Mary - Un film touchant et drôle

22/09/2017

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Titre : Mary

Réalisateur : Marc Webb

Avec : Chris Evans, Mckenna Grace, Lindsay Duncan, Octavia Spencer, ...

Genre : Drame

Durée : 1h41

Nationalité : Américain

Sortie : 13 septembre 2017

Résumé : Un homme se bat pour obtenir la garde de sa nièce, qui témoigne d'un don hors du commun pour les mathématiques.

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Dans un monde qui vous pousse à vous dépasser, briser la routine et bouleverser son quotidien peut être un bon moyen de s’épanouir. Il faut sortir des sentiers battus et tenter des expériences nouvelles. Mais parfois, la sauce ne prend pas et un retour aux sources s’impose. Marc Webb a tenté l’aventure du blockbuster avec la franchise The Amazing Spiderman. Un défi de haut niveau quand on sait l’amour que les fans ont pour celle de Sam Raimi. Après un accueil mitigé, malgré un travail plutôt honorable, le réalisateur américain s’est replongé dans ce qu’il affectionne le plus : le cinéma indépendant. Pour son quatrième film, Marc Webb nous revient avec Mary, un drame social sur le combat d’un oncle pour obtenir la garde de sa nièce. Alors huit ans après le mémorable 500 Jours Ensemble, réussira-t-il à nous embarquer?

Présenté et primé au Festival du cinéma Américain de Deauville de 2017 dans la catégorie Prix du public, Mary (ou Gifted en version originale) relate la relation drôle et poignante de Mary et de son oncle dans le sud du pays. Très attaché à sa nièce et soucieux de son bien-être, Franck fait le choix difficile d’envoyer la gamine à l’école de son quartier, chose qu’en 7 ans d’existence la jeune fille n’avait jamais faite. Et pour cause, la petite Mary possède un don hors du commun pour les mathématiques, ce que son institutrice Bonnie Stevenson finit par découvrir de la plus drôle des manières dès le premier jour d’école. Les impressionnantes capacités de Mary, ainsi que son caractère bien trempé, arrivent rapidement aux oreilles de la directrice de l’établissement qui projette d’envoyer l’enfant dans une école réputée et adaptée pour les surdoués, chose que Franck refuse catégoriquement. C’est sans compter sur la grand-mère de la petite qui réapparaît dans leur quotidien, bien décidée à exploiter son don. En exposant sa nièce au grand jour, Franck se retrouve bien malgré lui à devoir faire face à la justice, mais aussi à sa propre culpabilité. Que se reproche-t-il ? Et surtout a-t–il fait le bon choix ?

Du même acabit que Kramer contre Kramer de Robert Benton ou Sam, je suis Sam de Jessie Nelson, le film n’invente rien et reprend la même formule, tant dans le fond que dans la forme. Ce qui fait la différence ici, c’est l’enfant qui est en jeu, brillamment interprétée par la petite Mckenna Grace. Cette gamine a une force dans le regard et sort ses répliques le plus naturellement du monde. J’ai aimé son franc-parler, son espièglerie et son naturel. Malheureusement (et c’est rare que je souligne ce genre de détail), sa voix française ne lui rend pas justice. Je n’ai eu d’yeux que pour elle. Je trouve que l’écriture de ce personnage est l’élément le plus réussi du film. Marc Webb a veillé à ce que son personnage ne tombe pas dans la caricature de l’enfant surdoué et c'est une bonne chose.

On connaît tous cette vision étriquée du surdoué, celui d’une personne hors du commun des mortels, hyper intelligente, qui ne s’entend qu’avec des adultes, se réfugie dans les gros bouquins (science, math, musique) et qui parle aux autres comme s’ils n’étaient que des moins que rien ou dans un langage soutenu et complexe, quand ce n’est pas dans une langue exotique apprise en 4 jours. Très vite, le film s’écarte de cette image nauséabonde ; Mary est dépeinte comme une gamine intelligente capable de grandes prouesses en math mais aussi en crochets du droit quand c'est nécessaire. Elle est vive et drôle, mais ne sait pas comment interagir avec les autres. Mary n’est jamais présentée comme supérieure aux autres enfants, bien au contraire, c’est simplement une enfant qui désire s’intégrer mais sans perdre sa personnalité.

Dépouillé de son statut de super-héros, Chris Evans est vraiment attendrissant avec sa barbe de trois jours. Un peu dépassé par sa nièce, son dilemme de sortir Mary de sa bulle est vraiment bien illustré. On appréciera de constater que le film ne tombe pas dans le comique de situation facile d’un homme qui apprend à devenir père malgré son inexpérience. Non ! Franck ? Il assure. Le personnage ne se résume pas simplement à un sympathique tonton, c’est un personnage complexe avec un background qui s’étoffe au fil de l’intrigue. À titre personnel, j’aurais quand même souhaité avoir un aperçu de sa relation avec sa mère par rapport à sa défunte sœur. Mieux comprendre l’ambiance familiale dans laquelle il a évolué afin de mieux saisir l’homme qu’il est devenu. Concernant l’antagoniste principale de l’intrigue, la grand-mère Evelyn, jouée par Lindsay Duncan, est assez froide et castratrice sur les bords. C’est un personnage intéressant et bien composé, mais que le dénouement de l’intrigue foire.

Le film aborde deux sujets majeurs, il montre une autre image des surdoués en ne se fondant pas que sur les aspects intellectuels de ces individus, mais sur le côté émotionnel et relationnel, en mettant en avant l’hypersensibilité de ces derniers. Il s’attarde aussi sur le motif de la famille. Nous avons trois générations d’une famille éclatée, avec une relation conflictuelle entre mère et fils et une situation de monoparentalité. C’est donc une famille non conventionnelle, mais où l’amour prime sur le sang. J’ai apprécié la dynamique du film sur les questions du deuil, de l’hérédité ou encore sur la vision du bonheur et de l’éducation dans le fond. Je ne déteste pas les maths en soi, mais je ne supporte pas le statut qu’on leur donne. Je suis ravie que le film ne s’attarde pas dessus. Ici, le don de Mary et tout ce qui se rapporte aux sciences ne sont pas des thèmes exploités, ils ne sont là que pour faire avancer le récit et pour faire un lien avec la disparition de la mère. Les maths auraient bien pu être remplacés par n’importe quel autre domaine, comme la musique. Que ce soit le problème de Navier-Stokes (qui est l'un des problèmes du prix du millénaire non résolu) ou le fait de terminer la symphonie n°10 de Beethoven, c’est plus l’aspect extraordinaire et spectaculaire qui prime.

Je n’ai pas grand-chose à dire sur la mise en scène, si ce n’est que le cadre de vie des héros est sublimé par la caméra. Le bord de mer est reposant, avec des couleurs chatoyantes qui tirent vers le jaune. Même la maison, dans tout son bordel, trouve grâce à mes yeux. Il y a pas mal de scènes marquantes comme celle de l’hôpital (rien que d’y penser j’ai la banane et les larmes aux yeux). Le retour au cinéma indépendant après deux films de studio a été bénéfique à Marc Webb. On sent qu’il y a pris du plaisir. L’intrigue n’est ni mièvre et ni pleine de bons sentiments, pourtant le film aurait très bien pu tomber dedans. C’est dans ces moments-là que l’on distingue les qualités de réalisateur de Marc Webb. Il maîtrise à la fois son intrigue (au début), ses sujets et la direction de ses acteurs. Et c’est ce qui ressort le plus de son film, le travail apporté aux personnages, aux relations qu’ils nouent, à leurs interactions entre eux, tout cela sans tomber dans le pathos. En ce qui concerne le scénario, on appréciera la simplicité de l’histoire mais pas sa résolution. On a le sentiment que le réalisateur ne savait pas comment la terminer.

Malgré la bonne volonté du film, il y a quand même des choses à redire, notamment sur le cliché  trop souvent utilisé « du pauvre gentil » et « du méchant riche », comme si cela était un fait avéré que les riches ne pensent qu’au profit et que seuls les pauvres peuvent vraiment aimer sans intérêt. Tu veux vivre la vraie vie avec les vrais gens, il faut être pauvre (c’est pas moi qui le dis, c’est Hollywood). Je caricature, mais c’est un peu l’idée, on est en plein concept de David contre Goliath, car Mamie est super riche et Tonton est sans le sou et vit dans une bicoque. Je trouve dommage que les films de ce genre tombent trop souvent dans ces facilités scénaristiques même si c’est justifié, cela biaise un peu notre jugement. Autre point négatif du film, l’écriture inégale des personnages. Si le binôme Mary/ Frank fonctionne à merveille et que l’opposition mère/fils aussi, le reste du casting, bien qu’il soit de qualité, ne se démarque pas. Octavia Spencer, qui joue la sympathique voisine de Frank, est plus qu’une mère de substitution pour Mary, c’est une véritable amie pour elle qui la traite comme n’importe quelle enfant. Vue dans La Couleur des Sentiments et Les Figure de L’ombre, Octavia Spencer est une super actrice accoutumée aux seconds rôles, mais je trouve dommage qu’elle reste dans le même registre de personnage. Elle ne prend jamais véritablement de risques. Mis à part deux ou trois scènes sympas, elle ne marque pas les esprits. Idem pour Jenny Slate qui interprète Bonnie Stevenson, dont les agissements sont totalement prévisibles.

En conclusion, Mary est un drame social qui aborde des sujets passionnants avec des personnages manifestement bien écrits et bien dirigés par Marc Webb. A la fois sincère, drôle et émouvant, le film réussit à nous embraquer grâce au duo attachant de Chris Evans et Mckenna Grace. Malgré une intrigue simple et surtout déjà vue, le film évite certains pièges et facilités scénaristiques mais tombe dans d’autres. Si la première partie du métrage est plutôt réussie, la seconde est dissonante. Heureusement qu’il y a de belles scènes pour compenser cette chute. C’est un film sympa pour passer un bon moment.

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