Evil Dead : l'enfer sur Terre !

31/10/2017

Titre : Evil Dead/Evil Dead 2/ L'armée des ténèbres (Evil Dead 3) / Evil Dead (2013) / Ash vs Evil Dead

Réalisateur : Evil Dead, Evil Dead 2,L'armée des ténèbres Evil Dead 3 : Sam Raimi / Evil Dead (2013) : Fede Alvarez

Avec : Bruce Campbell ( Evil Dead/Evil Dead 2/ L'armée des ténèbres / Ash vs Evil Dead), ...

Genre : Horreur, Comédie

Nationalité : États-Unis

Halloween est là ! L’occasion idéale de se regarder des films d’horreur et de frissonner seul ou en groupe. À cette occasion, revenons brièvement  sur l’une des sagas les plus cultes du genre avec « Evil Dead ».

Tout a commencé avec un jeune réalisateur dénommé Sam Raimi cherchant à mettre en avant son talent dans un format long. Il fait le tour de ses connaissances avec sous le bras son court-métrage « Within the woods » dans le but de trouver des investisseurs. Le financement se fit néanmoins avec difficulté, obligeant les prises de vues à être maintes fois décalées. Cela a bien affecté une bande déjà amateur au départ mais a également contribué à son charme. Il faut dire que son « Evil Dead » n’est pas réellement pensé comme une œuvre grand public au vu de sa violence assumée, et rien ne pouvait le prédestiner à son statut culte.

Et pourtant, il suffit de voir le résultat fini pour comprendre que l’homme derrière la caméra est un amoureux du cinéma qui prend son pied à filmer. Chaque plan, malgré un budget famélique, dégage une réelle envie de surprendre son spectateur et de lui offrir une vraie expérience horrifique. On peut par exemple le constater au début lors du décalage créé par le bruit des objets dits « anodins » proche de la cabane. Qu’importe si le jeu des acteurs est par instants assez moyen, Raimi fait tout pour offrir du neuf, notamment dans certains plans tournés de manière musclée, que ce soit en installant la caméra sur un radeau, en s’accrochant au plafond ou (pour la fin mythique ) en conduisant une moto en direction de Bruce Campbell  (renversé d’ailleurs durant le tournage). Qu’importe la façon, Raimi cherche à filmer et filmer, toujours avec cette passion et cet amour pour le cinéma. Même les effets spéciaux assez vieillots profitent de ce talent, notamment par l’abondance d’hémoglobine à l’écran. Rien à dire : l’enfer se trouve sur Terre et malgré un humour involontaire contribuant au succès du film, « Evil Dead » est un GRAND film de genre qui aura marqué au fer rouge de nombreux jeunes metteurs en scène. Encore aujourd’hui, le long-métrage garde une force visuelle, une violence et un aspect unique que beaucoup auront tenté (en vain) de copier. En un film, Sam Raimi aura inscrit son nom dans le panthéon du septième art horrifique avec un grain de folie qui permettra de distinguer sa filmographie.

Les choses vont aller encore plus loin avec « Evil Dead 2 ». Avec un peu plus de moyens afin d’accomplir sa vision, Raimi décide d’aller à fond dans l’humour sanguinolent. Ici, tout est prétexte à l’humour, surtout pour Ash, punching ball humain au timing comique d’un Buster Keaton. Bruce Campbell se dévoue physiquement dans un rôle assez ingrat à cause de sa psychologie, mais vecteur à une comédie permanente. On constate d’ailleurs en regardant cet « Evil Dead 2 » quelques inspirations de la part de Raimi. D’abord, Tex Avery pour la teneur cartoonesque du long-métrage et ses nombreux gags. Et ensuite, les comics, spécialement dans l’iconisation d’Ash avant le climax au gré de quelques plans préfigurant notamment son merveilleux apport au genre avec Darkman et sa trilogie Spider-Man.

En abordant totalement son virage humoristique, Raimi remet à zéro son univers, en remakant presque son premier film. Mais il faut bien avouer que, encore à ce jour, le second Evil Dead reste l’une des meilleures comédies horrifiques jamais créées, si pas la meilleure même. Le futur metteur en scène de « Jusqu’en enfer » a réussi à conserver ce même grain de folie furieuse aussi bien dans sa mise en scène (ce plan séquence de poursuite dans la cabane) que dans son script et à offrir une nouvelle œuvre culte absolument hilarante. Il arrive même à donner plus de corps à ses protagonistes et à se jouer de leurs faiblesses avec la même malice que ses démons. Bref, de quoi offrir une nouvelle expérience complètement folle au public avec toujours le même amour fou derrière la caméra.

Quand il s’attaque à « L’armée des ténèbres », Raimi connaîtra un peu moins de bonheur durant la production, plus spécialement au niveau du budget, assez bas au vu de la volonté d’aventure épique qu’il tente d’offrir. Le troisième Evil Dead ne se contentera pas d’être un nouveau décalque mais capitalisera sur la fin presque non-sensique du long-métrage précédent. Ici, Raimi mettra même la pédale sur l’hémoglobine pour donner dans l’épique afin d’atteindre un public plus large. L’humour conservera néanmoins ce même grain cartoonesque et offrira quelques scènes anthologiques (le combat contre les mini Ash). Et si Raimi n’hésite pas à se moquer encore de son attachant héros, il n’en est pas de même concernant son aspect chevaleresque et mythologique.

Certains pourraient apporter des critiques sur quelques effets voyants (notamment concernant l’armée des squelettes). Cela contribue néanmoins à nouveau au plaisir que le film prodigue durant son visionnage tout en continuant à appuyer son humour cartoon. Ce troisième « Evil Dead » garde donc l’esprit dingue de Raimi tout en marquant une étape avec son « changement » de forme stylistique. À noter aussi que le film connaît des montages différents, par exemple deux fins assez opposées. Ainsi, alors que l’une appuie une dernière fois la maladresse d’Ash, celle de la version cinéma dispose d’une punch line finale géniale qui permet d’oublier l’aspect presque « facile » de cette conclusion. En tout cas, cette « Armée des ténèbres » reste un excellent divertissement porté par la folie maîtrisée de Raimi et du charisme comique de Bruce Campbell.

Le quatrième apport cinématographique à la saga fut attendu avec une certaine crainte de la part des fans. En effet, alors que beaucoup souhaitaient une nouvelle aventure pour Ash, le projet s’est dévoilé comme un remake dirigé par un metteur en scène uruguayen dont c’était le premier travail en format long (son court « Ataque de pánico ! » s’était fait remarquer sur la toile). Et pourtant, une fois le visionnage terminé, on ne peut que reconnaître que l’on est bien en face d’un pur « Evil Dead ». La plus grosse différence par rapport au restant des volets précédents est le retour à l’horreur pure. Il suffit de comparer la scène de la découpe du bras : là ou Raimi en faisait le point d’orgue d’une séquence burlesque, Fede Alvarez nous offre quelque chose d’éprouvant et de gratiné graphiquement. Le film est d’une noirceur intense et son horreur est extrêmement physique. Il suffit de voir les blessures infligées par les démons, poussant leurs victimes à détériorer leurs corps par elles-mêmes. 

Dans une époque où l’horreur doit ratisser un plus large public et se jouer plus sur le sursaut que la terreur continue, ce « Evil Dead » constitue une bouffée d’air frais dans la production plus mainstream du genre. L’Enfer revient sur Terre avec une violence totale et une pluie de sang (cela de manière même littérale dans son climax). On en ressort éprouvé, déconcerté par l’absence d’humour (ce qui était devenu une marque de fabrique sous l’égide de Raimi avec Campbell) mais ravi de retrouver les sensations que cherchait à transmettre le film original. Et si l’on peut reprocher une écriture de personnages peut-être pas assez développée (mais compensée par un bon casting, en particulier Jane Levy), il faut bien avouer qu’Alvarez a réussi à conserver l’esprit de la saga et sa folie visuelle.

Il serait honteux de ne pas revenir sur l’excellente série « Ash vs Evil Dead », dont la troisième saison va bientôt débarquer sur les écrans de la chaîne américaine Starz. Conservant tout ce qui fait le sel de la trilogie de Raimi, ce format télé est une grande réussite, portée encore par l’exceptionnel Bruce Campbell dans son rôle culte. On pourrait dire que le rythme de la première saison aurait profité d’un ou deux épisodes en moins, mais les nombreux  ajouts à la mythologie profitent et permettent de s’accrocher aux épisodes ainsi qu’une mise en scène homogène par rapport à celle de Raimi dans ses trois films et le pilote qu’il a dirigé.

En résumé,  les différents volets que compte la saga « Evil Dead » sont autant de réussites qui devraient permettre à ceux en quête de classiques pour fêter Halloween de profiter pleinement de cette journée. De quoi permettre de vivre l’Enfer avec humour, terreur et hémoglobine à profusion !

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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