La perle et la coquille : un magnifique conte afghan

13/12/2017

Titre : La perle et la coquille

Auteur : Nadia Hashimi

Editions : Milady

Prix : 12,50€

Parution : 20 octobre 2017

Nombre de pages : 432 pages

Genre : Littérature contemporaine

Résumé : Résumé : Kaboul, 2007 : les Talibans font la loi dans les rues. Avec un père toxicomane et sans frère, Rahima et ses sœurs ne peuvent quitter la maison. Leur seul espoir réside dans la tradition des bacha posh, qui permettra à la jeune Rahima de se travestir jusqu'à ce qu'elle soit en âge de se marier. Elle jouit alors d'une liberté qui va la transformer à jamais, comme le fit, un siècle plus tôt, son ancêtre Shekiba. Les destinées de ces deux femmes se font écho, et permettent une exploration captivante de la condition féminine en Afghanistan.

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Tout d’abord, un grand merci au label Milady pour l’envoi de ce livre qui fut une très belle et agréable surprise.

 

Avec ce premier roman, Nadia Hashimi nous offre une double histoire forte, puissante, qui éveille les consciences. A travers le destin de deux héroïnes qui tour à tour prennent la parole, ce récit nous entraîne sur la pente raide de la condition de la femme en Afghanistan. Deux âges, deux époques, deux destins et pourtant le même constat : se battre pour obtenir une place d’être humain, de femme, dans la société masculine afghane.

Loin d’être un livre édificateur, La perle et la coquille se présente comme un ouvrage de fiction dont l’auteure parvient à faire passer un message avec autant de subtilité et de tension que n’importe quel discours politique ou féministe. Il y a d’un côté Rahima, enfant de 13 ans à Kaboul au 21e siècle, et de l’autre Shekiba, son ancêtre qui a vécu au même endroit un siècle plus tôt. L’une grandit dans une famille quasiment exclusivement féminine et est mariée de force très jeune. L’autre, un peu plus âgée, se retrouve sans famille, sans terre, sans droit.

Malgré le siècle qui les sépare, ces deux jeunes femmes vont connaître des moments extrêmement difficiles, si bien qu’un seul événement pourra calmer leurs tourments : être un garçon, mais seulement pour un temps. Nous découvrons ainsi un phénomène traditionnel en Afghanistan : les bacha posh. Rahima deviendra donc Rahim, afin de subvenir aux besoins de sa famille et de sa mère qui, malheureusement, ne mit au monde que des filles ; tandis que Shekiba deviendra Shekib, jeune garde au service du roi de Kaboul. Pour ces deux grands enfants, cette masculinité éphémère sonnera comme un vent de liberté, refusé aux femmes, mais qui ne durera qu’un temps… jusqu’au mariage.

Avec ces deux histoires qui s’alternent au fil des chapitres, Nadia Hashimi dresse une galerie de personnages tout en nuances – aussi bien les hommes que les femmes, dont le sexe sera déterminant des conditions de vie radicalement différentes pour chaque genre – et qui, à travers les situations et les comportements, sont aussi terrifiants qu’attachants.

Malgré l’épaisseur de ce roman, les événements se déroulent dans un espace temporel limité, si bien qu’on a l’impression qu’une jeune afghane peut vivre plusieurs vies dans une seule. Peu d’optimisme ressort de cette lecture quant à la condition de la femme, même si une faible lueur d’espoir naît, notamment grâce au travail de Rahima en dehors du domicile conjugal.

 

A travers ce roman tout en délicatesse et en intensité, Nadia Hashimi parvient à transmettre une image à la fois terrifiante et juste de la société afghane et plus particulièrement de la place de la femme au sein d’un monde gouverné par les hommes. Pendant plus de 400 pages, le lecteur est entraîné dans un monde rude, semé d’obstacles. Et une fois le conte achevé, on entend encore résonner les voix de ces femmes, émouvantes et puissantes. Un coup de cœur !

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Chroniqueuse littéraire, je suis tombée dans la marmite de livres étant petite. Libraire dans l’âme, attachée de presse dans la vraie vie, je m’attache à transmettre le grand secret de la vie éternelle : la lecture (et la pierre philosophale pour les plus chanceux) !
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One Comment

  1. Ce roman est une merveille et une réelle découverte pour moi ! Ton article relate avec justesse ce conte délicat et tragique.

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