme tel. Il est pourtant des circonstances où le critique prend un vrai risque : c’est lorsqu’il découvre et défend l’innovation. Le monde est souvent malveillant à l’encontre des nouveaux talents et de la création. Le nouveau a besoin d’amis. »

En voyant « Ratatouille » comme une allégorie du chemin que doit traverser tout artiste pour s’adonner à la création, le film gagne en force narrative. Il aborde sans fard les difficultés de sortir d’un milieu social considéré comme marqué (comment un rat pourrait devenir cuisinier ?) et prouve que tout le monde peut créer et marquer de sa patte un univers par son style, sa passion, son amour. Et même s’il faut parfois refaire avec ce qui a été créé ou détruire pour mieux reconstruire, l’art, lui, restera toujours vivant.

« Ratatouille » est donc une oeuvre d’animation de qualité, aussi bien dans sa forme que dans son fond. Il émerveillera sans aucun doute les petits qui ne l’ont pas encore vu, fera réfléchir les plus grands et poussera sans doute certains à créer, qu’importe leurs origines. La création est universelle et comme le dit Ego :

 » Tout le monde ne peut pas devenir un grand artiste. Mais un grand artiste peut surgir n’importe où. »

Alors, créons mes amis, laissons vivre notre imagination et tentons d’accomplir nos rêves, aussi fous soient-ils.

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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