Vis ma vie de fangirl

25/11/2017

Il nous aura fallu un mois. Un mois pour encaisser. Un mois pour digérer ce que nous avons vécu. Jamais nous n’aurions imaginé vivre une telle expérience un jour, encore moins à l’approche des trente ans. Le sujet reste sensible, mais nous avons décidé de partager avec vous notre vécu du premier concert solo d’Harry Styles à Paris le 25 octobre dernier.

Ceci n’est pas un live-report. Il s’agit davantage d’une timeline retraçant nos mésaventures ce jour qui était supposé être l’un des plus beaux de nos vies…

Qu’on se le dise, lorsque vous êtes originaires du fin fond de la Bretagne, un concert dans la capitale se prépare des mois à l’avance. Le décompte était long. Très long. Nous l’avions lancé à J-173, dès le jour où nous avons réussi à obtenir nos précieux sésames d’entrée à l’Olympia. C’était désormais plus que réel. J-1. Direction le neuvième arrondissement de Paris. « Let’s go Marie-Jo, prends ton manteau, on s’en va ! ». Voici notre histoire.

LA VEILLE DU CONCERT

17:54 Bien arrivées à Paris depuis une heure, des rumeurs enflent sur Twitter. Ah la joie des Internet ! Il semblerait que plusieurs centaines de fans campent d’ores et déjà devant la salle… et ce, depuis plusieurs jours. Pourtant, les conditions de sécurité annoncées par l’Olympia une semaine auparavant semblent interdire cela. Pas de temps à perdre, il faut que nous en ayons le cœur net. Ni une, ni deux, nous fonçons vers le boulevard des Capucines.

18:32 Ok… Il y a du monde, c’est vrai, mais pas de quoi paniquer. Environ cent cinquante jeunes femmes (et quelques jeunes hommes) sont effectivement présentes dans la rue longeant la salle de concert et une drôle d’effervescence semble s’installer. Nous comprenons rapidement qu’un clivage s’est créé entre les fans et partons donc enquêter. Il y a clairement deux clans : celles qui sont pour instaurer un système de notation par ordre d’arrivée, et celles qui refusent de se plier à une organisation qui ne dépend en aucun cas de la salle de concert. Un peu perdues dans tout cela, nous profitons tout de même de notre présence sur place pour immortaliser notre portrait face aux lettres en néons rouges qui ornent la façade. Comme toute fan qui se respecte, nous publions notre photo sur les réseaux sociaux.

18:46 Deux vigiles sont présents et commencent clairement à rire jaune en voyant la foule s’amasser dans la rue. Ils ordonnent rapidement que la file débute à plusieurs mètres de l’entrée, ce à quoi se plient les jeunes femmes sans protester. La queue se réorganise et une question se pose. Que faisons-nous ? Honnêtement, on a beau être extrêmement impatientes, passer la nuit à la belle étoile n’est clairement pas dans nos plans. Et il est hors de question que l’on nous estampille d’un numéro sur la main non plus. Têtes brûlées que nous sommes, nous repartons donc sagement à notre hôtel à quelques rues de là et décidons de revenir demain matin. Advienne que pourra !

23:08 Au pieu, les gonz’ ! Il va falloir être fraîches dans quelques heures. Réveils activés à 3h00 pétantes !

LE JOUR J

00:12 « Les filles ? Vous dormez ? ». Bon apparemment, difficile de fermer l’œil. Il fait une chaleur à mourir. Le lit du bas grince pour un rien et celui en mezzanine à vingt centimètres du plafond menace de s’écrouler au moindre mouvement de ses occupantes. Tout va bien. Il nous reste encore trois heures de repos.

00:57 « Ils ne peuvent pas rentrer dormir chez eux, sérieux ? ». Fenêtre ouverte à cause de la fournaise qui nous assomme, impossible de s’assoupir. On branche un ventilateur. Ça ne sera jamais pire que le vacarme de la rue en contrebas.

02:42 C’est peine perdue. Nuit blanche pour nous toutes. L’excitation nous envahit depuis des semaines, alors à H-18, tout va de mal en pis.

03:53 Bizarrement, aucune de nous ne ressent vraiment la fatigue. Les nerfs nous tiennent éveillées. Nous revêtons nos habits de lumière achetés spécialement pour l’occasion et entamons notre transformation. Au terme d’une bonne heure, nous sommes enfin prêtes à débuter cette journée.

04:32 Notre marche jusqu’à l’Olympia ressemble clairement à l’avancée des Little Mix dans leur clip « Power », lorsqu’elles arpentent le bronx au ralenti. Bon d’accord, dans nos têtes seulement. Nous sommes davantage attentives aux moindres passages dans la rue, absolument pas rassurées de se trimballer dans Paris seules à une heure pareille. On ne vous a pas dit que l’on ne portait pas la capitale dans notre cœur ?

04:40 Nous y voilà. La file s’est légèrement intensifiée depuis hier d’une petite cinquantaine de personnes tout au plus. Ouf, nous n’avons pas raté grand-chose en rentrant. Nous prenons place au bout de la queue et posons nos fesses à même le trottoir pour patienter sagement. Heureusement, la météo est clémente et il fait relativement doux.

05:11 Des agents de sécurité (les mêmes que nous avions croisés la veille) reviennent et vérifient nos billets et cartes d’identité (si tôt ?), suite à quoi nous avons le droit à un tampon de l’Olympia sur le dessus de la main.

06:38 On discute avec les filles présentes autour de nous, le temps passe doucement, mais sûrement. Jusqu’ici, nous avons encore le sourire. Il commence à se faire faim et nous n’avons rien prévu dans nos sacs. Une supérette ouvre ses portes dans moins d’une demi-heure. Trois d’entre nous quittent alors la file d’attente pour aller faire quelques courses pendant que la dernière garde nos places.

07:28 Enfin de quoi manger. Distribution des croissants, premières bouchées, ça fait du bien. La foule est civilisée, l’ambiance est au top depuis notre arrivée.

07:29 « Pourquoi les gens se lèvent, un par un ? ». En une fraction de seconde, c’est le drame. Les gens courent, se poussent, se doublent. Pas le temps de réfléchir. On saisit nos affaires comme on peut et on suit le mouvement. Certaines, encore endormies par terre, sont rattrapées au passage par leurs amies et manquent de se faire piétiner.

07:33 Bon, maintenant qu’on est toutes debout, prenons un instant pour comprendre ce qu’il vient de se passer. Clairement ? Absolument rien. La foule s’est juste agglutinée à une barrière bougée par un agent de sécurité, sans aucune raison. On est serré, mais on respire.

07:39 « Euh, les filles, arrêtez de pousser, ça ne sert à rien ! ». « Eh ! Mais elles font quoi elles à doubler sur les côtés ! Elles viennent à peine d’arriver ! ». L’inquiétude nous gagne. Nous avons fait le deuil des premières places depuis hier, mais là, si certaines débarquent et s’octroient le droit de transgresser l’ordre de la file, ça ne va pas le faire. L’une de nous a la présence d’esprit de rapidement écarter toutes ces profiteuses en levant le poing pour brandir le précieux tampon de vérification donné quelques heures plus tôt. On nous laisse alors gentiment passer devant. Nanméo ! Faut pas nous la faire à l’envers à nous !

08:13 Les choses avancent un peu. On comprend rapidement qu’une organisation commence à se mettre en place un peu plus loin. Les vigiles font entrer les fans par petits groupes.

09:28 Nous voilà enfin à l’intérieur du hall de l’Olympia, parquées comme du bétail, mais au moins, à l’abri et en sécurité. Nous réalisons rapidement la chance que nous avons d’être ici, alors que la file s’étend sur toute la rue derrière nous.

11:47 Plus de sept heures que nous sommes arrivées et le pire est à venir. Chaque activité, aussi minime qu’elle soit, fait office de distraction pour faire passer l’horloge plus vite. D’autant plus que nous avons accès au stand de merchandising… Bye bye money !

14:04 « J’ai mal partout. Je veux m’allonger. Nan, je veux me dégourdir les jambes… Je sais pas comment me foutre… ». On n’imagine pas à quel point rester dans une position statique pendant des heures peut être si éprouvant. On tente alors toutes sortes de contorsions pour pouvoir se reposer la tête ne serait-ce que quelques minutes, mais c’est sans compter sur les passages incessants des gens qui nous marchent presque dessus pour se rendre aux toilettes. On adore.

15:17 Les fans s’impatientent et entonnent en chœur les plus grands tubes de l’artiste qu’il nous tarde de voir. Les vigiles en ont plein la tête et réclament le silence. Compris monsieur. On a l’impression d’avoir de nouveau douze ans.

15:52 Les balances débutent de l’autre côté des vitres. Chacun tente de prêter l’oreille en espérant entendre la douce voix d’Harry, mais pour le moment, il s’agit uniquement des instruments. Les vigiles nous rappellent une nouvelle fois à l’ordre, car le bruit perturbe les réglages.

16:08 « Eh, askip Harry est arrivé Gare du Nord, wesh ! », affirme haut et fort une jeune binoclarde en direct de son compte Twitter. À noter que depuis, le dialecte des ados n’a plus aucun secret pour nous.

17:49 C’est long… Beaucoup, beaucoup trop long. Heureusement, notre placement juste à côté du stand merch nous a permis de sympathiser avec un vendeur à l’humour fort agréable (Julien, si tu passes par-là, on t’embrasse).

18:10 On nous annonce que nous n’avons plus le droit de nous lever dorénavant. Les derniers tours aux toilettes s’effectuent et nous sommes priées de ne plus bouger.

18:19 Un vigile explique la façon dont ils vont procéder pour nous faire entrer dans la salle dans le calme et éviter les mouvements de foule. Nous allons être escortées par petits groupes une fois encore, ce qui est plutôt rassurant.

19:12 Nous y sommes enfin. Une nouvelle organisation prend forme au sein de la fosse. Les gens se rassoient bien sagement et admirent la scène, où le matériel de MUNA, la première partie d’Harry, est déjà en place. Nous n’avons jamais été si proches de notre rêve.

19:27 « Mais qu’est-ce qu’il se passe encore ?! ». Un énième mouvement de foule a lieu suite à la demande d’un agent qui a sollicité que nous nous levions dans le calme et l’allégresse. À croire que le public d’Harry ne connaît pas ce principe vieux de mille ans. Nous sommes serrées. Il commence à faire chaud. Ça pousse. Ça crie. Des filles s’écroulent déjà dans les bras des vigiles. Nous sommes obligées de hausser le ton à plusieurs reprises pour nous faire respecter… Du jamais vu. Voici donc près de seize heures que nous attendons et il va encore falloir faire preuve de patience…

H-0

20:00 MUNA entre en scène et nous mettent déjà à rude épreuve en nous faisant sautiller sur place. Chose étonnante, nous avons l’impression d’être sur un immense trampoline tellement le sol rebondit. Le groupe enchaîne six chansons, dont une superbe reprise de Stevie Nicks.

20:33 La première partie se retire. Nous sommes exténuées. Le rideau emblématique de notre chouchou descend sous nos yeux pour permettre d’installer la scène en toute discrétion. Les premiers frissons se font sentir. Des petites malignes tentent une nouvelle fois de se frayer un chemin entre nous. NOWAY JOSEY. Nous aussi on sait jouer des coudes. À ce stade et éprouvées par la journée que nous avons passée, plus question de se laisser faire.

21:04 « Tu es en retard, Harry… ». Quand soudain, les lumières s’éteignent. On scande le prénom de l’artiste tant attendu. Les premières notes planantes de « Ever Since New York » résonnent. Ça pousse encore. D’autres malaises surviennent alors qu’il n’est même pas encore apparu. Un projecteur s’allume au centre du drapeau, puis, sa silhouette surgit en transparence. Il est enfin là. On pleure. On hurle. On s’époumone. On s’abandonne. Bye, on se retrouve après un court passage au Paradis.

Comment vous dire qu’évidemment, nous en avons eu plein les mirettes. Harry est merveilleux. Il était juste devant nos yeux ébahis, très proche, magnifique… Mais bordel, c’était quoi ce capharnaüm ? Jamais, JA-MAIS nous n’avons vécu un tel enfer pour venir voir un artiste. Et ça vaut aussi bien pour l’attente que pour le concert en lui-même. On n’entendait rien, on ne voyait presque rien. Le public passe son temps à brandir leurs portables pour filmer, si bien que vous vous retrouvez avec une pluie de téléphones face à vous, à devoir constamment chercher un nouvel angle pour apercevoir quelque chose. Difficile dans ces conditions de profiter pleinement. Nous avons eu l’étrange sensation d’avoir été présentes sans vraiment l’être, comme si on nous avait subtilisé les plus beaux aspects qu’offrent habituellement les performances live. Nous déplorons de ne pas avoir entendu sa voix, mais plutôt celles des centaines de fans qui hurlaient autour de nous. Dommage. Vraiment dommage.

Nous comptons beaucoup sur son prochain passage en mars 2018 pour rattraper le tir. Cette fois-ci, pas de folies. Nous sommes placées et bien contentes de ne plus avoir à subir une telle journée une seconde fois.

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