The Greatest Showman : réhabiliter le divertissement

29/01/2018

Titre : The Greatest Showman

Réalisateur : Michael Gracey

Avec : Hugh Jackman, Michelle Williams, Zac Efron, Zendaya, Rebecca Ferguson, ...

Genre : Comédie Musicale

Durée : 1h44

Nationalité : États-Unis

Sortie : 24 janvier 2018

Résumé : The Greatest Showman célèbre la naissance du show-business et l’émerveillement que l’on éprouve lorsque les rêves deviennent réalité. Inspirée par l’ambition et l’imagination de P.T Barnum, voici l’histoire d’un visionnaire parti de rien qui a créé un spectacle devenu un phénomène planétaire

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Qu’est-ce qu’un bon divertissement ? Voici une question qui mérite d’être posée quand on parle de cinéma. En effet, bien que l’on parle de septième art, beaucoup de spectateurs cherchent dans les films un refuge par rapport à leur quotidien. D’ailleurs, la définition donnée par Wikipédia parle d’amusement et de détournement de leurs préoccupations. Or, c’est comme cela que l’on vend actuellement les films : des échappatoires du réel, une heure et demi d’évasion dans un autre monde. Le cinéma est donc un art mais cet art peut toucher au spectaculaire et au renversant pour l’œil humain. Et si chacun y trouve son compte avec une opinion différente, on peut tous reconnaître que l’on cherche à être marqué par ce que l’on voit sur grand écran. C’est donc un domaine intéressant pour commencer à aborder « The greatest showman ».

Difficile en effet de ne pas y voir une métaphore du système cinématographique actuel, voire même de sa création en général. Le but de Barnum, en plus d’être pécunier, est de vendre du rêve à son public. Dès la chanson inaugurale, celui-ci semble s’adresser à nous :

Ladies and gents, this is the moment you’ve waited for
Mesdames et messieurs, voici le moment que vous attendiez
Been searching in the dark, your sweat soaking through the floor
Vous avez cherché dans le noir, votre sueur trempant le sol
And buried in your bones there’s an ache that you can’t ignore
Et au fond de vos os il y a une douleur que vous ne pouvez ignorer
Taking your breath, stealing your mind
Coupant votre souffle, vous faisant perdre la tête
And all that was real is left behind
Et tout ce qui était réel est laissé de côté
Don’t fight it, it’s coming for you, running at ya
Ne luttez pas, ça arrive, ça fonce vers vous
It’s only this moment, don’t care what comes after
C’est seulement maintenant, peu importe ce qui se passe après
Your fever dream, can’t you see it getting closer
Votre rêve fiévreux, ne le voyez-vous pas se rapprocher
Just surrender ’cause you feel the feeling taking over
Il suffit de se laisser aller parce que vous sentez la sensation prendre le dessus
It’s fire, it’s freedom, it’s flooding open
C’est un feu, c’est la liberté, ça inonde
It’s a preacher in the pulpit and you’ll find devotion
C’est un prêcheur sur sa chair, et vous trouverez la dévotion
There’s something breaking at the brick of every wall it’s holding I’ll let you now, so tell me do you wanna go?
Il y a quelque chose qui traverse les briques de chaque mur qu’il tient, je vous laisse maintenant, alors dites-moi voulez-vous y aller ? *

Comment ne pas voir dans ces paroles une demande aux spectateurs de se laisser abandonner et emporter par le film et son spectacle ? Cette destruction sommaire de quatrième mur peut sembler opportuniste et c’est un autre point intéressant à aborder au vu de la manière dont est dépeint notre héros.

Homme vivant chichement mais avec une grande ambition, Barnum n’hésite pas à jouer quelques tours aux banques pour pouvoir financer ses projets. Il admet même vendre du faux pour procurer de vrais sourires avec sa bande de laissés pour compte. Nous sommes donc face à un personnage d’escroc aimable comme on en a vu plusieurs fois sur grand écran. L’une de ses forces est l’investissement fourni par Hugh Jackman. L’acteur australien voit son rôle tout désigné pour lui, ce grand Showman aux multiples talents comme il l’a prouvé dans sa filmographie ou dans les cérémonies des Tonys. Il a donc de multiples occasions de divertir l’audience avec divers numéros de chant et de danse, volant la vedette à ses partenaires de jeux. Cela rentre également dans une certaine logique étant donné l’importance empathique accordée à Barnum, mettant en retrait les autres protagonistes. Cela ne veut pas dire qu’ils sont absents, et chacun arrive durant ses séquences à s’exprimer librement. On notera la prestation de Keala Settle en tant que femme à barbe et chanteuse principale de « This is me », gros morceau appelant à la fierté de ses différences.

Les chansons écrites par Benj Pasek et Justin Paul, reconnus pour leur travail sur « La La Land », disposent d’une force dans l’écriture et ce qu’importent ses circonstances. On y trouve une force lyrique que ce soit dans leur romantisme (A million dreams, Rewrite the stars) ou leur optimisme (Come alive, From now on). Leur construction mérite l’attention, notamment dans « The other side », négociation chantante réjouissante à la structure travaillée (un couplet pour Jackman, un pour Efron, le troisième atteignant la fusion). Difficile ainsi de ne pas sortir euphorique de la séance avec l’envie de chanter et danser, là où le morceau final de « La La Land » était plus mélancolique. Il sera difficile de ne pas faire les comparaisons entre les deux (sachant que la promotion en joue) mais les deux sont exactement opposés dans leur volonté. Là où Damien Chazelle appelait à la nostalgie en l’immergeant dans un réalisme contemporain, Michael Gracey incorpore avec l’aide du compositeur John Debney de la modernité dans un contexte passé. Si l’on continue à jouer à comparer les deux longs-métrages, on pourrait reprocher à Gracey une mise en scène moins inventive que celle de Chazelle. Ce serait ignorer plusieurs idées de réalisation touchant à un certain émerveillement rétro. Les chorégraphies font preuve d’un travail qui a dû être acharné et Gracey fait tout pour les mettre en avant. Cela serait du gâchis de vous dévoiler ces envolées visuelles, mais le film en compte assez pour en offrir pour son argent.

« En avoir pour son argent » est une expression qui colle à « The greatest Showman ». On dévalue souvent la notion de divertissement au cinéma en transformant ce terme de manière péjorative. Pourtant, si c’est le cas, c’est à cause de produits sans vie qui ne cherchent que la rentabilité financière. Certes, le film de Gracey cherche aussi cela, mais c’est le cas de toute production actuellement. Mais ici, au lieu que de subir du vent, on a droit à un spectacle euphorique appelant au respect envers les différences et à l’accomplissement de ses rêves tout en rappelant qu’il ne faut pas se laisser dévorer par ses ambitions en oubliant ceux que l’on aime. Le message pourra paraître simpliste, mais il est essentiel, encore de nos jours. Il est d’ailleurs représenté avec une certaine subtilité par instants. En prêtant attention aux paroles de « Never Enough », on peut voir dans le personnage de Jenny Lind une métaphore de l’arrivisme qui menace Barnum. La recherche d’amour de tous est louable en soi, mais le risque que notre orgueil nous dévore est des plus grands. La joie d’être aimé et de faire rêver est en soi déjà exceptionnelle et peu peuvent se targuer de la faire de manière durable.

Le terme divertissement, tant malmené au gré des années, n’équivaut pas à du spectaculaire creux. Ici, si l’on peut reprocher une certaine forme de clichés dans sa romance ou dans certains traitements ainsi que certains effets concernant les animaux, « The greatest showman » est loin de constituer une exhibition vide. Nous avons ainsi droit, comme mentionné plus tôt, à une envie de pousser le spectateur à l’accomplissement ainsi qu’aux comportements envers des personnes différentes physiquement. Si on ne bascule pas dans la cruauté d’un « Freaks », on aborde quand même le rejet envers une communauté, comme cela a toujours été le cas dans l’Histoire. L’unicité est pourtant une valeur qui se doit d’être défendue et d’être mise en avant à la face du monde. Certains pourraient parler du comportement de Barnum comme d’un abus de handicaps dans un but capitaliste. Nous verrions plutôt la confrontation d’une société envers ceux qu’elle considère comme des rebuts afin d’être mis en face de leurs talents et leur humanité. La différence est une vertu, pas un défaut, et elle se doit d’être cultivée en permanence.

Qu’importe votre opinion sur le vrai personnage, « The greatest showman » cherche à provoquer chez chacun de ses spectateurs une flamme qui illumine les yeux et brûle chacun d’une passion sincère. Plus encore, il rappelle que chacun peut accomplir ses rêves, aussi fous soient-ils, et que le divertissement est un terme qui doit être défendu et sauvé de la simple interprétation sans vie. Divertir, du moins réellement, est quelque chose de compliqué quand il s’agit de le faire avec amour pour éclairer le visage du public. Le mien a brillé dès que les lumières de la salle se sont rallumées. Est-ce que cela sera également le cas pour vous ?

*Paroles reprises sur le site La Coccinelle : https://www.lacoccinelle.net/1271958-the-greatest-show-ft-zendaya-keala-settle-zac-efron.html

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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