Sissi impératrice malgré elle ou les malheurs de Sissi

19/10/2017

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Titre : Sissi, impératrice malgré elle

Auteur : Allison Pataki

Editions : Archipel

Prix : 24,00€

Parution : 23 août 2017

Nombre de pages : 528 pages

Genre : Fiction, Roman d'amour, Fiction historique

Résumé : 1853, Vienne. Au palais des Habsbourg, l'empereur François-Joseph peut s'enorgueillir de la puissance de son empire, qui couvre une grande partie de l'Europe. Jeune, riche et séduisant, il est en âge de se marier. Elisabeth, que l'on surnomme Sissi, n'a que quinze ans quand elle rencontre pour la deuxième fois son cousin François-Joseph, à qui sa soeur aînée est promise. Mais l'empereur, aimanté par la beauté saisissante de Sissi, son charme rafraîchissant et son esprit vif, décide de porter sur elle son dévolu. C'est elle et elle seule qu'il épousera ! La jeune femme n'a alors aucune idée des épreuves qui l'attendent à la cour... Sissi, impératrice d'Autriche et reine de Hongrie, n'a cessé de fasciner depuis que Romy Schneider lui prêta ses traits au cinéma. Avec ce roman, Allison Pataki fait découvrir sous un jour nouveau sa tumultueuse histoire d'amour.

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Qui n’a jamais rêvé du prince charmant ? Qui n’a jamais rêvé du coup de foudre au premier regard et des premiers émois amoureux ? Enfants, on a tous été biberonnés aux contes de fées, et plus particulièrement à ceux des princes et princesses. Que ce soit sous la plume de Perrault, Grimm, Anderson ou encore par les images animées de Disney, filles mais aussi garçons ont été bercés par les histoires de ces demoiselles, princesses ou non, qui finissent après moult péripéties avec l’élu de leur cœur. En témoigne cette mythique phrase qui conclut tous les contes et que l’on pourrait écrire les yeux fermés : « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». C’est la fin d’histoire la plus basique et la plus niaise que l’on connaisse, mais qui résume à elle toute seule toutes les aspirations des jeunes gens d’aujourd’hui. L’amour triomphe toujours, comme le dit si bien Mary Margaret dans Once Upon a Time. Cependant, la réalité est tout autre quand on sait que 2 mariages sur 3 finissent par un naufrage.

Les contes de fées, c’est comme les pubs et la télé, c’est pas la réalité. Oui, mais on aime ça, en témoigne l’enthousiasme grandissant des médias face aux mariages princiers de ces dernières années qui font office de contes de fées « modernes ». De futures têtes couronnées qui brisent toutes les traditions pour s’enticher d’une roturière ou d’un roturier, à l’image de Kate Middleton ou Daniel Westling (oui, vous vous demandez qui c'est, c’est juste le prof de sport et époux de la future reine de Suède).

Élisabeth de Wittelsbach, alias Sissi, est une figure mythique du romantisme et de l’amour triomphant. Véritable héroïne nationale, louée pour sa beauté légendaire immortalisée par de magnifiques peintures, elle est à jamais associée à la jolie Romy Schneider dans la trilogie de films qui lui était consacrée (et que l’on se farcit tous les ans à Noël sur TF1), ou à la série d’animation « Princesse Sissi », qui a pu bercer certaines enfances. Lorsque l’on pense à Sissi, on voit les valses, les jolies robes de bal, la jeunesse et la beauté de cette demoiselle, mais l’on pense moins à la tragédie que fut sa vie. C’est à cette Sissi-là que l'auteure américaine Allison Pataki a voulu s’intéresser avec son roman « Sissi Impératrice malgré elle », dans lequel elle nous présente son héroïne et son histoire d’amour sous un autre jour.

Attention, spoilers ! Si vous ne connaissez pas du tout la vie de Sissi ou les films qui lui sont consacrés, passez ce paragraphe.

Il était une fois, dans un palais autrichien, une archiduchesse qui voulait marier son fils, le futur empereur François-Joseph, à une jolie jeune fille capable de remplir toutes les obligations qui incombent au rôle d’impératrice, à savoir suivre et préserver les traditions, et surtout donner des héritiers pour pérenniser la grande dynastie des Habsbourg. Tout un programme. Pour trouver la perle rare, l’archiduchesse fait appel à sa sœur cadette, mariée au duc de Bavière, qui compte parmi sa nombreuse progéniture un grand nombre de filles. Le choix est vite fait : ce sera la douce et timide Hélène, l’aînée de la fratrie, qui épousera le séduisant et riche empereur. Mère et fille entreprennent un long voyage pour être présentées au jeune homme et à sa mère. Mais une fois sur place, rien ne se passe comme prévu. Au grand dam de l’archiduchesse, l’empereur n’est pas intéressé par Hélène, mais par la gamine de 15 ans qui l’accompagne et qui n’est autre que Sissi. Après coup de foudre, séduction et négociation, le monarque gagne la partie et rafle la mise. Il aura sa Sissi. C’est le début pour la jeune bavaroise d’un conte de fées fait d’amour et d’eau fraîche mais qui vire rapidement au cauchemar.

Le roman d’Allison Pataki s’intéresse au début du règne de Sissi. Sa rencontre avec François-Joseph alias Franz, son mariage, son entrée à la cour impériale et son acclimatation à son nouveau rôle d’impératrice. Après lecture, on pourrait découper ce livre en deux parties et rebaptiser la deuxième « Les malheurs de Sissi », tant la vie de la célèbre impératrice est parsemée de malheur et de tragédie. C’est l’histoire d’une jeune fille simple, qui respire la joie de vivre, proche de sa famille, amoureuse de la nature et amatrice d’équitation et de randonnée qui se retrouve cloisonnée dans une cour régie par l’étiquette et le protocole de la Hofburg, une prison dorée où la jeune fille n’a plus le contrôle de sa vie. L’auteure délaisse la figure historique d’Élisabeth de Wittelsbach pour celle plus intime de la femme qu’elle a été. C’est un portrait plus intime sur la vie personnelle et sentimentale de Sissi.

Au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture, on voit la jeune fille devenir femme et sa candeur et sa vivacité se flétrir. L’héroïne va de désillusion en désillusion concernant son rôle d'épouse et d’impératrice, mais aussi concernant son mari, qui bien qu’il l’aime tendrement, ne réussit pas à la rendre heureuse. Tout au long du roman, c’est à travers ses yeux que l’on découvre la cour d’Autriche, les enjeux politiques de son époque ainsi que les modes et les coutumes de la famille Habsbourg. On éprouve énormément d’empathie et de compassion pour Sissi tant elle est seule et isolée, par la quantité de devoirs qu’elle doit remplir et le peu de droits dont elle jouit. On est loin de cette image d’Épinal de monarques qui font ce qui leur plaît et dont les moindres caprices ou désirs sont assouvis. Le véritable maître c’est la tradition, le protocole de la cour et bien sûr celui qui les maîtrise, qui n’est autre que Sophie, la belle-mère de Sissi.

Et on se rend rapidement compte que l’amour ne suffit pas toujours à rendre heureux, car le livre porte aussi un discours et une réflexion sur la notion du couple. Pour Franz et Sissi, c’est un coup de foudre réciproque, mais passés les premiers émois et la lune de miel (comme disent les psys et les autres spécialistes), les devoirs royaux et la routine, comme dans n’importe quel couple, viennent fragiliser leur amour. J’ai apprécié que le récit mette en avant, à sa manière, le poids qu’engendre le pouvoir sur la vie publique et privée des rois et reines, ainsi que la responsabilité de ces derniers vis-à-vis de leurs sujets. La politique revient très souvent au cours de la lecture et même si on est totalement en phase avec Sissi, on compatit pour Franz qui sacrifie une partie de lui pour le bien de son royaume au détriment de sa femme.

Autre élément très intéressant du bouquin : la place de la femme. L’auteur retranscrit parfaitement la vision de la femme au 19ème siècle dans la noblesse. Celle d’un objet, un ventre sur pattes qui doit enfanter, satisfaire son mari et faire joli au bras de ce dernier sans se mêler de politique. En résumé, une jolie plante verte. Certaines pratiques sont scandaleuses et cruelles, comme empêcher une mère d’élever ses propres enfants (spoiler ou le fait de rémunérer sa femme parce que pour sa première fois, elle était belle et bien vierge).  Autant de souffrances et de violences psychologiques qui sont difficiles à accepter pour n’importe quelle femme de nos jours. Les fautes sont toujours imputées à la femme. Le livre dépeint aussi bien la relation qu’entretient Sissi avec son image, son corps et sa féminité qui deviennent pour elle des armes indispensables pour reprendre le contrôle sur elle-même, mais reste très discret sur son obsession pour la minceur et la vieillesse. Il y a aussi la relation avec la belle-mère, la difficile archiduchesse Sophie, que l’on apprend à détester au fur et à mesure des pages. C’est un antagoniste un peu trop noirci dans le récit, on ne voit de cette femme que l’autorité, les méchancetés et les manipulations qu’elle fomente contre Sissi. C’est une mère castratrice qui s’immisce systématiquement dans le couple tant son ascendance sur son fils est forte.

Malgré l’écriture très pompeuse qui est due à l’époque dans laquelle se déroule cette histoire, le roman d’Allison Pataki est un bouquin accessible à tous. Si vous n’avez pas de connaissances précises sur son héroïne ou le contexte historique, certains éléments vous échapperont et vous ne comprendrez pas certaines allusions qui sont faites dans le texte, mais cela ne vous empêchera pas d’être immergé dans le récit.

Bien sûr, ce livre n’est pas parfait. Je regrette que le récit soit trop axé sur Sissi, son mari et sa belle-mère, que d’autres personnages n’entrent pas en jeu. Le récit donne l’impression que l’Archiduchesse n’avait qu’un fils (alors que non), que l’action ne se déroule qu’à Vienne et dans les palais d’été ou d’hiver de l’empire. Les voyages à répétition de Sissi sont éclipsés et il n’y a pas d’interaction avec d’autres contemporains de leur époque. Tout est focalisé en grande partie sur ce trio, ce qui est bien dommage. Bien sûr, il y a des raisons valables à ces choix, mais ils restent discutables. À certains moments, l’auteure s’attarde trop sur certains faits et en délaisse d’autres qui auraient mérité plus de développement. La fin est très surprenante, moi qui connais un peu la vie de cette femme, j’ai été surprise de la conclusion de l’histoire, ce qui est un très bon point.

En conclusion, « Sissi impératrice malgré elle » d’Allison Pataki est un très bon roman historique qui réussit le pari de nous faire découvrir une autre Sissi sans être trop romanesque ou trop historique. Même si la plume de l’auteur est abordable, il vous sera un peu difficile de rentrer dedans, au début du moins. Cela dit, ça reste un roman bien écrit et très instructif. Il offre un autre regard sur les têtes couronnées, le tiraillement entre leur devoir de monarque qui empiétait sur leur vie privée. Les contes de fées modernes sont loin d’être toujours idylliques et heureux, mais tant qu’on y croit tout est possible.

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