Ça : affronter ses terreurs d’enfant…

20/09/2017

Titre : Ça

Réalisateur : Andrès Muschietti

Avec : Bill Skarsgard, Jaeden Lieberher, Sophia Lillis, Finn Wolfhard, ...

Genre : Horreur

Durée : 2h15

Nationalité : États-Unis

Sortie : 20 septembre 2017

Résumé : Alors que leur ville de Derry connait une vague de disparitions d'enfants, Bill et ses amis enquêtent sur la disparition du jeune frère de celui-ci, Georgie. Ils vont alors devoir faire face à une créature qui se transforme en les peurs les plus intimes de ses victimes...

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Adapter le roman le plus culte de Stephen King est loin d’être facile. En effet, entre ses temporalités croisées, la noirceur du roman et la retranscription de la nature maléfique de Pennywise, les dangers sont nombreux. Si l’on ajoute à cela que le téléfilm de 1990 avec Tim Curry dans le rôle du monstre est culte, il y a évidemment de quoi se poser des questions par rapport à une nouvelle version du roman. Mais si la production a été houleuse (avec notamment la défection de Cary Fukunaga qui craignait faire un film d’horreur « lisse »), cette nouvelle adaptation réalisée par Andrès « Mama » Muschietti est une réussite certaine.

Dans cette critique, nous allons essayer d’analyser le pourquoi de ce succès en revenant sur certains détails. Il est donc évident que ce texte sera rempli de spoilers en tous genres. Il est donc fortement recommandé de le lire une fois le film visionné.

La scène d’introduction lance le ton du film de manière parfaite. Comme dans les romans, cela commence avec une discussion entre Georgie et son grand frère Billy, suivie de la rencontre entre le premier et Pennywise (Grippe-Sou en VF). Muschietti relève le défi haut la main en introduisant la relation forte entre Billy et son jeune frère (relation qui sera l’un des moteurs du récit), tout en permettant d’aborder directement l’intrigue d’un point de vue d’enfant, avec toutes les craintes qu’un jeune âge implique. Une autre trouvaille se fait dans le choix musical pour aborder cette séquence. Celle-ci, au ton d’abord merveilleux puis tragique, trouve un justificatif dans sa force émotionnelle en étant interprétée par la mère des deux garçons. Ce thème gagne donc en potentiel sensitif étant donné qu’elle sera associée pour Billy à sa dernière rencontre avec son jeune frère. Ce morceau est donc tout autant lié à l’intradiégétique, de par cette association, qu’à l’extradiégétique, de par sa réapparition lors de certaines scènes.

Pour continuer sur cette scène, revenons sur la rencontre fatale entre Georgie et Pennywise. Cette séquence sera concentrée essentiellement par un champ contre champ, duquel on sort par le regard curieux d’une voisine sur ce jeune garçon qui regarde la bouche d’égout. Le dialogue est connu des fans du roman mais garde une tension forte au vu de l’aspect quasi tentateur d’un Pennywise pourtant plus prédateur que la version Tim Curry. Bill Skarsgard lui donne un style plus ouvertement dangereux, dans le but d’effrayer bien plus ses victimes pour mieux les savourer. Ici, son personnage va essayer de se donner des atouts plus attachants de par son visuel de clown (coucou les amis coulrophobes) et en jouant sur les sens de Georgie pour l’attirer avec l’odeur et les sons du cirque. Ce qui finira par fonctionner à attirer sa proie, c’est la promesse de récupérer le bateau que lui a fait Billy et la crainte de le décevoir en le perdant. C’est au moment où il le reprend en main que l’axe de la caméra sera modifié. Alors que le cadre se resserrait petit à petit lors du dialogue, appuyant le drame à venir, Muschietti change de plan afin de montrer le clown arracher le bras de Georgie, de quoi confirmer que leur discussion a atteint un point de non retour sanglant. Le réalisateur fait même durer la souffrance du garçon en le montrant hurler et tenant son moignon avant que Pennywise l’emmène dans les égouts. En faisant cela, il se met dans la même situation que le « clown dansant », lui qui se nourrit de la terreur de ses victimes. On pourrait même faire un parallèle entre le metteur en scène et son « monstre », de par cette volonté de devoir faire peur afin d’avoir de quoi subsister (sauf que les billets verts remplacent la chair que déguste l’autre).

La partie qui va suivre servira essentiellement à présenter chacun des enfants avec le « handicap » qui lui vaut son statut de « loser ». L’écriture est simple mais efficace, chacun n’ayant pas le même temps de présentation mais l’on comprend rapidement leurs faiblesses respectives. Leur personnalité est également aidée par l’interprétation des jeunes acteurs, exemplaires quand on sait que c’est sur leur talent que se base la force du film. Il suffisait qu’un seul d’entre eux aie un jeu exécrable pour ruiner les efforts de Muschietti. Heureusement pour ce dernier, leur dynamique de groupe, leur bagout, leur attitude, tout les rend attachants. Si l’on peut donc se plaindre d’un temps de travail scénaristique inégal, cela est compensé par une écriture dotée d’une certaine finesse. Comme on le dit souvent, c’est simple mais efficace.

Revenons maintenant aux attaques de Pennywise envers nos protagonistes. Toutes jouent sur une peur ancrée dans chacun des personnages : celle de Mike face au fait d’abattre des moutons ainsi que le deuil de ses parents, celle d’Eddie pour les maladies avec un lépreux souffrant d’effets assez moyens, celle de Stanley pour un tableau se situant dans le bureau de son père (faut-il y voir aussi la crainte de décevoir celui-ci), celle de Ben se raccorde à son statut de « nouveau » dans la ville et la souffrance émotionnelle de Bill suite à la disparition de Georgie. Mais la plus forte de ces attaques est sans aucun doute celle vécue par Beverly. Alors qu’elle entend des paroles venir de son évier, elle se fait attraper par des mèches de cheveux avant de se voir inondée, en même temps que sa salle de bain, par une vague de sang. Loin d’être un sursaut graphique gratuit, cette forte poussée d’hémoglobine est en lien avec la féminité de la jeune fille, une sexualisation dont elle a peur au vu de la relation malsaine qu’elle entretient avec son père.

On en parlait pour Mike et Bill, le film est traversé d’un sentiment de deuil lourd. Il suffit de se rappeler la scène d’ouverture, qui fait planer une sensation de morbide grave tout au long du récit, malgré les facéties de Richie. Aux yeux de tous (spectateurs et personnages), sauf de Bill, le petit garçon est décédé. Son grand frère est néanmoins dans un déni fort. Il est d’ailleurs le moteur du récit : c’est lui qui pousse ses amis à enquêter sur les disparitions en ville, dans l’espoir de le retrouver. Cela confère un aspect émotionnel non négligeable qui devra attendre son climax pour être résolu. Alors que Pennywise fait apparaitre sans cesse le petit garçon, Bill arrive à se rendre compte de l’impossibilité de retrouver son frère et de revenir à sa vie d’avant dans un sentiment de fatalisme touchant. Le geste est fort, d’ailleurs : il exécute « Georgie », du moins l’image qu’en donne le monstre qui le harcèle. En un acte puissant, Bill montre qu’il est prêt à passer à autre chose en portant le deuil de son jeune frère. Ce seront ses amis qui l’aideront à le surmonter au lieu de ses parents, quasiment fantômes du film.  

Parlons des adultes, d’ailleurs. Les quelques-uns qui « interviennent » le font de manière négative (le père de Beverly qui profite d’elle, la mère d’Eddie qui lui fait craindre diverses maladies, le père de Bowers qui pousse ce dernier dans ses retranchements)n tandis que les autres restent aveugles aux malheurs des enfants. Il suffit de voir l’aveuglement du père de Beverly face à sa salle de bain recouverte de sang. On sent encore plus la séparation entre le monde des adultes et le monde des enfants, comme on a pu le voir dans divers autres films du genre (notamment « E.T. » ou « Super 8 », avec qui il partage une ambiance à la Amblin diablement attachante). Pennywise joue d’ailleurs sur cet aveuglement, visible dans la scène d’agression de Ben mais surtout les apparitions des télévisions. On y retrouve à chaque fois une émission pour enfants parlant notamment d’un « clown » et de la possibilité pour tous de « flotter ». Lors du meurtre du père de Bowers par son fils, cela est appuyé que la télévision est utilisée par le monstre comme un moyen de contrôler les gens. Peut-on donc y voir une critique du petit écran ? Plutôt un prétexte pour montrer que si nos héros veulent vaincre Pennywise, ils devront devenir des adultes mais sans refaire les erreurs de leurs aînés.

Il y aurait encore tant à dire sur le film qu’il faudrait encore des pages et des pages pour l’aborder pleinement. Ce qui est sûr, c’est que cette nouvelle adaptation de « Ça » est un film des plus attachants, autant par sa forme (la photographie de Chung Chung-Hoon couplée à la mise en scène de Muschietti) que par son fond, tout en rappelant ce qui nous fait aimer les films d’horreur. Contrairement à certains producteurs véreux, ce n’est guère le gore gratuit ou des jumps scares gratuits. Tout comme chaque bon film, il faut qu’il y ait du cœur, de l’amour, de l’humain pour qu’une œuvre nous touche aussi bien artistiquement qu’émotionnellement. On ne parlera peut-être pas de film du siècle comme Xavier Dolan, mais il est sûr que ce « ça » version 2017 a de quoi devenir une œuvre culte que beaucoup d’entre nous (dont l’auteur de ces lignes) reverront encore et encore avec un pincement au cœur et la joie de trouver autant d’amour dans une production qui aurait pu relever du simple manège hanté filmique. Et quand un film nous donne autant d’amour, il est évident pour certains d’en offrir autant en retour…

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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