The Crown saison 2- Une saison toujours aussi passionnante

01/02/2018

Titre : The Crown

Créée par : Peter Morgan

Avec : Claire Foy, Matt Smith, Vanessa Kirby, ...

Format : 54-61 minutes

Diffusion : Netflix

Genre : Biopic, Historique, Drame

Résumé : Cette deuxième saison traite davantage des histoires personnelles du couple royal et du duc d'Édimbourg, ainsi que de l'éducation du prince Charles. Elle aborde également la rencontre de la princesse Margaret avec Antony Armstrong-Jones et leur mariage, la crise du canal de Suez et la rencontre entre Jackie Kennedy et la reine.

Arrivée en fin d’année 2016, la série The Crown, produite par Netflix, qui ne cesse décidément pas de nous étonner, avait été une agréable surprise. Raconter le règne d’une monarque toujours en activité sous tous les aspects, à savoir public et intime (surtout intime) est une entreprise risquée, il faut le dire. Mais grâce à une mise en scène qui n’avait rien à envier aux productions cinématographiques hollywoodiennes et à des acteurs qui campaient plus vraisemblablement que nature les membres de cette vieille monarchie qu’est l’Angleterre, le pari fut gagnant. Après un an d’attente, il est temps pour la série de se confronter à la difficile marche de la 2ème saison et de faire mieux que la précédente afin que le charme opère toujours.

Souvenez-vous, nous avions laissé la jeune souveraine, consciente des défis qui l’attendaient, dans une situation plus ou moins apaisée, du moins en apparence. En plus d’une situation géopolitique et diplomatique instable et d’un nouveau ministre, la reine devait faire le grand écart entre une sœur toujours vieille fille en pleine déprime et un royal époux pas très à l’aise dans son rôle et qui ne savait plus quoi inventer pour se consoler de ne pas porter la culotte dans son couple public, pour contenter tout le monde. On redémarre donc fatalement en 1956 en pleine crise conjugale. Le prince Philip a encore fait une boulette, son besoin grandissant d’exister aux yeux du monde sans être derrière sa reine de femme le pousse à être distant avec elle. Toujours désireuse de lui faire plaisir et de le laisser souffler, Elisabeth envoie son époux en tournée. 5 mois en mer avec quelques obligations royales comme la visite du Commonwealth et l’ouverture des Jeux Olympiques en Australie à Melbourne devraient pouvoir aider Phillip à se sentir plus utile et libre. Sauf que le résultat n’est pas vraiment celui espéré.

Bien que l’on parle d’Histoire, l’écriture de la série ne tombe jamais dans le docu-fiction comme on pourrait le craindre pour un biopic, en mixant aspects soap opéra et drame historique. Elle s’attache à apporter une dose de rêve et de glamour avec de magnifiques décors intérieurs comme extérieurs, des toilettes raffinées qui siéent à l’époque. Les costumes royaux sont magnifiques, que ce soit les robes d’Elizabeth et Margaret, les tenues d’apparat de Philip où celles plus modernes qui annoncent l’entrée dans les années 60. Mais elle n’oublie pas de gratter le vernis pour nous présenter l’envers du décor et les drames qui s’y jouent. C’est vivant et passionnant à suivre, surtout pour un passionné d’Histoire comme moi, mais pour un non-initié la série va vous sembler traînée en longueur. Sous la houlette de Peter Morgan, la saison 2 poursuit sa traversée du règne d’Elisabeth, personnage public qui semble le passionner puisque c’est la deuxième fois qu’il la met en scène, mais en modifiant légèrement la structure et la narration. Les 10 épisodes, bien qu’unis dans la même temporalité, sont plus autonomes et thématiques.

La narration n’est plus aussi linéaire et se permet des sauts dans le temps, en usant de flash-back et autres outils d’écriture pour aborder un événement particulier du règne ou d’un personnage. La saison 1 se focalisait sur le cheminement physique et mental d’Elizabeth II vers le trône ; maintenant que madame est bien installée, la série s’intéresse à ceux qui gravitent autour d’elle. Ce sont les histoires personnelles qui dominent l’intrigue et laissent une petite place aux événements historiques. Tout le monde ou presque y a droit, des premiers ministres aux membres du personnel du palais tout en passant bien évidement par les membres de la famille. Alors bien évidemment, l’histoire d’Elisabeth Windsor est traitée avec le respect qui lui est dû. La série énonce les faits, apporte un point de vue mais ne critique jamais méchamment ou gratuitement la souveraine. Le résultat, c’est qu’on a plutôt envie de la plaindre d’avoir à charge un royaume, des ministres et une famille à problèmes. C’est donc un traitement juste mais bienveillant qui est proposé aux spectateurs.

Claire Foy est toujours aussi merveilleuse dans son rôle. Il nous sera difficile de la voir céder sa place pour les prochaines saisons à venir. Récompensée par un Golden Globe l’an dernier, elle nous épate toujours dans sa manière de s’approprier et de donner vie à cette reine. Cette fois-ci, elle nous propose une Elisabeth qui a fini de se construire un personnage et qui s’y tient. Un port majestueux, une maîtrise quasi parfaite de ses émotions et de sa parole. Cela ne l’empêche pas de vaciller : la souveraine est seule,  anxieuse et un peu coincée dans cette image de papier glacé. On la sent douter à chaque épisode sur ses choix.

Matt Smith n’est pas en reste dans son rôle de prince consort désabusé. Toujours aussi sarcastique, boudeur et insatiable pour sa royale épouse, mais pas pour nous spectateur. Le personnage est le véritable roi de cette saison, là ou Claire Foy brillait dans la première. On découvre d’autres facettes de Phillip, ses souffrances, ses désirs de reconnaissance mais aussi et surtout son enfance qui l’a durablement marqué. L’épisode qui met en avant sa relation complexe avec son fils est fort en émotion et en dit long sur le caractère revanchard du personnage, et annonce une saison 3 des plus alléchantes. C’est un personnage très attachant qu’on a envie aussi bien de blâmer que de réconforter.

Margaret fait un personnage secondaire intéressant à suivre. On pourrait parler des malheurs de Margaret, toujours aussi bien interprétée par Vanessa Kirby. Pas encore tout à fait la jet-setteuse que l’on connaît, le personnage est complètement perdu et essaye de sortir du gouffre de la déprime sans beaucoup de succès. La couronne, toujours représentée par sa sœur, contrecarre systématiquement ses plans, la néglige et ne sait plus quoi faire d’elle. Margaret, qui se voit toujours dans le rôle de l’éternelle seconde, celle de qui on n’attend rien et tout à la fois, tentera toutes les expériences possibles pour atteindre ce qui semble être pour elle le bonheur : fiançailles avortées avec un ami puis mariage avec un homme aux mœurs controversées dans l’espoir d’échapper au contrôle du palais, ce que l’on sait impossible. J’adore toujours autant ambiguïté de ses désirs avec cette folle envie de liberté mais sans renoncer à son train de vie et à ses privilèges. Sa liaison avec le photographe Antony Armstrong-Jones, joué par Matthew Goode, en dit long sur son état d’esprit.

Du côté des thématiques, il est toujours question de politique intérieure et extérieure, avec notamment le fossé qui se creuse entre des sujets qui évoluent dans leur temps et une aristocratie qui s’accroche à des principes et des traditions désuets et incompatibles dans l’état avec les réalités du 20ème siècle. Mais aussi dans une moindre mesure de l’impérialisme britannique et de son ingérence dans ses anciennes colonies. On assiste au sauvetage désespéré (et raté) de la mainmise anglaise avec l’affaire du canal de Suez, à l’entrée dans la Guerre Froide avec l’influence grandissante de l’URSS et des USA ou à la montée en puissance (relative) de dirigeants africains. J’ai particulièrement apprécié le basculement des rapports avec l’Afrique : là où la saison 1 montrait un respect unanime avec la visite du Kenya, elle montre l’émancipation et l’affirmation de ses anciennes colonies avec le Ghana. Tout est bon pour exister à l’international, même accorder une danse à un noir, chose impensable à l’époque. On savourera aussi l’ironie de la situation actuelle du Brexit lorsque la série parlera subtilement de la construction européenne et de l’entrée du pays dans le club de l’UE. Le seul problème avec ce traitement des événements géopolitiques, c’est que c’est parfois trop survolé.

On notera aussi la présence grandissante de la presse et les médias qui se multiplient et se diversifient, avec en plus des journaux et de la radio, l’arrivée dans tous les foyers de la télévision. Là où les médias pardonnaient tout à Elisabeth avec cette scène au Kenya où deux journalistes préfèrent se censurer pour ne pas compromettre l’image de la reine, ici ils ne laissent plus rien passer, en prenant de moins en moins de gants avec les petites affaires internes au palais. L’expression « pour vivre heureux vivons cachés » ne s’applique plus, car en plus de la difficulté pour le palais de gérer les scoops et scandales, il doit en plus s’adapter à une nouvelle forme de communication (la télé) et donc perdre en partie le contrôle de son image.

Mais la thématique la plus ambitieuse, c’est le discours sur les rapports hommes/femmes, et particulièrement sur la condition des femmes qui fait écho à notre propre actualité. La série est toujours habile dans sa manière de confronter la reine, qui représente en public des valeurs conservatrices et rigides, à un monde en pleine mutation, particulièrement avec les rencontres où elle fait face aux réalités des autres. Certaines sont plus frontales, comme celle de l’épouse du fidèle ami de Phillip, qui subit l’adultère et l’humiliation, ou celle avec Lord Altrincham, un journaliste qui ne supporte plus la rigidité de la communication de Buckingham et le fait savoir par voie de presse. D’autres sont plus diplomates, à l’image du Pasteur Graham qui remet en question les valeurs et la vision de la religion d’Elisabeth (le souverain de la GB est le chef spirituel du pays), sans oublier celles qui sont plus politiques avec les Kennedy et le président du Ghana, Kwame Nkrumah. Elisabeth est systématiquement mise en confrontation avec les autres et bousculée dans ses certitudes. En atteste la confrontation entre madame Jackie Kennedy et Elisabeth, qui en dit long sur l’image de la jeune femme et de son pays. Elle a beau être encore une jeune femme, elle n’en demeure pas moins une femme du passé et démodée d’un royaume vieillissant quand la première dame fait office de classe, raffinement et de glamour. Un cruel constat que montre très bien la série.

Au final, The Crown saison 2 se maintient dans ses objectifs. Avec sa mise en scène cinématographique, elle se renouvelle dans sa narration, aborde ses thématiques et ses personnages toujours avec intelligence et qui font écho aux spectateurs. On prend toujours autant plaisir à découvrir la vie intime et privée de la souveraine, même si elle n’est plus le centre de l’intrigue. Il sera difficile de dire au revoir aux acteurs Claire Foy, Matt Smith et Vanessa Kirby qui doivent laisser la place à d’autres interprètes, déjà annoncés pour la plupart, pour incarner leurs royaux sujets. La suite promet d’être aussi passionnante que les deux premières saisons, même si les histoires de Charles et Diana, ce n’est pas pour tout de suite.

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Hello !!! Moi c’est Greycie alias Satshy. Comme la plupart de mes camarades, je n’ai pas reçu non plus de lettre pour Poudlard mais les Vacances au Camps des sangs-mêlés dans le bungalow d’Athéna me semblaient plus attrayantes ^^
Enfant des années 90, née sous le signe du taureau et du mouton (calendrier lunaire), je suis du genre déterminée et espiègle. Etudiante en Master cinéma, je me définis comme une enthousiaste. Dès que j’ai une passion, je m’y livre à fond (cheval, cuisine, manga, Japon, voyage, danse classique, etc.), tout y passe depuis deux décennies. Je suis donc une touche à tout mais la passion qui accapare tout mon temps actuellement (et pour longtemps), c’est la littérature. Romance, fantasy, BD, contemporain, manga, historique, science-fiction, … Je lis, que dis-je, dévore de tout ; avec une nette préférence pour le genre dystopie et le young adult. Couplé avec le cinéma, c’est le combo gagnant pour s’évader vers d’autres horizons.
Mes bouquins préférés sont la saga « Percy Jackson » avec les « Héros de l’Olympe » de Rick Riordan ainsi que « Orgueil & préjugés » de Jane Austen. Côté séries, ce sont Once Upon a Time et Outlander et pour le 7ème art la Saga Star Wars et l’adaptation encore une fois de Orgueil et préjugés de 2005.
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