Pacific Rim : les émotions dans la machine

26/01/2018

Titre : Pacific Rim

Réalisateur : Guillermo Del Toro

Avec : Charlie Hunnam, Rinko Kikuchi, Idris Elba, Charlie Day, ...

Genre : Action, Science-fiction, Drame

Durée : 2h12

Nationalité : États-Unis

Sortie : 2013

Résumé : Pour combattre les kaiju, des créatures sorties d'une brèche interdimensionnelle près de la faille géologique au fond de l'océan Pacifique en août 2013, un nouveau genre d’arme a été conçu : des robots géants, appelés les jaeger, contrôlés en simultané par deux pilotes dont les esprits sont reliés par un pont neuronal.

Si les premiers modèles ont permis la victoire, les monstres reviennent plus forts et en 2020, les jaeger subissent une vague de revers. À la veille de la défaite, alors que le programme Jaeger vient d’être abandonné, en 2025, les forces qui défendent l’humanité n’ont d’autre choix que de se tourner vers deux héros improbables : Raleigh Becket, un ancien pilote encore traumatisé par la mort de son frère pendant un affrontement contre un kaiju, et Mako Mori, une recrue encore jamais allée sur le terrain, ayant perdu sa famille qui a été tuée par un kaiju.

Alors que son « Shape of water » arrive prochainement en salles, revenons sur un film de Guillermo Del Toro régulièrement dévalorisé : « Pacific Rim », sorti en 2013.

Nous l’avions déjà abordé dans notre critique sur le second « Hellboy », Guillermo Del Toro est passionné par les monstres en tous genres. Il est donc facile de comprendre pourquoi le réalisateur mexicain s’est laissé séduire par ce projet. Mais comme toujours, là où l’on aurait pu tomber sur un simple hommage aux Kaiji Eiga, Del Toro se réapproprie la matière pour y apporter une touche d’émotion sous ses habits de divertissement sincère mais simple.

Tout d’abord, les protagonistes profitent d’une écriture un peu plus poussée que celle de nombreux concurrents dans la catégorie du blockbuster. Cela passe d’abord par un univers cohérent et les conséquences qu’auront eues les Kaiju sur le monde dans une introduction appelant le spectateur à s’immerger dans la diégèse du film. Si l’on dévoile rapidement l’aspect marketing grotesque derrière les créatures, on est loin de négliger les dégâts commis par celles-ci, d’un point de vue aussi bien matériel qu’humain. C’est l’un des meilleurs points de « Pacific Rim », en comparaison notamment des « Transformers » : ne pas négliger les émotions des protagonistes. En effet, si les Kaiju laissent des traces sur l’environnement, ils créent des dommages mentaux chez nos héros.

Une idée passionnante du scénario est le « drift », le lien mental qui unit les pilotes lors de l’utilisation des Jaeger. Cet espace oblige les deux conducteurs à adopter une certaine intimité lors de leurs souvenirs et créer un lien émotionnel fort. On peut faire le lien de manière extra-diégétique avec la manière dont l’on ressent la perte de Raleigh, notamment dans un plan jouant sur le gigantisme de la situation ainsi que sur la détresse de notre héros (nous y reviendrons plus tard). Le pilotage des Jaeger peut donc être vu comme une manière pour nos héros de surmonter leur deuil en le partageant.

Cela se retrouve également dans la mise en scène de Del Toro, et notamment son jeu de couleurs. À la fin de la critique d’« Hellboy 2 », nous vous partagions la vidéo de Mr JustQuentin sur l’importance de celles-ci comme vecteurs d’émotions. Ici, Raleigh a un code couleur orangé tandis que Mako est souvent accompagnée de bleu. On peut constater qu’au fur et à mesure que leurs esprits fusionnent, leurs nuances font de même. C’est peut-être simple d’un certain point de vue mais Del Toro joue avec un instrument artistique basique pour faire partager au public l’évolution émotionnelle de ses protagonistes. Le metteur en scène de « Crimson Peak » peut ainsi être vu comme un peintre cinématographique pour sa manière d’agencer ses couleurs afin de transcender les sentiments sur grand écran.

Del Toro est également un excellent narrateur dans la façon d’agencer son histoire à la manière des contes. Lui qui a joué avec les codes de ceux-ci dans le remarquable « Labyrinthe de Pan » les retranscrit ici, une manière également de toucher un large public sans se l’aliéner. Un exemple parfait est le traumatisme de Mako vécu par Raleigh. Représentée enfant, notre héroïne se balade dans des décors apocalyptiques avec sa chaussure en main. La rougeur de celle-ci transforme l’objet en cœur, brisé par la situation qui est narrée. L’attaque du Kaiju qui s’ensuivra soulignera la nature de « monstres de contes de fées » de ces créatures.

Voilà de quoi rebondir sur un point important dans le cinéma de Del Toro : le rapport à l’échelle. Nous en avions parlé un peu dans notre critique d’« Hellboy 2 », mais « Pacific Rim » est l’exemple le plus concret dans la filmographie du mexicain. Ici, cela s’exprime dans une mise en scène jouant régulièrement sur la taille de ses belligérants. Et là où un Bay jouait la carte du robot dépassant le cadre dans son premier « Transformers », Del Toro garde une certaine lisibilité et profite des tailles pour quelques gags, quelques détails « badass » qui feront ravir l’enfant qui sommeille en nous, ou bien décupler la valeur des sentiments des protagonistes.

Car « Pacific Rim », derrière un verni de blockbuster popcornesque, est un drame sur le deuil qui ne peut se régler qu’avec du soutien et le partage. La mort est souvent présente dans le film, et ce jusque dans un climax étouffant par sa location. Si cela peut passer par un sacrifice héroïque ou par un instant de surprise au détour d’un combat, son issue est surtout inévitable. De quoi rappeler à nos héros l’urgence et le drame de la situation ainsi que l’importance de leur tâche.

Il y aurait tellement à dire sur le travail fourni sur ce « Pacific Rim », que ce soit dans son aspect visuel (production design magnifique jusqu’au moindre détail) ou narratif (il y a des nuances intéressantes dans la caractérisation des événements et des personnages) qu’un livre entier serait possible sur l’analyse de ce film. N’ayant malheureusement pas le temps ou l’espace d’aborder les nombreux trésors créatifs du récit, nous ne pouvons que vous recommander « Pacific Rim », sans aucun doute l’un des meilleurs blockbusters de ces dernières années. Le fait que sa suite se fera sans Del Toro et se vende sur une surenchère par rapport au premier montre l’inquiétude que les fans ont de voir cette possible saga se transformer en gloubi boulga numérique vide comme « Transformers ». En attendant de voir si cela se confirme, on se reverra ce « Pacific Rim » qui rappelle que, pour qu’une machine fonctionne, elle doit avoir un cœur…

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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