Hellboy 2 : Can't smile without you...

24/12/2017

Titre : Hellboy 2 : Les légions d'or maudites

Réalisateur : Guillermo Del Toro

Avec : Ron Perlman, Doug Jones, Luke Goss,Selma Blair, ...

Genre : Action

Durée : 2h01

Nationalité : États-Unis

Sortie : 2008

Résumé : Le prince Nuada cherche à retrouver les trois fragments d'une couronne permettant de contrôler une armée invincible. Alors qu'il cherche à l'en empêcher, Hellboy va s'interroger sur sa nature profonde...

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Guillermo Del Toro fait partie des plus grands esthètes du cinéma actuel. Que l’on apprécie ou non son œuvre, on ne peut nier qu’il a une patte visuelle hors du commun avec un sens du détail renversant. Le voir s’attaquer au comics « Hellboy » avait donc quelque chose de diablement intéressant au vu des particularités de son style. Et au vu des nombreuses personnes qui se sont plaintes du tournage d’un reboot de la saga plutôt que d’un troisième volet qui faisait déjà saliver ses fans, on peut admettre qu’il a su s’approprier pleinement le héros pour l’intégrer de manière homogène à sa filmographie.

Premier point à aborder : l’amour du réalisateur mexicain pour les monstres. Même ceux qui ne sont pas fans du bonhomme savent que Del Toro aime créer des « monstres » et arrive à transmettre à son public l’empathie qu’il a pour ceux-ci. Ici, il profite de l’indisponibilité de Rupert Evans, qui jouait dans le premier film l’agent John Myers, pour pleinement coller à ses créatures. C’est avec une douceur incommensurable qu’il les aborde dans son écriture, notamment par leur aspect romantique (nous reviendrons plus bas sur ce point). Il se dégage de l’écriture de Del Toro une sincérité qui attire un rire sincère sans être moqueur tout en touchant par leur aspect si compréhensible par n’importe qui. Quand Hellboy et Abe chantent « Can’t smile without you » légèrement enivrés, ils ne font que partager avec le spectateur leur désarroi émotionnel. Difficile de ne pas s’y attacher étant donné la nature universelle de cette sensation (« universalité » est d’ailleurs l’un des termes décrivant le mieux la filmographie de Del Toro).

Chacune de ses œuvres dégage un romantisme puissant et il le prouve à nouveau ici dans sa manière d’aborder les relations entre Hellboy et Liz, ainsi qu’Abe et la princesse Nuala. Cette dernière trouve une forme tragique dans sa relation avec son frère ainsi que « méchant » du récit, Nuada, par le partage de leurs blessures. En faire souffrir un rimerait avec la souffrance de l’autre, ainsi que toutes les répercussions que cela sous-entend. La profondeur narrative des personnages se rattache ainsi sur une base « réaliste », mais également inscrite de manière mythologique. Le dialogue entre Liz et l’ange de la mort (au design renversant soi dit en passant) confirme cette orientation tragique (en sauvant son aimé, Liz devra accepter que celui-ci soit responsable de la chute de l’humanité) et plus grande que nature (rapport d’échelle abordé visuellement plus bas) ancrée dans une dimension narrative proche des fables et des contes (l’histoire du professeur Broom).

Pour aborder un peu le méchant, incarné par l’excellent Luke « Blade 2 » Goss, il faut voir dans son avancée scénaristique la crainte de la nature et des traditions de disparaître. Beaucoup d’œuvres, que ce soit au cinéma ou dans un autre art, ont confronté nature et technologie, passé et futur. Ici, le lien est plus nuancé, Nuada agissant pour préserver son monde tandis qu’Hellboy se voit confronté aux réactions peu accueillantes des êtres humains face à sa nature. Cet aspect moins manichéen trouve un exemple parfait lors d’une confrontation entre notre héros et une créature s’avérant la dernière de son espèce. En plus de jouer sur une opposition d’échelle (la créature et le bébé), elle aborde le questionnement moral d’un Hellboy tiraillé par sa nature originelle et l’éducation procurée par son père (que le premier volet avait réussi à aborder sans pathos mais en pure sensibilité).

Nous ne pouvons pas ne pas revenir sur la nature des séquences d’action que nous offre « Les légions d’or maudites ». Del Toro arrive à offrir un blockbuster divertissant par le nombre de scènes de combat, mais surtout par leur ancrage émotionnel. Nous avons déjà donné un exemple de cela plus haut, mais le réalisateur mexicain offre à ces moments une manière d’aborder ses protagonistes dans l’acte, transformant cela en climax dans un sens aussi bien explosif qu’affectif. Le divertissement ne peut fonctionner s’il n’est pas vecteur de sentiments et si les personnages ne peuvent pas s’y exprimer de manière sincère. Del Toro aura prouvé avec sa filmographie entière que la sensibilité est l’une de ses plus grandes qualités.

Une nouvelle fois, nous allons revenir sur une thématique maintes fois abordée : la pression sociale. Hellboy est un être censé amener l’anéantissement de l’humanité alors qu’il a envie de la sauver. Il est un représentant « démoniaque », mais qui cherche à devenir humain. Sa nature primaire est contrariée par son éducation et ses envies de reconnaissance. En cela, sa manière d’essayer de gérer toutes les angoisses et le poids de son passé amène un aspect « éclairé » pour son futur, lui qui est pourtant amené à provoquer le chaos. Une nouvelle fois, si la pression sociale fait ressortir le monstre, l’affranchissement de celle-ci amène l’acceptation de ses origines diverses et la lumière qui peut s’en dégager.

Lumineux, voici l’un des nombreux mots qui pourraient servir à décrire ce deuxième volet d’ « Hellboy », entre éblouissement visuel et humanisme narratif. Cela rend l’expérience de son visionnage doux amer, le conflit interne entre la douceur d’avoir profité d’un des meilleurs blockbusters de ces dernières années et l’amertume que, pour des raisons financières, on ait préféré rebooter tout cela avec un acteur d’une série appréciée du public dans le seul but que les œuvres de Del Toro n’explosent pas autant le box-office que les rétines. Pourtant, quand un réalisateur de cette trempe arrive à émouvoir, divertir, émerveiller et toucher au plus profond de soi son public, il mériterait les louanges d’avoir transcendé son art plutôt que l’indifférence de certains par motif pécunier. Sachez néanmoins, monsieur Del Toro, que le cinéma et les amoureux de celui-ci vous remercient des bijoux que vous nous offrez.

Enfin, je me permets de vous partager cette vidéo pour deux raisons. D’abord, elle est un magnifique exemple de la manière dont Guillermo Del Toro utilise ses couleurs dans sa mise en scène. Ensuite, son créateur a une chaîne YouTube très intéressante qui mérite le coup d’œil. Bref, merci d’avoir lu mon article et bonne vidéo 😉

https://www.youtube.com/watch?v=zwDfwrHuMRI

 

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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