Les Âmes Rouges : L'Éveil – Un livre à quatre mains qui peine à convaincre malgré de bonnes intentions

28/09/2017

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Titre : Les Âmes rouges : L'Éveil

Auteur : Sarah Kroze et Alicia Kroze

Editions : Pocket Jeunesse

Prix : 16,90 €

Parution : 19 octobre 2017

Nombre de pages : 397 pages

Genre : Zombies, horreur

Résumé : Je m’appelle Ellie Bielsky. Mon petit frère Samy et moi avons été adoptés, et nous aimons nos parents plus que tout. Ils nous aiment aussi. Je n’en avais jamais douté jusqu’à aujourd’hui, quand notre mère nous a enfermés dehors avec ces créatures dévoreuses de chairs. Je leur avais toujours fait confiance, je les avais toujours écoutés ; mais pas cette fois. Pas avant d’avoir découvert la vérité.

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Foi de lecteur, lorsque je reçois un livre que j’attends avec impatience, je fais l’impossible pour le dévorer le plus rapidement possible. Je m’arrange pour qu’il ne reste pas trop longtemps sur la touche tant je suis curieuse de le découvrir. Je trimbale l’ouvrage partout avec moi et quand la moindre occasion de lire ne serait-ce qu’une moitié de page se présente à moi, je n’hésite pas à l’ouvrir pour me délecter de ce plaisir. Un grand nombre de livres rentrent dans cette catégorie, mais certains n’ont pas cette chance. La sonnette d’alarme retentit à partir du moment où le livre en question prend la poussière dans mon sac, que le portable, la télé et même les choses les plus banales telles que le ménage accaparent tout mon temps et deviennent un prétexte pour ne pas lire. Si vous avez tous ces symptômes, c’est que vous fuyez votre lecture et ça, c’est un très mauvais signe.

Je ne suis pas friande du genre de l’épouvante ou de l’horreur, mais à force de voir l’enthousiasme de certains pour les zombies (Walking Dead), j’ai voulu me laisser tenter par une lecture avec ces créatures pour personnages. L’occasion s’est présentée sous la forme d’un livre écrit à quatre mains, celui des sœurs Kroze. Les âmes rouges - Tome 1 : L’Éveil avait tout pour m’attirer, un bon résumé, une couverture pas trop mal mais surtout ses auteurs. Deux sœurs qui décident d’écrire ensemble puis de s’auto-publier, ça ne court pas les rues.

L’histoire, c’est celle d’Ellie et Samy, deux frères et sœurs qui ne sont pas liés par le sang. Les deux ados ont été adoptés très jeunes par le couple Bielsky. Ils coulent des jours heureux, jusqu’au jour où ils sont agressés par des créatures assoiffées de sang. Grièvement blessés, ils réussissent à échapper à leurs agresseurs pour trouver de l’aide, mais par la plus étrange des raisons, leur mère adoptive reste hermétique à leur appel. Tant bien que mal, ils finissent par se débarrasser des créatures et trouvent refuge dans un hôtel avec leur mère avant de perdre conscience. À leur réveil, leurs parents ont disparu en leur laissant des instructions précises : fuir le pays, ne jamais boire de sang et surtout ne jamais faire confiance aux Bouchard. Désireux de découvrir leur véritable identité, les enfants Bielsky se lancent à la rechercher des seules personnes capables de les renseigner : leurs parents adoptifs.

Le problème principal que j’ai rencontré avec cette lecture repose essentiellement sur la structure et le style du récit. L’écriture est trop simplette, les dialogues peu travaillés et certaines tournures de phrases sont maladroites. L’agencement même du texte est bancal : entre les intrigues du présent et les flashbacks dans le passé, on peine à se retrouver. Tous ces défauts donnent l’impression d’avoir entre les mains un premier jet du roman, et donc l'impression qu’il n’y a pas eu de relecture en amont. Pourtant, les auteurs ont une bonne histoire, elles ont beaucoup d’imagination et un univers intéressant à suivre entre la quiétude de notre réalité et le surnaturel, ce qui m’a fait un peu penser à Buffy contre les vampires, Vampire Diares ou encore The Mortal Instruments pour le côté teenager. Il y a du mystère, mais le côté enquête ou quête n’est pas exploité.

Question personnages, je suis restée sur ma faim. Ils sont un peu fades, ne suscitent pas l’engouement et ne sortent pas vraiment du lot. On ne s’attache pas à eux et on peine à les suivre dans leur aventure. Difficile dans ces conditions de s’investir dans le texte. Ellie fait office de narratrice privilégiée de l’intrigue. C’est par elle que nous sommes introduits dans l’histoire et que nous avançons. Mais je n’ai pas été convaincue par elle. Au fil des pages, je l’ai trouvée agaçante, têtue et impulsive. C’est une tête brûlée qui se met systématiquement en danger. Impossible pour moi de compatir à ses soucis. Je ne suis pas contre l’idée d’un personnage moins charismatique et pas très malin, mais là ça ne fonctionne pas. Il aurait été préférable pour les auteurs d’axer leur récit sur deux points de vue, cela aurait considérablement enrichi l’intrigue et empêché les répétitions de situations.

Samy aurait fait l’affaire, certes il est jeune et embêtant au départ, mais je l’ai trouvé plus réfléchi. Il n’est pas suffisamment présent pour qu’on puisse s’y attacher. Ce duo aux caractères opposés aurait pu être la force du livre, mais les auteurs ne l’ont malheureusement pas exploité, cela aurait été un bon moyen de se familiariser avec l’environnement dans lequel évolue l’histoire.

Concernant les personnages plus secondaires, je les ai trouvés assez intéressants, mais je ne m’attarderai pas davantage sur eux pour vous laisser les découvrir par vous-mêmes. Pour les antagonistes, je suis plus partagée. Les Bouchard sont les grands méchants du récit, mais mis à part le père qui fait figure d’autorité et dont on ressent la dangerosité, le reste du clan manque de charisme. Les interactions entre les enfants Bielsky et les Bouchard sont plutôt limitées, il n’y a pas de confrontation ou de pression. La rivalité entre les deux familles n’a pas de véritable explication, c’est même survolé.

Les défauts soulevés plus haut sont compensés par une recherche approfondie sur les origines des zombies, en faisant appel à des notions telles que l’hérédité, la science ou le surnaturel. C’est un peu tiré par les cheveux, mais cela reste plaisant à suivre. Ce qui m’a agréablement surprise, c’est l’espace spatio-temporel. Les deux auteurs ont pris le parti d’installer leur intrigue dans l’Hexagone, dans la ville fictive de Yescart (j’ai cherché, je n’ai pas trouvé donc c’est forcément fictif). Mais là encore, la ville, qui semble avoir une importance capitale dans l’intrigue, n’est pas mise en valeur alors qu’elle est le théâtre de mystérieuses agressions. Dommage. L’utilisation du passé de la région avec l’évocation de la présence nazie, de la collaboration des autorités de l’époque pour expliquer l’origine du virus qui transforme en zombie est vraiment originale par rapport au thème zombie, et change de ce que l’on a l’habitude de voir. D’une manière générale, j’ai préféré suivre les flashbacks plutôt que le récit du présent.

Alors en conclusion, que peut-on dire des Âmes rouges ? C’est une série littéraire qui a du potentiel, une histoire qui tient la route, mais qui ne va pas au bout des choses lorsqu’il s’agit de ses personnages. On regrettera la gestion maladroite de la structure du roman, une relecture aurait été nécessaire pour que le récit ne se retrouve pas noyé par son écriture approximative et soit à la hauteur de nos espérances. Mais on appréciera grandement le concept original développé sur les zombies. Il y a beaucoup de questions qui restent sans réponses, de détails qui nous échappent ou d’éléments inexploités. Malgré les quelques bons points soulevés, je ne peux pas dire que j’ai passé un bon moment avec ce livre. J’ai péniblement réussi à le terminer. Espérons que pour la suite, le style des sœurs Kroze gagnera en assurance et en maturité. Mais pour un premier livre, c’est juste correct.

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