Le sens de la fête - Une bonne comédie populaire et française

30/11/2017

Titre : Le sens de la fête

Réalisateur : Éric Toledano et Olivier Nakache

Avec : Jean-Pierre Bacri, Jean-Paul Rouve, Gilles Lellouche, Vincent Macaigne, Eye Haïdara, ...

Genre : Comédie

Durée : 1h57

Nationalité : Française

Sortie : 4 octobre 2017

Résumé : Max est traiteur depuis trente ans. Des fêtes il en a organisé des centaines, il est même un peu au bout du parcours. Aujourd'hui c'est un sublime mariage dans un château du 17ème siècle, un de plus, celui de Pierre et Héléna. Comme d'habitude, Max a tout coordonné : il a recruté sa brigade de serveurs, de cuisiniers, de plongeurs, il a conseillé un photographe, réservé l'orchestre, arrangé la décoration florale, bref tous les ingrédients sont réunis pour que cette fête soit réussie... Mais la loi des séries va venir bouleverser un planning sur le fil où chaque moment de bonheur et d'émotion risque de se transformer en désastre ou en chaos. Des préparatifs jusqu'à l'aube, nous allons vivre les coulisses de cette soirée à travers le regard de ceux qui travaillent et qui devront compter sur leur unique qualité commune : Le sens de la fête.

Le cinéma français manque cruellement de bons films populaires, la part-belle est donnée à des productions assez en-deçà de ce que notre industrie peut offrir de meilleur dans ce genre. C’est connu, nous sommes réputés pour nos films d’auteur et nos comédies, mais nous sommes forcés de constater que notre cinéma navigue en eaux troubles en allant trop dans la facilité pour des raisons économiques. Nous sommes habitués aux comédies grand public susceptibles de plaire au plus grand nombre, avec des schémas vus et revus où l’humour est poussif et réduit à des blagues pipi caca. Résultat, beaucoup diront que les comédies françaises sont nulles et sans intérêt. Et pourtant, penser cela est une grave erreur. Le cinéma français et particulièrement ses comédies ne sont pas morts, il suffit juste de bien chercher pour les trouver.
Après Nos jours heureux, Intouchables ou encore Samba, le duo Éric Toledano / Olivier Nackache, pour leur 6ème collaboration, nous revient avec Le sens de la fête. Un film qui s’annonce coloré et festif.

Max est organisateur d’événements depuis de nombreuses années. Son métier l’amène à organiser des mariages, et donc côtoyer divers types de clients. Autant vous dire que les clients exigeants aux demandes farfelues, il connaît bien. Pour faire face à la surcharge de travail que demande l’organisation d’un mariage, Max, en bon wedding planner, peut compter sur son équipe de choc composée de femmes et d’hommes de tout horizon avec plus ou moins d’expérience, et compétents dans leur domaine. Ce samedi, il doit organiser le mariage d’un charmant couple, Helena et Pierre, dans un cadre magnifique. Tout est posé pour faire de ce mariage le plus beau jour de la vie du couple. Mais les choses ne se passent pas du tout comme le traiteur l’avait prévu.

Parler de mariage dans un film est un sujet banal. Ce qui l’est moins, c’est le point de vue choisi par le duo. Il se concentre essentiellement sur l’organisateur du mariage et de ses employés. On voit donc l’envers du décor avec toutes ces petites mains qui s’activent en coulisses pour faire face à l’imprévu et aux conflits. Les employés sont d’horizon variés : des travailleurs tamouls sans papiers, un prof en dépression, un employé de police qui vient arrondir ses fins de mois ou encore des serveurs payés au noir, ce film prône clairement le vivre (ou le travailler) ensemble et loin des habituelles images de confrontation entre patrons et salariés, on y voit une forme de solidarité entre eux et c’est plaisant à voir. C’est aussi une critique sociale sur le monde du travail avec ses petits patrons obligés de se mettre hors-la-loi pour faire face aux charges patronales. Max joue sa vie à chaque prestation, et même si les tuiles qui lui tombent dessus son drôles, on garde en mémoire que ça peut lui coûter très cher en publicité.

C’est une comédie chorale qui comprend une ribambelle de personnages hauts en couleur, tous plus attachants les uns que les autres. Aucun ne vous laissera indifférent car les réalisateurs ont fait en sorte de les rendre tous intéressants. Bien évidemment, certains son mieux explorés avec un background plus important quand d’autres ont une partition plus réduite, mais c’est suffisamment travaillé pour permettre au spectateur de cerner tout ce petit monde. Le plus intéressant reste le héros de l’histoire, Max, interprété par Jean-Pierre Bacri. L’acteur reste fidèle à lui-même en campant un personnage grincheux et lassé de son travail mais qui doit garder son sang-froid face à sa drôle d’équipe ou des clients un peu perchés.

Le reste du casting est très varié avec des acteurs qu’on ne présente plus, comme Jean-Paul Rouve en photographe gourmand, Gilles Lellouche en DJ animateur de soirée ringard pour ne pas dire prétentieux. On retrouve aussi des comédiens venant du théâtre avec Benjamin Lavernhe, pensionnaire de la comédie française (parce qu’il en faut bien un) et Judith Chemla (ancienne pensionnaire), qui ensemble interprètent les mariés.

Mais également de plus jeunes recrues du cinéma qui ont déjà fait leurs preuves à l’instar de William Lebghil, Kévin Azaïs et Alban Ivanov en serveur gauche et gaffeur. Sans oublier la découverte du film, la marquante Eye Haïdara qui joue Adèle, l’assistante et bras droit de Max, qui n’a pas sa langue dans sa poche. A travers ce casting, on sent la volonté des réalisateurs de fédérer un groupe et d’exploiter les qualités de tous ses acteurs. On ressent le plaisir qu’ils ont eu à le faire, avec une vraie cohésion de groupe qui est le résultat d’une bonne direction d’acteur de la part du tandem, mais aussi grâce à la mise en scène.

Les comédies d’aujourd’hui ont tendance à aller dans l’extrême en enchaînant une succession de gags téléphonés sur le racisme, le politique ou le sexisme dans des situations aberrantes et grotesques. Nakache et Toledano s’éloignent de ça pour provoquer au spectateur un vrai rire. Pour arriver à ce résultat, ils jouent sur le comique de situations et de personnages, mais aussi sur des dialogues qui tiennent la route sans nous perdre. Ce qui en ressort, c’est un humour drôle, décalé, parfois cynique mais surtout crédible. Bien sûr il n’y a pas que du rire, le film nous offre des moments de tendresse et de sincérité entre les protagonistes sans pour autant tomber dans le mélo ou le pathos. Mention spéciale à la scène de la lune, qui oscille étonnamment entre moments ridicules voire grotesques et instants lyriques et poétiques.

L’intrigue se déroule sur une journée de 24 heures dans une espèce de huis clos entre les murs et les allées d’un domaine des siècles passés. La façon dont est mise en scène l’arrivée dans le domaine où doivent se passer les événements et le départ fait clairement penser à un lever de rideau comme au théâtre. Impossible de ne pas faire le rapprochement entre le wedding planner et le metteur en scène d’une pièce de théâtre qui doit réussir à faire travailler différents corps de métier pour assurer une bonne fête ou une bonne représentation.

Concernant la narration, elle repose sur le chapitrage en horaires comme pour marquer la fin d’un acte. On voit clairement les problèmes et leurs résolutions arriver. Le duo n’hésite pas à placer des éléments utiles à l’avancée de l’intrigue, qui mis bout en bout finissent par prendre sens. Cela peut paraître perturbant et enlever du suspense à l’intrigue, mais c’est si bien orchestré qu’on rentre quand même dans le jeu. Ils usent d’un montage énergique, rythmé et fluide, le spectateur n’a plus qu’à suivre le mouvement. Le film propose de jolis visuels apportant un travail particulier à la lumière mais aussi à l’atmosphère dans le décor sympathique d’un château de la région parisienne.

Et que dire de la bande son qui occupe un rôle non négligeable dans le film. Avishai Cohen, contrebassiste de jazz israélien, dont c’est la première expérience en tant que compositeur pour un film, signe une partition originale (Clock de 1à6) de génie entre musiques jazz et percussions aux sonorités orientales (deuxième mention spéciale pour la dernière musique, qui offre un moment de grâce et d’émotion contagieuse et inoubliable). A cela vous ajoutez la playlist qui est à l’image de ce film, à savoir variée, avec « In the stone » de Earth Wind & Fire, « Meaning » de Cascadeur, « Can’t Take My Eyes Off You » des Boys Town Gang ou encore la bossa nova de « The Girl From Ipanema » et « Se Bastasse Una Canzone » d’Eros Ramazzoti pastiché par Gilles Lellouche, vous obtenez une ambiance festive et haute en couleur. Comme on le remarque souvent pour un lieu, la musique ici fait quasiment office de personnage à part entière.

Conclusion : Le sens de la fête est une vraie bouffée d’air frais dans le monde de la comédie pour cette fin d’année. Ce n’est ni la plus parfaite ou la meilleure qu’on ait pu avoir durant l’année 2017, mais c’est suffisamment marquant pour nous laisser un bon souvenir. C’est un film dynamique malgré quelques temps mort, qui ne se repose pas sur des blagues gratuites mais qui a une réelle vocation à nous faire rire ou sourire. Avec son casting varié et bien dirigé, le tandem réussit à nous embarquer dans un récit rassembleur et universel entre humour, tendresse et poésie. Les réalisateurs maîtrisent parfaitement les règles de la comédie et les utilisent intelligemment sans tomber dans la surenchère, le tout grâce à une bonne mise en scène et une B-O de qualité. C’est un film sincère, avec une vraie générosité et une vraie envie de transmettre sans pour autant faire de la morale. Et pour ce genre de comédie, je dis oui sans hésiter.
Je terminerai en affirmant que Le sens de la fête n’a rien d’un film d’auteur, mais Toledano / Nackache n’en restent pas moins des auteurs à part entière. En six films, ils nous l’ont prouvé.

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Hello !!! Moi c’est Greycie alias Satshy. Comme la plupart de mes camarades, je n’ai pas reçu non plus de lettre pour Poudlard mais les Vacances au Camps des sangs-mêlés dans le bungalow d’Athéna me semblaient plus attrayantes ^^
Enfant des années 90, née sous le signe du taureau et du mouton (calendrier lunaire), je suis du genre déterminée et espiègle. Etudiante en Master cinéma, je me définis comme une enthousiaste. Dès que j’ai une passion, je m’y livre à fond (cheval, cuisine, manga, Japon, voyage, danse classique, etc.), tout y passe depuis deux décennies. Je suis donc une touche à tout mais la passion qui accapare tout mon temps actuellement (et pour longtemps), c’est la littérature. Romance, fantasy, BD, contemporain, manga, historique, science-fiction, … Je lis, que dis-je, dévore de tout ; avec une nette préférence pour le genre dystopie et le young adult. Couplé avec le cinéma, c’est le combo gagnant pour s’évader vers d’autres horizons.
Mes bouquins préférés sont la saga « Percy Jackson » avec les « Héros de l’Olympe » de Rick Riordan ainsi que « Orgueil & préjugés » de Jane Austen. Côté séries, ce sont Once Upon a Time et Outlander et pour le 7ème art la Saga Star Wars et l’adaptation encore une fois de Orgueil et préjugés de 2005.
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