Death Note - Un film correct pour une adaptation trop libre

13/09/2017

Titre : Death Note

Réalisateur : Adam Wingard

Avec : Nat Wolff, Margaret Qualley, Lakeith Stanfield, Willem Dafoe, ...

Genre : Thriller, Epouvante-horreur, Fantastique

Durée : 1h41min

Nationalité : Américain

Sortie : 25 août 2017

Résumé : Inspiré du célèbre manga japonais écrit par Tsugumi Ohba et illustré par Takeshi Obata, Death Note suit un lycéen qui trouve un carnet doté d'un pouvoir surnaturel : quiconque le possède condamne à mort ceux dont il y inscrit le nom en pensant à leur visage. Enivré par un sentiment de toute-puissance quasi divine, le jeune homme commence à tuer ceux qu’il estime indignes de vivre.

.

Le cas Death Note !!! Un véritable best-seller dans l’univers du manga. Cette saga de 13 tomes a marqué toute une génération de lecteurs pour son histoire, ses personnages emblématiques et surtout son questionnement manichéen du bien et du mal qui remettait en question la notion de justice. Un bon sujet digne d’une épreuve de philosophie pour le bac. Une œuvre pareille devient bien évidemment un candidat idéal pour une adaptation. Les japonais ont planché sur le sujet avec deux films qui ont laissé de marbre les spectateurs, jugés beaucoup trop kitsch et caricaturaux. L’animé, avec ses 37 épisodes, rend beaucoup plus justice au manga, mais le rêve d’une d’adaptation live de ce chef-œuvre du genre demeurait inassouvie pour beaucoup.

Depuis, Dragon Ball Z est passé par là, et bien d’autres ténors de l’univers manga. Déception après déception, ils ont fini par convaincre un grand nombre de fans qu’une adaptation, c’est toujours une très mauvaise idée, en particulier quand on s’attaque à un monument. Alors, quand Netflix acquiert les droits et se décide à produire une adaptation made in USA, tout le monde retient son souffle. Au fur et à mesure que le projet avance, les fans crient au scandale et se déchaînent. Les trailers et la bande-annonce n’ont en rien apaisé ces derniers, la machine de haters et de fans insatisfaits s’est mise en place et plus rien ne peut les calmer. Alors maintenant que le fameux film est accessible, qu’en est-il vraiment ? Devons-nous lapider Netflix ?
Ma réponse est non. Pitié, n’écrivez pas encore mon nom dans ce fichu cahier et lisez bien mes arguments.

Réalisé par Adam Wingard, un habitué des thrillers, de l’horreur et de l’épouvante, puisque ce réalisateur s’est notamment illustré dans You’re Next (2013), et surtout dans le remake de Blair Witch (2016). Le film reprend le même postulat de départ que dans le manga dans la forme, mais modifie le fond. Light Turner est un lycéen banal un peu en marge de la société. Orphelin d’une mère assassinée et fils de policier, le garçon a soif de justice dans ce monde qu’il juge perverti et injuste. Alors qu’il fait commerce de ses talents de matheux, il remarque un carnet tombé du ciel répondant au nom de « Death Note ». Intrigué, il le ramasse et le conserve. Après avoir assisté au passage à tabac d’un élève et s’être fait à son tour malmener en voulant le défendre, Light finit en colle. Révolté par l’incompétence et l’injustice du personnel scolaire, il se décide enfin à parcourir les pages du cahier. Il découvre que ce cahier confère le pouvoir de mort sur n’importe qui, à condition d’avoir le nom et le visage de la victime en mémoire. 

Je ne vais pas rentrer dans les polémiques stériles sur le white bashing, sur le fait que l’intrigue ne se déroule pas au Japon, qu’on a changé le nom de Misa, ou que L est noir,  parce que ce ne sont pas de vrais critères pour juger de la pertinence d’un film. La version d’Adam Wingard est une adaptation libre, je dirais même très librement inspirée de Death Note. Malgré les nombreuses modifications, le concept du carnet de la mort est là dans les grosses lignes. Question mise en scène, la réalisation s’est vraiment approprié l’univers de l’œuvre originelle en apportant les changements nécessaires afin d’inscrire son récit dans un contexte américain, et donc plus familier au public qu’il visait. D’une manière générale, le film en lui-même cherche à rapprocher ses spectateurs de l’intrigue afin qu’ils se sentent plus investis. La transposition du milieu scolaire japonais à celui des USA était donc logique, mais comme on pouvait le craindre avec les premiers trailers, le récit se repose trop dessus. Et on a donc droit à notre lot habituel de clichés sur la jeunesse américaine avec les cheerleaders, les bals de promo ou encore les bully. Je dirais même que c’est la vitrine du film.

Le problème du film n’est pas tant l’américanisation ou l’aspect teenager, mais le côté stéréotypé et déjà vu des motifs ou des scènes utilisés. Par exemple, pour montrer l’intelligence de Light, on le présente en train de résoudre des problèmes de maths, comme si une personne intelligente était forcément assimilée aux sciences et aux maths (désolée les littéraires, c’est l’oncle Sam qui le dit).  A de nombreuses reprises, le film tombe dans la facilité, surtout au niveau du scénario, ce que j’ai trouvé dommage.

En contrepartie, Adam Wingard propose une autre lecture des personnages qui m’a semblé plus intéressante. Le héros Light Turnern joué par Nat Wolff, n’a pas le charisme de Light Yagami. Il ne vient pas du même milieu social, il n’a pas la même intelligence ni le même statut dans son lycée. Il n’est pas aussi calculateur et froid que prévu, bien au contraire, c’est un ado lambda, solitaire qui manque un peu d’assurance. A la différence de Yagami, Turner n’a pas le même fond ou les mêmes objectifs, à savoir devenir le dieu de ce monde, ce qui le rend plus humain et donc beaucoup plus accessible pour le spectateur.

Mia Sutton, interprétée par Margaret Qualley (qu’on a vue danser pour la pub Kenzo), n’a plus rien à voir avec Misa Amane. Elle a gardé le côté désirable et populaire du personnage d’origine avec son rôle de pom-pom girl, mais la ressemblance s’arrête là. C’est un personnage plus ambigu et plus sombre. Elle est beaucoup plus investie dans le Death Note et voit immédiatement toutes les possibilités qui s’offrent à elle. Sa fascination pour le cahier m’a fait penser à Gollum dans le Seigneur des Anneaux (mon précieux), elle a soif de pouvoir et pour parvenir à ses fins, elle use de son charme. Ce que j’ai apprécié, c’est qu’elle ne se contente pas d’être un objet utile et acquis à la cause de Light, mais qu’elle devient une véritable coéquipière pour lui. Le duo est vraiment complémentaire, Mia apporte le côté séducteur et manipulateur qui manquait à Light. J’aime l’idée que Kira ne soit plus un homme seul mais qu’il soit constitué d’un tandem, ou plutôt d’un couple. De là à penser à la Genèse et au couple originel, il n’y a qu’un pas.

Si Light et Mia sont une sorte de référence à Adam et Eve, Ryuk serait le serpent tentateur qui s’amuse des faiblesses et des remords de Light. Joué par notre bouffon vert préféré, Willem Dafoe, Ryuk a toute l’envergure d’un être maléfique, cruel, menaçant et joueur. L’acteur américain était vraiment fait pour ce rôle. En plus de la performance capture qui personnalise et donne corps au personnage, la mise en scène de ses apparitions lui fait perdre son côté comique et guignol pour une aura plus sombre et effrayante grâce un jeu sur les ombres et les lumières. Ici, Ryuk n’est plus un simple démon de la mort passif face au propriétaire du cahier, il est aussi le moteur de l’action comme une mauvaise conscience qui pousse au mal. Un parti pris qui a beaucoup plus de sens dans cette version. Même si ses interventions sont peu nombreuses, ce qui est dommage, il est l’un des meilleurs atouts du film.

Concernant L, je suis beaucoup plus mitigée. Même si le jeu de Keith Stanfield est très recherché et qu’il ne tombe pas dans la caricature du L original, je n’ai pas été convaincue par son personnage. Lui aussi est plus humain grâce au lien qui le rattache à Watari, ce qui laisse apparaître des failles, mais il est, à mon sens, moins travaillé que les autres. Je ne comprends pas pourquoi ce personnage est rendu visible au début. Ça lui fait perdre cette aura de mystère. Etant donné que nous avons des personnages moins extravagants et fascinants, la rivalité entre Light et L n’est pas à la hauteur de nos espérances. D’ailleurs, le duel psychologique de leur ego n’a jamais lieu non plus.

Le véritable souci de ce film, c’est son scénario. L’intrigue n’est pas aussi haletante que dans le manga, il y a beaucoup trop de facilités scénaristiques. Le rythme n’est n’est pas terrible, presque décousu. Les enjeux et les questionnements moraux sur la justice, le bien, le mal ou même la notion de divinité n’ont aucune portée. L’aspect policier et thriller psychologique est là, mais vraiment avec le minimum syndical pour ne pas dire inexistant. La crédibilité d’enquêteur de L, comme l’intelligence de Light, sont simplement suggérés mais pas mis à l’image. Et puis, certaines scènes manquent de vraisemblance. Je pense que si le film avait été plus long de 30 minutes, ces éléments auraient pu être mieux traités. Résultat : le film ne se démarque pas d’autres productions du même calibre, il est même oubliable. Il y avait tant de possibilités avec le concept du Death Note et les enjeux qu’il propose, mais le réalisateur est passé à côté. Le reste de la mise en scène est pas mal.

Le film a une identité visuelle sympa, un montage bien géré, un bon travail des lumières avec une ambiance de thriller sombre et oppressant (c’est déjà ça). Le choix d’inclure des éléments gores à la Destination Finale est judicieux, même si cela se limite au début du film. J’ai apprécié le travail apporté au design du Death Note dans cette version, il est usé et surtout usagé car on a tendance à l’oublier, mais c’est un objet qui est tombé entre de nombreuses mains, d’où la présence d’autres écritures. Mais tout ça ne suffit pas, ça ne réussit pas à faire oublier les lacunes du scénario. C’est comme si le travail de relecture était allé dans les détails, mais qu’ensuite le réalisateur n’avait pas su tout emboîter pour faire un bon film. On reste donc sur notre faim.

En conclusion, la réalisation artistique est bonne, les personnages sont enrichis mais le scénario est bancal et sans ambition. C’est donc un film correct, mais une adaptation incomplète. J’ai l’intime conviction que si Adam Wingard s’était émancipé totalement du récit de base, que s’il avait changé  totalement l’identité de Light ou s’il avait été dans la continuité des événements du manga, son champ d’action serait moins limité et les fans auraient été plus indulgents. Je terminerai par la réflexion suivante :

Adapter Death Note est un véritable défi, tant l’œuvre source est connue, reconnue et surtout appréciée par toute une communauté. L’acte d’adapter en lui-même est une prise de risque, mais comme on a pu le constater, cette mise en danger est proportionnelle à la notoriété de l’œuvre. Le monde du manga, comme celui du comics, est connu pour avoir des fans très difficiles à satisfaire, à l’affut de la moindre erreur pour crier au crime. Chaque modification est vécue comme une trahison. Doit-on les blâmer pour ça ? Je ne le crois pas (imaginez si on en avait fait autant pour Harry Potter, bon nombre d’entre vous seraient partis à la chasse à l’homme). C’est une réaction tout à fait normale, certes c’est démesuré, mais c’est normal. Mais de là à qualifier ce film de mauvais, de pire  film de tous les temps, c’est déraisonnable.

Comme beaucoup d’entre vous, j’apprécie énormément l’œuvre de Tsugumi Ōba et Takeshi Obata. Et cela sans même l’avoir lue, ou même vue en animé. A l’occasion de la sortie du film de Netflix, en rédactrice consciencieuse de bien faire mon travail, j’ai pris l’initiative de regarder l’animé qui est, je pense à ce jour, l’adaptation la plus fidèle du manga. Aujourd’hui, je pense que c’était un mauvais calcul. Un choix qui, en plus des critiques négatives déjà émises par beaucoup, ont fini par me convaincre que ce film était nul et sans intérêt. Cet acharnement n’est pas justifié. Chers lecteurs, soyez conscients à l’avenir que l’adaptation fidèle à 100% n’existe pas. Et qu’au lieu de chercher la petite bête sur des modifications, prenez du recul pour savoir si ce que vous venez de voir est avant tout un bon film plutôt qu’une bonne adaptation. Le monde s’en portera mieux.

.

Hello !!! Moi c’est Greycie alias Satshy. Comme la plupart de mes camarades, je n’ai pas reçu non plus de lettre pour Poudlard mais les Vacances au Camps des sangs-mêlés dans le bungalow d’Athéna me semblaient plus attrayantes ^^
Enfant des années 90, née sous le signe du taureau et du mouton (calendrier lunaire), je suis du genre déterminée et espiègle. Etudiante en Master cinéma, je me définis comme une enthousiaste. Dès que j’ai une passion, je m’y livre à fond (cheval, cuisine, manga, Japon, voyage, danse classique, etc.), tout y passe depuis deux décennies. Je suis donc une touche à tout mais la passion qui accapare tout mon temps actuellement (et pour longtemps), c’est la littérature. Romance, fantasy, BD, contemporain, manga, historique, science-fiction, … Je lis, que dis-je, dévore de tout ; avec une nette préférence pour le genre dystopie et le young adult. Couplé avec le cinéma, c’est le combo gagnant pour s’évader vers d’autres horizons.
Mes bouquins préférés sont la saga « Percy Jackson » avec les « Héros de l’Olympe » de Rick Riordan ainsi que « Orgueil & préjugés » de Jane Austen. Côté séries, ce sont Once Upon a Time et Outlander et pour le 7ème art la Saga Star Wars et l’adaptation encore une fois de Orgueil et préjugés de 2005.
2 I like it
0 I don't like it

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *