Outrage, le livre qui fait polémique

06/09/2017

Paru le 17 août dernier chez Hugo Roman, le dernier livre de Maryssa Rachel a soulevé un grand mouvement de foules, particulièrement sur la blogosphère. Jugé choquant, incestueux, zoophile, pédopornographique, … Outrage ne semble pas avoir contenu le message d’avertissement nécessaire à la lecture de ce récit qui, selon certains, ne serait pas à mettre entre toutes les mains.

Résumé : Elle fuit l’amour par peur de l’attachement. Elle est perverse, passionnée, cyclique, addict au sexe et à l’alcool mondain. Mais ce soir-là, dans un bar, elle tombe amoureuse d’un être qui lui ressemble, peut être un peu trop. Tout en lui la repousse et pourtant… Lui, c’est Alex, un artiste paumé, un je-m’en-foutiste tout aussi névrosé qu’elle.

Rose va vivre cette passion destructrice où Alex la guide, la commande, la déconstruit, la fabrique, la façonne… Rose n’écoute pas la bête qui rugit en elle et qui lui dit  » fuis « . Son corps, son sexe deviennent chaque jour plus douloureux, mais elle tient, par amour pour cet homme qui la dévore chaque jour un peu plus…

Puis vient la douleur du déchirement. Alors, elle va essayer de noyer ses maux dans la seule addiction qui lui permet d’échapper à la douleur : le sexe.

 

Inscrit dans la veine New Romance de l’éditeur français, Outrage semble pourtant s’en distinguer du fait de la noirceur et la dimension malsaine que ce livre comporte. Alors que des histoires à succès comme celle de la saga After d’Anna Todd sont clairement identifiées dans la vague New Romance, à savoir une littérature sentimentale comportant des contenus à caractère érotique, Outrage se place plutôt du côté de la Dark Romance, plus sombre, plus dérangeante.

L’éditeur de Hugo Roman, Franck Spengler, se défend de ce fait des attaques de certains lecteurs envers le roman de Maryssa Rachel : Outrage n’a pas été publié dans la collection Hugo New Romance et le communiqué de presse accompagnant l’ouvrage contenait bien un message d’avertissement :

“ Outrage, c’est le livre de la démesure amoureuse et de l’urgence sexuelle pour réparer les dégâts de l’emprise. C’est le livre de la perte de contrôle et de l’abandon, du renoncement et de l’instinct de survie. Maryssa Rachel parle à nos sens, à notre animalité, dussions-nous en mourir. ”

Mais, selon certains lecteurs, ce message d’avertissement ne suffit pas : comment est-il possible de défendre, de soutenir ou même de lire un livre qui présente une héroïne dont la véritable descente aux enfers lui fait faire des choses moralement et politiquement discutables ?

Une scène de viol sur une mineure ou encore une scène de zoophilie sont-elles acceptables en littérature, d’autant plus lorsqu’elles sont portées par une langue crue, violente, qui ne laisse aucune place à l’imagination ou à une prise de recul nécessaire ?

Les lecteurs réfractaires déplorent un manque d’accompagnement et de communication sur ce livre, de la part de l’éditeur qui a fait le choix de le porter à la connaissance du public mais également de la part des libraires qui, par un manque d’information, placent le roman dans un rayon de littérature générale ou adolescente et l’exposent ainsi à des lecteurs qui, comme eux, seront mal avertis sur la dimension dérangeante du récit.

Face à ces débordements dès le jour de sortie du roman de Maryssa Rachel, d’autres personnes semblent moins tranchantes : la position sur la violence de certaines scènes est la même, les émotions (désagréables) provoquées à la lecture sont les mêmes, pour autant il ne s’agit pas de rejoindre les discours radicaux qui appellent à la censure.

Encore une fois, le livre doit être correctement placé en librairie ou sur les sites de ventes de façon à ce que le lecteur sache dans quel genre de littérature provocatrice il s’apprête à se lancer.

Dans un entretien avec le site ActuaLitté, l’auteure elle-même répond à certaines réactions jugées excessives et revendique le caractère très provoquant mais nécessaire de son récit :

« Je me suis majoritairement basée sur les fantasmes des hommes et des femmes […] pas de ces fantasmes redondants et mielleux version “hmmm, il était si beau dans son costume trois pièces, j’ai envie qu’il me prenne contre le mur, oh oui oh oui…”. Plutôt de ces fantasmes indécents, honteux, inavouables, de ceux qui donnent envie de vomir avant de faire “éclabousser” la jouissance sur des draps sentant l’assouplissant.

Ainsi, le livre s’adresse à tout le monde, à partir du moment où ils ont plus de dix-huit ans et qu’ils ont l’esprit ouvert… Je n’écris pas pour faire rêver ni pour offrir des histoires mielleuses à souhait, je crois que je ne sais pas faire ce genre d’histoires. J’ai du mal à brosser le lecteur dans le sens du poil, je préfère le provoquer, le chambouler, le perturber, le faire réagir… Je ne veux pas être étiquetée auteure érotique, mes écrits ne sont pas masturbatoires… 

À aucun moment je ne fais dans la romance, plutôt dans le dirty realism. Contrairement à la romance, où des femmes adulent des hommes riches et beaux, mes personnages puent, ils sont laids, et ce qu’ils ont vécu peut être hideux. Rose est un personnage profondément dérangé, souffrant de graves problèmes psychologiques. Ils sont exacerbés, mais ce n’est pas une provocation gratuite : j’écris pour dénoncer ce qui existe. Je présente une sale réalité qui existe, je ne fais pas rêver.

John Fante, Bukowski, Deforge ou Sade – entre autres… Des littératures qu’on a oubliées, et qui peuvent être choquantes. Mais attention : affirmer que mon livre n’est pas pour tout public, et en disséminer des extraits à tout bout de champ sur les réseaux sociaux, c’est certainement plus dangereux encore. Parce qu’un enfant qui irait en librairie et le trouverait, ce serait en soi étonnant. Un enfant sur internet, sans surveillance, c’est déjà plus fréquent. »

 

Chroniqueuse littéraire, je suis tombée dans la marmite de livres étant petite. Libraire dans l’âme, attachée de presse dans la vraie vie, je m’attache à transmettre le grand secret de la vie éternelle : la lecture (et la pierre philosophale pour les plus chanceux) !
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One Comment

  1. Je trouve déjà problématique que l'autrice cantonne la littérature érotique à tendance romantique, de mielleuse. Les relations tortueuses sont-elles nécessairement dénués de sentiment qui auraient le malheur de les rendre mièvre ?
    Même si je ne critique pas le roman "Outrage", pour ne l'avoir pas lu, je trouve prétentieux de la part de l'autrice de creuser un tel fossé entre littérature érotique/romantique et son propre roman (une critique qui vise, selon moi, à défendre maladroitement son roman face à ses détracteurs-trices)
    L'amour serait-il automatiquement mièvre ? oO

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