Silent Hill : l'enfer, c'est les autres...

16/12/2017

3

Titre : Silent Hill

Réalisateur : Christophe Gans

Avec : Radha Mitchell, Sean Bean, Jodelle Ferland, ...

Genre : Horreur

Durée : 2h06

Nationalité : États-Unis

Sortie : 2006

Résumé : Rose est une mère perturbée par les terreurs nocturnes de sa fille Sharon à propos d’une mystérieuse ville du nom de Silent Hill. Alors qu’elle décide de s’y rendre, elle va devoir faire face à un véritable cauchemar sur Terre…

.

Les adaptations de jeux vidéo sur grand écran ont connu un sort assez varié. Si l'on se concentre régulièrement sur les fréquents ratages que l'on a pu avoir (au hasard, la saga Resident Evil), il y a eu néanmoins plusieurs réussites. On peut par exemple parler du « Warcraft » de Duncan Jones, restituant l'univers du jeu Blizzard avec un amour sincère tout en gardant la dualité des camps. Le film du jour garde cette même passion pour le médium original tout en le plongeant avec réussite dans un moule cinématographique.

Christophe Gans est un passionné de jeux vidéo ainsi qu’un esthète remarquable. Son engagement sur le projet « Silent Hill » ne pouvait donc qu’intriguer au vu de son style visuel inspiré et poussé. L’une des premières choses que l’on remarque est l’élégance des mouvements de caméra ainsi qu’une production design soignée dans les moindres détails. Silent Hill prend véritablement vie à l’écran et son bestiaire est mis en avant avec respect et fascination. La passion du metteur en scène pour le médium transcende donc l’écran.

L’horreur qui se dégage du film vient d’un rythme assez lent jouant essentiellement sur son ambiance et l’arrivée progressive de ses créatures. Les scènes dans la ville se calquent en trois parties : celles dans le monde « réel », celles dans le monde des « cendres » et celles dans le monde « cauchemar ». La gradation de ces scènes se fait de manière structurée, annonçant par exemple les horreurs à venir avec son alarme. La plongée se fait donc par étapes afin de mieux appréhender le spectateur dans son univers.

Pendant le tournage, il a été demandé à Gans de remettre un peu plus en avant le personnage du père, incarné par Sean Bean (Boromir dans « Le Seigneur des Anneaux »). Cet ajout a permis de donner un nouvel aspect au film. Le réalisateur français souhaitait ainsi mettre plus en avant ses personnages féminins. Si la présence de Christopher Da Silva fait ressortir du cauchemar de Silent Hill, cela souligne la dualité des univers des femmes et des hommes. Cela s’est retrouvé plusieurs fois dans le cinéma de Gans (on pense à sa version de « La Belle et la Bête »).

Cette dualité souligne l’aspect brisé de la structure familiale. Alors que celle-ci doit être un refuge, elle s’avère responsable de certains malheurs mais surtout victime des actes des autres. Rose et Sharon subissent les conséquences du cercle religieux de la ville et des blessures subies par Alessa. Les raisons de ses tourments sont d’ailleurs pertinentes dans la séparation des mondes masculin et féminin. La jeune fille est en effet traitée comme une sorcière parce qu’elle est née d’un père inconnu et l’on comprend qu’elle s’est également fait violer par le concierge de son école. Pour assurer la « cohérence » de la société, l’homme est essentiel d’un point de vue de l’image mais est raison de nombreux malheurs, qu’ils soient volontaires ou non. Absents ou présents, ils amènent le désespoir d’une manière ou d’une autre.

Mais ce reproche est essentiellement dû à la présence de la sphère religieuse dans la ville. Les habitants membres de la secte se retrouvent dans un purgatoire sans vie suite à leurs actes. Pire, ils n’ont même pas la capacité de se rendre compte de l’aspect néfaste de ceux-ci. Si l’église sert de refuge dans le passage dans le monde des cauchemars, c’est en son sein qu’elle regorge des véritables monstres de Silent Hill : des personnes aveuglées par leur foi au point de provoquer la mort de femmes déclarées comme sorcières car n’entrant pas dans leur cadre. Les exactions les plus abominables sont dès lors justifiées par une croyance sans remise en question. Or, sans cette interrogation sur le pourquoi de nos actions, chaque être est amené à provoquer le malheur.

Dans une Amérique encore profondément marquée par les attentats de 2001, « Silent Hill » ressort alors comme une œuvre horrifique réfléchissant sur l’horreur que peuvent amener aussi bien une foi forte et aveugle que les retombées d’actes créant le désespoir et la douleur. La violence s’y fait cyclique et sans autre conclusion qu’un schéma perpétuel ainsi que le chagrin de personnes normales, victimes malgré elles d’exactions plus grandes qu’elles. Les monstres sont en chacun de nous et il suffirait d’essayer de les dompter pour éviter des catastrophes à grande échelle…

.

3 I like it
0 I don't like it

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *