Justice League : le chaos dans l'union

01/12/2017

Titre : Justice League

Réalisateur : Zack Snyder

Avec : Ben Affleck, Gal Gadot, Ezra Miller, Ray Fisher, Jason Momoa, ...

Genre : super héros

Durée : 2h

Nationalité : États-Unis

Sortie : 2017

Résumé : Le monde est toujours sous le choc de la mort de Superman quand Batman découvre qu'une menace pèse sur celui-ci. Il va alors réunir plusieurs personnes aux capacités extra-ordinaires afin de protéger notre planète...

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Le moins que l’on puisse dire, c’est que le DCEU souffre. Entre les retours critiques assez négatifs aussi bien de la presse que du public et des chiffres positifs mais pas aussi mirobolants que la concurrence, l’univers cinématographique DC n’atteint pas les espérances de la Warner. Pourtant, il faut reconnaître qu’il y a une personnalité forte qui s’affirme derrière chacune des sorties, une proposition de cinéma jouant sur les codes esthétiques des comics et un respect des protagonistes. La sortie de Justice League a ravivé certaines tensions à plusieurs niveaux. Mais que vaut le film, derrière la colère et la frustration du public et des responsables financiers ? Tentative d’analyse.

Attention! Cette analyse dévoilant plusieurs points majeurs de l’intrigue du film, il est préférable de voir celui-ci avant de lire ce texte.

La première séquence du film ainsi que le générique qui suivra vont appuyer un point : Superman est une personnification de l’espoir. Sa mort a eu aussi bien des répercussions d’un point de vue micro (sa mère et Loïs pleurant sa perte) que macro (une société représentée en dérive). En introduisant le personnage dans le film par une séquence filmée au smartphone, on dissocie son mythe de la réalité et on le réiconise d’une certaine manière (on laissera de côté la moustache effacée numériquement, conséquence d’une guerre puérile entre studios). Si « Man of steel » nous présentait le kryptonien comme une personnalité proche des hommes et « Batman v Superman » comme une divinité, « Justice League » lui confère au début de son histoire un statut de concept même : celui de bonté, dans un sens général et une vision d’idéal à atteindre. Il n’est donc guère étonnant que l’état du monde soit sombre et que l’on coupe dans la vidéo le moment où Superman va déclarer ce qui lui plaît en nous. Tel un Dieu que l’on souhaite interroger sur le pourquoi de notre création, nous ne pouvons faire face qu’au doute et au silence. Les interrogations des personnages sur Superman portent alors une autre signification : ramener à la vie Superman, c’est ramener à la vie la flamme de l’espoir. Il ne sert à rien de se morfondre sur la situation du monde si l’on n’agit pas : voici l’un des messages qui ressortent de cette « Justice League », tout en expliquant l’aspect lumineux qui s’en dégage (outre des raisons commerciales).

Une autre chose qui ressort du film est l’influence d’une pression sociale faisant surgir les individualités. C’est un point intéressant à aborder car cela touche aussi bien ce qui est dans la diégèse de « Justice League » que ce qui est en dehors de celle-ci. Commençons par l’intrigue même car cette thématique a connu une certaine gradation dans le DCEU. Dans « Man of steel », Zod tente de formater Kal-El pour rentrer dans le moule kryptonien et perpétuer la tradition de sa défunte planète. Dans « Batman v Superman », les humains cherchent à modeler Superman afin qu’il corresponde mieux à certains questionnements moraux. Dans « Suicide Squad », on constitue une équipe de criminels afin de les forcer à agir pour le « bien commun ». Enfin, dans « Wonder Woman », notre amazone se voit cacher sa place d’arme pouvant tuer les dieux et est accompagnée de soldats rejetés socialement (un indien, un sniper traumatisé, un français originaire d’une colonie).

Ici, on se retrouve à nouveau avec des personnages rejetés de leur société à différents niveaux qui vont s’épanouir dans une structure sociale reconnaissant l’individu pour ses particularités. Les traumatismes de Superman, Wonder Woman et Batman (la mort de ses parents) ont déjà été racontés dans les films précédents. Aquaman se sent rejeté de sa communauté car il n’est pas entièrement de sang royal, Cyborg se sent exclu suite à ses rajouts mécaniques et Flash doit vivre avec l’emprisonnement injuste de son père et le handicap social de son activité (expliquant son humour un peu lourd, fruit d’une incapacité avant de s’intégrer). Cette lecture rend le méchant un peu plus intéressant. Steppenwolf est un être extraterrestre qui cherche à réunir trois cubes pour reformer l’Unité et transforme ses adversaires en alliés interchangeables physiquement. Une nouvelle fois, le DCEU raconte comment deux structures sociales s’affrontent en préférant le schéma reconnaissant l’individu pour ses capacités uniques plutôt qu’en tentant de le transformer en un individu remplaçable.

Si l’on s’attaque à l’extradiégétique, on peut aborder les problèmes de production et le produit final frustrant pour beaucoup qui en est ressorti. C’est dans les moments d’individualité que « Justice League » s’épanouit, que ce soit les séquences au style profondément Snyder (nous y reviendrons plus bas) ou l’écriture de Whedon. Sachant que la Warner a voulu remodeler Justice League en un blockbuster sans risque par rapport à « Man of steel » et « Batman v Superman », cette lecture confère une pertinence et une sensation d’amertume car il est le fruit-même de cette pression sociale. À force de vouloir plaire au public et aux critiques, « Justice League » est vu comme comme un produit plus qu’un film.

Si l’on peut comprendre la déception engendrée, il faut néanmoins reconnaître que ses quelques qualités ont été grandement ignorées. Ainsi, Zack Snyder avait déclaré que « Man of steel » était un film sur les pères, « Batman v Superman » sur les mères et « Justice League » sur la famille. Il devient alors fascinant de voir que chacun de nos héros a une situation familiale compliquée. La structure sociale épanouissante devient alors une véritable famille où chacun se sent compris par les autres, partageant les mêmes doutes et blessures que ses amis. Et là, on peut revenir sur la lecture de Superman en tant que symbole d’espoir : cette dernière se verra redistribuée entre nos héros, relançant la croyance en un monde auparavant démuni. Dans un équilibre des choses, la scène post-générique annonce la création d’une ligue de méchants comme le chaos indissociable à l’apaisement.

D’un point de vue visuel, si l’on met de côté les quelques effets spéciaux extrêmement visibles, il faut souligner certains plans semblant tirés directement de comics par leur composition. Snyder avait déjà prouvé son respect au médium en replaçant la couverture de « The Dark Knight returns » dans « Batman v Superman » ou en recréant certaines cases de « Watchmen ». On retrouve également dans certaines séquences une forme d’ampleur grisante (quand elle n’est pas annulée par d’autres plans à l’impact mineur) mais aussi d’intimisme, comme lors du premier dialogue entre Barry Allen et son père ou le dialogue entre Lois et Clark dans le champs des Kent. Dans ces scènes, Snyder touche véritablement au cœur de son récit. Cela est sublimé involontairement par le fait qu’elles ressortent d’un long-métrage souffrant de l’absence de plusieurs plans vus durant la promotion ou d’une restructuration un peu trop appuyée de la part de la production. Néanmoins, par rapport à d’autres blockbusters acclamés malgré le creux qu’il s’en dégage, cette réunion des héros DC sur grand écran arrive à impacter le public au détour de ses quelques fulgurances visuelles (le générique, Flash rendant à Wonder Woman son épée, l’occasion de se rappeler que Snyder aime rendre hommage à certains courants picturaux dans ses œuvres).

Si « Justice League » est clairement imparfait et a des défauts certains (déjà abordés de bien meilleure manière que l’auteur de ces lignes), il est néanmoins loin de la purge annoncée par tous. C’est une oeuvre monstre, se dévorant elle-même dans sa quête d’ambition et de perfection blockbusteresque là où il aurait été plus judicieux de laisser les auteurs aux commandes disposer de plus de libertés et de compréhension durant la phase de production. Si le studio avait gardé la confiance aux personnes en place, peut-être aurions-nous eu droit au film de super-héros ultime. Ici, on a droit à une oeuvre bonne mais frustrante dans ce qu’elle accomplit peu ou pas. Cela donne quand même un certain attachement à ce « Justice League », fruit de cette pression sociale de certaines personnes en quête d’uniformisation artistique. Une fois que l’on cherche absolument à plaire à tous et à ressembler à ce qui est fait, il est dur de garder le cap. Essayons donc de nous rappeler que ce sont nos différences et nos particularités qui font l’intérêt de nos individualités et nous rendent uniques et passionnants…

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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