Elle s'appelle Ruby : qu'est-ce qu'une relation amoureuse ?

14/02/2018

Titre : Elle s'appelle Ruby

Réalisateur : Jonathan Dayton et Valerie Faris

Avec : Paul Dano, Zoé Kazan, Chris Messina, ...

Genre : Drame, Romance, Comédie

Durée : 1h44

Nationalité : États-Unis

Sortie : 2012

Résumé : Un jeune auteur à succès souffrant du syndrome de la page blanche décide d'écrire sur la femme idéale...

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Ah, l’amour ! Ce sentiment indescriptible au centre de tant d’histoires à travers les âges et les arts ! Et pourtant, si l’on aime aborder les relations amoureuses, on a du mal à raconter les difficultés de celles-ci de manière innovante. Voir comment Valérie Faris et Jonathan Dayton travaillent le couple à l’écran devient alors intéressant au vu de leur système de fonctionnement personnel.

L’idée de départ peut paraître assez simple, avec cet écrivain dont la création prend vie. Et pourtant, cela permet de mettre face à notre héros ses propres imperfections. L’une des scènes clés est son introduction à une conférence. Langdon Tharp (incarné par Steve Coogan) présente son histoire, permettant de comprendre la solitude et les doutes de Calvin (mis face à un succès trop tôt, perte du père). Son syndrome de la page blanche est donc palpable au vu de ses antécédents et sa crainte de décevoir les gens comme il se déçoit lui-même. Néanmoins, cela n’empêche pas le personnage de se comporter par moments de manière supérieure, le rendant encore plus faillible et donc humain.

La manière dont il va écrire Ruby reviendra alors à la création d’un fantasme en qui il va pouvoir se sentir bien et se débarrasser de ses frustrations personnelles. Celles-ci vont néanmoins se retourner contre lui et l’obliger à se confronter à ses soucis. On ne peut jamais éviter ses problèmes car ces derniers reviennent souvent se présenter à notre porte. Pourtant, Calvin essaie de faire ce qu’il peut pour échapper à son monde, sa famille et ses propres défauts. En tentant de réécrire Ruby et la manipuler, il va être obligé de se confronter à l’imperfection du monde. Rien n’ira jamais comme dans nos rêves, il faut donc savoir y faire face et profiter des bons points de notre existence.

La place de la rédaction et la littérature appuient cette évasion de Calvin face à la réalité. L’art est souvent vu comme une échappatoire aux problèmes. Mieux encore, certains artistes dépeignent dans leurs œuvres leurs doutes et permettent de s’affranchir de ceux-ci en les évacuant. Cela nous permet de se rappeler que la création peut être également un exutoire et tout aussi bien un moyen de partager nos histoires que de partager nos doutes afin de s’en soigner. Laisser nos erreurs et nos peurs nous dévorer de l’intérieur est inutile et n’amène qu’à l’autodestruction de l’être. En cela, créer se relève être encore plus essentiel à l’humain. Écrire s’apparente pour Calvin (comme pour beaucoup de personnes) à un besoin aussi primaire que respirer.

Par leur mise en scène, Dayton et Faris arrivent à sublimer la talentueuse Zoé Kazan à un niveau où elle touche à l’onirisme même. C’est d’ailleurs la seule à atteindre ce niveau d’irréalisme à l’image, ce qui est logique au vu de sa nature. Que ce soit dans « Little miss sunshine » ou leur dernier film « Battle of the sexes », les réalisateurs arrivent à ancrer leurs protagonistes dans un quotidien auquel on peut se raccrocher et en magnifiant les failles de leurs héros. C’est encore une fois ici le cas avec un Calvin n’hésitant pas à devenir monstrueux ou à se comporter de manière insensible. Ils ont une force humaniste crédible dans leur écriture, dans laquelle l’empathie n’est jamais feinte, tout en utilisant toutes les idées que peuvent amener leur point de départ scénaristique.

Pour revenir sur le mot « Empathie », c’est peut-être ce qui décrit le mieux le cinéma de Dayton et Faris. En effet, par les mésaventures de leurs héros, ils nous parlent directement et touchent à quelque chose de sensiblement intime qui nous accroche émotionnellement. C’est encore le cas ici, en montrant les hauts et les bas d’une histoire d’amour qui devrait être parfaite. Pourtant, c’est  son côté « unique » qui souligne la chute programmée de la relation et l’apprentissage de l’aspect ambivalent de celle-ci. Un couple se construit à deux, avec les qualités et les défauts de chacun. Ce ne sera jamais aussi parfait que dans les comédies romantiques mais tant que les étincelles continuent de briller dans les yeux, c’est ce qui compte.

« Elle s’appelle Ruby » est donc un film d’amour fait avec une passion sincère pour ses protagonistes et ses spectateurs par un couple de réalisateurs à la filmographie attachante. Si vous ne l’avez pas encore vu, c’est la bonne période pour se rattraper avec un titre aussi séduisant que l’être que nous portons dans notre cœur et dont le visionnage devrait faire battre la chamade au vôtre …

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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