Alias Grace : une série captivante et hypnotisante (spoilers)

30/11/2017

Titre : Alias Grace

Créée par : Sarah Polley, Noreen Halpern

Avec : Sarah Gadon, Edward Holcroft, Rebecca Liddiard, Zachary Levi, Kerr Logan, David Cronenberg, Paul Gross, Anna Paquin, ...

Format : 45 minutes

Diffusion : Netflix

Genre : Drame, Historique, Thriller

Résumé : Adaptée d'une histoire vraie, Alias Grace raconte l'histoire de Grace Marks, une jeune immigrée irlandaise au Canada devenue domestique, et accusée du meurtre de ses employeurs Thomas Kinnear et Nancy Montgomery en 1843. Nancy et Grace sont dans un premier temps liées, avant que leurs sentiments communs pour Thomas ne les divisent. Nancy, qui a congédié son employée, sera retrouvée assassinée.

Après The Handmaid’s Tale,  Margaret Atwood signe encore un roman puissant et profondément marquant. Sans surprise, alors que le premier a été adapté en série par la plateforme Hulu, Netflix voulait aussi sa part du gâteau et a décidé de s’octroyer les droits d’adaptation du livre Alias Grace, sorti en 1996. Néanmoins, contrairement à The Handmaid’s Tale, Alias Grace n’est pas une dystopie mais est inspirée d’une histoire vraie. Cependant, comme le premier, il dénonce (de manière plus subtile) une société patriarcale dans laquelle la femme n’est qu’un objet et n’a pas son mot à dire.

Nous y suivons Grace (interprétée par Sarah Gadon), une jeune femme qui, alors qu’elle n’avait que 16 ans, est accusée d’avoir assassiné son maître, Thomas Kinnear, et sa gouvernante, Nancy Montgomery, à l’aide du garçon d’écurie. Son cas divise la société : certains l’accusent, d’autres la défendent. Après plusieurs années passées dans un asile psychiatrique où elle a été violée et abusée, elle termine dans un pénitencier où elle est autorisée à sortir de temps en temps faire le ménage dans la maison du gouverneur de la prison. Un comité composé d’hommes et de femmes de l’Eglise méthodiste croit en son innocence, et décide d’engager un psychiatre, le Docteur Jordan, afin qu’il interroge Grace et découvre la vérité. Commence alors une relation fascinante entre le docteur et la captive qui raconte son histoire d’une voix à la fois douce et flegmatique, impassible et hypnotisante. D’ailleurs, alors qu’il était persuadé de sa culpabilité (et d’ailleurs peut-être l’est-il toujours), le docteur ne peut s’empêcher de succomber aux charmes de la belle Grace. 

Au fil de l’histoire, nous découvrons une jeune femme tourmentée dès le plus jeune âge. Issue d’une famille pauvre mais nombreuse, sa famille quitte l’Irlande pour les Etats-Unis dans l’espoir d’une vie meilleure. Son père est un alcoolique qui bat sa mère, sa mère meurt durant le voyage et une fois arrivée, elle se retrouve seule maîtresse de toute sa fratrie. Et là, les premières questions se posent car si nous voyons son père tenter d’abuser d’elle, nous ne savons pas s’il y parvient. Lorsqu’elle a 13 ans, elle est envoyée travailler en tant que servante dans une richissime famille afin de gagner de l’argent. Elle y fait la rencontre de Mary Whitney, qui deviendra sa meilleure amie. Son amitié avec cette jeune fille sera d’ailleurs les seuls instants de bonheur parfait de sa vie. Tout bascule le jour où… 

Il faudra six heures pour le savoir. Six heures. Six épisodes. Mais une histoire bouleversante qui, si elle met du temps à avancer, est fascinante. Elle ressemble un peu au conte de Shéhérazade qui, pour éviter de mourir, a raconté pendant 1001 nuits des légendes orientales au roi qui a fini par tomber amoureux d’elle et l’épouser. La comparaison est d’ailleurs faite dans la série puisque l’alchimie électrique entre le Docteur Jordan et la Captive est une évidence pour tous. Et tout cela se fait grâce à une seule chose : la voix intense et hypnotisante de Sarah Gadon qui porte à elle seule la série. Son jeu d’acteur est poignant et on ne peut s’empêcher d’avaler chacun des mots qu’elle prononce avec une attention fiévreuse. On veut comprendre et on veut savoir : est-elle innocente, oui ou m*®£€ ?!

Plus l’histoire avance, plus la réponse semble floue… Est-ce que Grace souffre d’hystérie ? Est-elle sujette à l’amnésie ? Pire, est-elle réellement possédée comme cela semble être suggéré ?! Ou alors, et c’est là que c’est intéressant, avons-nous affaire à une coupable reine de la manipulation ? … En réalité, nous ne le saurons jamais. Dans la vie comme dans la série, une délicieuse ambiguïté s’installe et c’est au spectateur de se faire sa propre opinion. Et c’est précisément ce qui est attrayant dans Alias Grace : la série laisse libre cours à l’imagination. C’est à nous de décider si nous croyons ou non Grace. 

Au-delà de la question de savoir si Grace est innocente ou non, il y a une énorme dimension féministe dans la série. Si elle est moins évidente que dans The Handmaid’s Tale, elle reste continuellement évoquée par Grace qui a souffert des hommes toute sa vie. La majorité des hommes qu’elle a côtoyés ont tenté ou ont abusé d’elle. Et ce, dès le plus jeune âge. D’abord, son père, ensuite le fils de la famille pour laquelle elle a travaillé en premier (et c’est d’ailleurs pour le fuir qu’elle finit par travailler pour Thomas Kinnear et Nancy Montgomery), puis Thomas Kinnear lui-même, même si cela reste un doute : a-t-il abusé d’elle ou était-elle consentante ? Pareil pour James, le garçon d’écurie qui est son supposé complice. Celui-ci n’a cessé de répéter que la jeune femme n’arrêtait pas de tenter de le séduire, tandis qu’elle semble n’avoir aucun souvenir de cela. Encore une fois, c’est à nous d’avoir notre propre opinion là-dessus. Il reste que les hommes de cette série ont plusieurs fois abusé de leur statut d’homme pour tyranniser les femmes. Je l’ai dit plus haut mais Grace a aussi été violée lorsqu’elle était enfermée dans l’asile. Et ces scènes très dures et très violentes nous sont montrées dès les premières minutes de l’épisode 1. Le ton est donné. Heureusement, ils ne sont pas tous comme ça. Il y a quelques exceptions et d’ailleurs, le Docteur Jordan souffre lui-même d’abus sexuels par une femme… 

La série se termine comme dans la vraie vie : Grace sort après 30 ans de prison, graciée pour bonne conduite. Elle se marie avec un garçon dont le nom commence par « J » comme Mary et elle l’avaient prédit au tout début de la série (jusqu’au bout, nous ne savons pas qui sera cet homme puisque 4 des hommes l’entourant ont un nom commençant par cette lettre). Et encore une fois, nous avons droit à une fin ouverte. Libre à nous d’imaginer une suite. Certes, le roman s’est terminé comme ça. Certes, nous ne savons pas ce qu’il advient de la véritable Grace une fois qu’elle est sortie de prison et qu’elle s’est mariée. Certes, nous savons que (ALERTE SPOIL – à ne surligner qu’en connaissance de cause) le Docteur Jordan est définitivement paralysé après la Guerre de Sécession et n’a pas prononcé un seul mot depuis. Pourtant, lorsque sa mère lui lit la lettre que Grace lui a écrite, il prononce un mot, un nom en réalité : celui de la jeune femme. Alors on ne peut s’empêcher de voir une suite à cela. Ne vous méprenez pas, la série se termine là, c’est parfait. D’ailleurs, je ne vois pas ce qu’il y aurait de plus à raconter. En revanche, s’il y a une saison 2 (ce qui est à 100% impossible), je ne serais pas contre et je la regarderais. 

En conclusion, Alias Grace est une série puissante et psychologiquement réussie. Elle nous captive et nous tient en haleine de bout en bout. La mise en scène est sublime, la cinématographie élégante et le scénario est à la fois moderne et trouble. Si vous avez aimé The Handmaid’s Tale, vous serez obsédé(e) par cette nouvelle oeuvre de Margaret Atwood. 

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Passionnée par les sushis, j’ai appris à maîtriser cet art en regardant mes séries télé préférées. Entre deux makis, je m’intéresse aussi à l’univers d’Harry Potter, de Disney, au cinéma et à la photographie. Sinon, est-ce que je vous ai dit que j’aimais les sushis ?
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