Tous nos contretemps - Un récit très inventif et original sur le voyage temporel

05/11/2017

Titre : Tous nos contretemps

Auteur : Elan Mastaï

Editions : Bragelonne

Prix : 18,20€

Parution : 20 septembre 2017

Nombre de pages : 475 pages

Genre : Science-Fiction

Résumé : Dans le monde de Tom Barren, la technologie a mis fin aux maux de l’humanité : il n’y a plus ni guerre, ni pauvreté et les avocats sont toujours mûrs à point. Mais Tom n’est pas heureux. Il a perdu la fille de ses rêves. Et que fait-on quand on a le cœur brisé et qu’on dispose d’une machine à voyager dans le temps ? Une connerie monumentale. Tom est désormais piégé dans un monde terrifiant… qui n’est autre que notre époque, et cherche désespérément à réparer son erreur et à rentrer chez lui. Jusqu’à ce qu’il découvre les autres versions de sa famille, de sa carrière et de la femme de sa vie, qui se révèlent plus plaisantes. Terrible dilemme : Tom doit-il revenir à son existence parfaite mais solitaire, ou bien rester dans notre réalité chaotique auprès de son âme sœur ?

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Tous nos contretemps. Un titre bien énigmatique. Et que dire de la couverture, une épluchure de citron ouvert en accordéon sur lequel repose le titre de l’œuvre. Pourtant, le choix du citron n’est pas anodin. Derrière cette peau rugueuse et odorante se cache un fruit acide qui réveille les papilles. Le livre d’Elan Mastaï, grosse brique de presque 500 pages, est à l’image du citron : une couverture simple interpellant le lecteur par sa couleur vive qui renferme en son sein une œuvre pétillante d’originalité et de réflexion.

Tom Barren vit dans un monde idyllique. Plus de réchauffement climatique, de conflits ou de guerres, le monde connaît enfin la paix, la prospérité et la sécurité. L’humanité entière peut enfin vivre en harmonie dans une société hyper technologique. Dans ce monde parfait, Tom n’a malheureusement pas la meilleure des vies. En effet, sa vie familiale, professionnelle et amoureuse est insipide, chaotique et aussi plate qu’un encéphalogramme. Non, le jeune homme n’a décidément pas de chance : il est ce qu’on appelle un loser ou un cas désespéré, et se résigne à cette vie monotone où il ne compte pas vraiment et n’a rien apporté à la société. Dans son malheur, une succession d’événements aussi loufoques qu’inattendus va bousculer le quotidien bien morne de Tom, qui se retrouve en possession d’une machine à voyager dans le temps. Ni une ni deux, il n’hésite pas à l’utiliser pour retourner dans le temps assister à la naissance de cette nouvelle technologie qui a fait le bonheur de l’humanité et qui sait, modifier sa misérable existence par la même occasion. Oui mais voilà, les lois qui régissent le temps sont intraitables. La moindre interaction avec le passé peut entraîner de grands bouleversements. Tom Barren commet une petite bourde et se retrouve projeté dans une réalité qui n’est pas la sienne, mais qui nous est bien familière. Déterminé à réparer son erreur et à échapper à cette réalité en-deçà de la sienne, Tom se lance dans une quête effrénée pour retourner chez lui.

Difficile de faire un résumé pour un tel livre sans devoir révéler des éléments indispensables à la compréhension de ce bouquin. Pour ses premiers faits d’armes dans la littérature, Elan Mastaï a choisi d’investir le thème du voyage dans le temps, qui est l’un des grands sujets de la science-fiction. Un thème aussi fascinant que complexe qui a nourri l’imagination de bon nombre d’auteurs. Tout le monde connaît le concept, si bien qu’une fois le résumé lu, on sait à quoi s’attendre. Ce qui fait l’originalité de ce livre, c’est le traitement du voyage temporel ainsi que des problématiques et paradoxes qu’il soulève, mais surtout la plume de l’auteur. Le livre jouit d’un style frais, libre et ironique allant parfois à la limite du sarcasme. Un choix qui est le bienvenu tant le récit lui-même est dense et fourmille de détails scientifiques ou technologiques. Dit ainsi, cela peut paraître rebutant et complexe mais étonnamment, le livre se lit relativement facilement.

C’est un récit très immersif, qui par sa narration et son écriture peut faire penser au carnet de bord ou au mémoire. Le personnage s’adresse à nous, lecteur, et n’hésite pas parfois, comme au cinéma, à briser le 4ème mur pour nous faire participer. Même si l’intrigue est bonne, elle met un certain temps à se mettre en place et à être captivante pour le lecteur. Et puis ça semble tellement réel que parfois, on en vient à douter de notre propre réalité (sommes-nous dans une réalité alternative ? Peut-être que nous n’existons pas ? Faut-il prendre ce mec au sérieux ?). J’ai eu le sentiment de lire une utopie qui basculait vers de la dystopie. Le monde a beau être le plus idyllique possible, il y aura toujours des malheureux comme Tom.

Bien sûr on s’attend à de l’aventure, de l’action et des quiproquos, mais le livre va bien au-delà de cela. Au fil des pages, on est surpris par la tournure que prend l’intrigue. Tout en nous divertissant, il nous apporte une réflexion philosophique sur le monde, les bienfaits ou non de la technologie, ses conséquences et impacts sur le quotidien et sur la façon dont cela modifierait notre perception du monde. L’auteur nous questionne aussi sur la notion de bonheur : est-ce qu’un monde pacifique et performant serait aussi bien gage de bonheur pour la masse et l’individu ? Il est impossible de dire que ce livre survole son sujet ou qu’il ne va pas en profondeur dans ce qu’il aborde tant il est généreux en détails et en anecdotes. 

La structure du livre est intéressante. Il y a de nombreux chapitres, courts et c’est donc idéal pour fragmenter la lecture. Les dialogues entre personnages se font rares au départ mais avec Tom Barren, on ne s’ennuie pas tant il fait preuve d’humour et d’autodérision. Et puis l’auteur s’amuse pas mal avec nos nerfs en proposant des chapitres qui n’ont pas toujours une narration linéaire. C’est aussi très ludique. L’auteur fait régulièrement des pauses dans son histoire pour nous rapporter un fait qui, à première vue, a peu d’intérêt à nos yeux mais qui prend tout son sens par la suite. Il y a des moments où j’ai eu envie de sauter des paragraphes ou de lire en diagonale tant le héros est volubile en anecdotes ou en faits.

Côté personnages, et pour des raisons évidentes, je ne m’attarderai que sur le protagoniste principal. Elan Mastaï a construit son personnage sur le modèle de l’anti-héros. C’est un personnage qui nous réserve plein de surprises. Il n’est imprévisible qu’au moment où on croit l’avoir cerné, il nous révèle une autre facette de sa personnalité, ce qui fait de lui un personnage complexe et donc très, très humain. Humain pour ses failles, ses doutes ou ses bourdes. Humain pour ses attachements, son sens de la responsabilité, ses regrets et sa culpabilité. Tom n’est pas brillant, mais il est humain, empathique, aimant et terriblement attendrissant. Il se livre entièrement à nous, sans rien omettre. Une confession sans filtre et plutôt honnête du raté qu’il pense être car contrairement à ce que le livre pourrait donner comme sentiment à l’égard de son héros, Tom n’est pas un pleurnichard qui se lamente sur sa triste existence, c’est un homme qui en quelque sorte se cherche. Il est donc dans une quête initiatique à travers le temps à la découverte de lui-même et de sa place dans l’univers.

En conclusion, Tous nos contretemps est une lecture qui reste dans la tradition de la science-fiction mais qui se démarque dans son traitement original du sujet. L’auteur fait preuve de créativité et d’inventivité dans sa manière de réinvestir le voyage temporel et ses paradoxes en insistant beaucoup sur les détails techniques et scientifiques par rapport à la machine à voyager, mais toujours dans cette volonté de proposer une histoire accessible à tous, le tout ponctué d’humour. Elle philosophe beaucoup sur les questions en rapport avec la technologie et le bonheur, dans un style assez incisif. Ce livre se lit lentement en prenant le temps d’analyser, d’ingérer les paroles du héros afin de bien en saisir la profondeur. On sent que les sujets abordés lui tiennent à cœur et qu’elle a pris son pied à les explorer. Tom Barren est l’un des meilleurs personnages qu’il m’ait été donné de suivre. Il se livre sans concession à nous, ce qui crée un lien particulier et intime entre le lecteur et le personnage, toujours avec ironie et humour. Evidemment ce n’est pas une lecture parfaite, il lui manque ce je ne sais quoi pour la rendre mémorable mais malgré, tout on n’est pas loin du coup de cœur. Pour son premier roman, l’auteur a frappé fort et je suis complètement sous le charme. Réussira-t-il à réitérer l’exploit ?

Dans tous les cas, foncez, vous ne le regretterez pas.

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Hello !!! Moi c’est Greycie alias Satshy. Comme la plupart de mes camarades, je n’ai pas reçu non plus de lettre pour Poudlard mais les Vacances au Camps des sangs-mêlés dans le bungalow d’Athéna me semblaient plus attrayantes ^^
Enfant des années 90, née sous le signe du taureau et du mouton (calendrier lunaire), je suis du genre déterminée et espiègle. Etudiante en Master cinéma, je me définis comme une enthousiaste. Dès que j’ai une passion, je m’y livre à fond (cheval, cuisine, manga, Japon, voyage, danse classique, etc.), tout y passe depuis deux décennies. Je suis donc une touche à tout mais la passion qui accapare tout mon temps actuellement (et pour longtemps), c’est la littérature. Romance, fantasy, BD, contemporain, manga, historique, science-fiction, … Je lis, que dis-je, dévore de tout ; avec une nette préférence pour le genre dystopie et le young adult. Couplé avec le cinéma, c’est le combo gagnant pour s’évader vers d’autres horizons.
Mes bouquins préférés sont la saga « Percy Jackson » avec les « Héros de l’Olympe » de Rick Riordan ainsi que « Orgueil & préjugés » de Jane Austen. Côté séries, ce sont Once Upon a Time et Outlander et pour le 7ème art la Saga Star Wars et l’adaptation encore une fois de Orgueil et préjugés de 2005.
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