La fille qui n'existait pas - Une enquête palpitante

20/03/2018

Titre : La fille qui n'existait pas

Auteur : Natalie C. Anderson

Editions : Pocket Jeunesse

Prix : 17,90€

Parution : 1 mars 2018

Nombre de pages : 405 pages

Genre : Jeunesse, Young Adult, Thriller

Résumé : Tina ne vit pas, elle survit sur le toit d’un immeuble des bas-fonds de Sangui. Cambrioleuse la plus habile d’un gang kényan, elle ne pense qu’à une chose : venger sa mère assassinée par son ancien employeur, le nabab blanc M. Greyhill. L’occasion se présente enfin quand on lui demande de s’introduire dans la luxueuse villa de ce dernier. Prise sur le fait par Michael, le fils Greyhill avec lequel elle a grandi, Tina commence à douter. Submergés par les souvenirs de leur enfance, les deux jeunes gens décident de passer un marché… Entre les rues inquiétantes de Sangui et la guerre qui menace son village natal, Tina voit sa vengeance prendre un tournant qu’elle n’aurait jamais pu imaginer...

.

Rares sont les romans jeunesse qui traitent de sujets aussi complexes que la guerre et la violence qu’elle déverse sur les individus. Rares sont les Young Adult qui s’intéressent un tant soit peu à l’Afrique. Une Afrique loin des safaris et des plages pour touristes ou de la famine et de la pauvreté extrême. Ce sont les images auxquelles le public a l’habitude d’être confronté, mais ce ne sont que deux facettes de ce merveilleux continent, berceau de l’humanité qui regorge de mystères. Une Afrique aux mille visages, aux mille langages et aux mille histoires aussi tristes que joyeuses avec son lot de malheurs et de bonheurs. Souvent habituée aux histoires prenant place aux Etats-Unis, en Angleterre ou dans l’Hexagone, quand ce n’est pas dans un pays imaginaire et fantaisiste, l’Afrique reste une zone encore assez inexplorée par les auteurs de livres jeunesse, ou plus précisément Young Adult, alors qu’il y a tant à dire et à faire. Autant de peuples, de diversités, de traditions et de cultures, c’est autant d’histoires possibles à raconter.
Natalie C. Anderson a eu la chance de beaucoup voyager à travers le globe. De son Amérique natale, elle atterrit un jour au Kenya, pays ô combien fascinant du continent africain immortalisé par bon nombre de documentaires, ou encore par Hollywood dans « Out of Africa ». Pendant une décennie, sous la direction d’ONG et de l’ONU, elle s’est engagée auprès de réfugiés qui fuyaient les conflits. Elle a recueilli leurs paroles et partagé avec eux. De cette expérience est née l’envie de raconter une histoire, ayant pour terrain d’action le Kenya.

Tina n’est pas une fille comme les autres. C’est une survivante. Dans les rues de Sangui, ville kényane, cohabitent deux univers que tout oppose : le quartier des nababs blancs ou noirs et autres privilégiés, qui vivent reclus sous haute surveillance, et le reste de la ville, plus populaire terrain de jeux des gangs. Tina fait partie de cette deuxième catégorie : à seulement 16 ans, elle est un membre très respecté des Goondas et une voleuse hors pair. Aucune serrure, maison ou portefeuille ne lui résiste. Toute cette expérience dans le monde des gangs et des bas-fonds de la ville, elle l’a acquise dans l’unique but de venger sa défunte mère assassinée alors qu’elle n’était qu’une enfant. Pour la jeune fille, il n’y a pas de doute : le coupable est M. Greyhill, un industriel de la ville. Tina a patiemment préparé sa vengeance, elle lui promet de la boue, du fric et du sang. Quand l’occasion se présente enfin, Tina jubile, mais les choses dérapent quand un imprévu vient perturber ses plans. Elle est prise en flagrant délit par Michael, le fils de son ennemi, et accessoirement son ami d’enfance. La jeune pickpocket est contrainte et forcée de négocier avec ce dernier. Pour sauver sa peau et mener à bien sa vengeance, elle fait un marché avec le jeune homme, à savoir mener ensemble l’enquête pour résoudre le meurtre de sa mère. Alors convaincue de la culpabilité de l’industriel, Tina n’imagine pas le tournant que va prendre sa quête.

Pour une première œuvre littéraire, Natalie C. Anderson s’en sort très bien en nous proposant avant tout un livre très beau, que ce soit dans sa forme ou dans son contenu. La couverture est sublime et sort vraiment de l’ordinaire avec cette impression Wax ou Kanga très colorée et typique du continent qui habille la quatrième de couverture. Le récit n’est pas en reste avec l’incroyable histoire de Tina, qui nous embarque dans une aventure où se mêlent drame, suspens et enquête. Le récit est bien écrit et facile à appréhender pour un jeune lecteur malgré un contexte et des mœurs auxquelles il n’est pas habitué. Même si on ne s’ennuie jamais grâce à un rythme assez soutenu, du suspense et de la tension disséminée un peu partout, le livre n’entre pas pour autant dans la famille des page turner, en attestent certains passages qui auraient mérité plus d’approfondissement.

En plus d’être un livre jeunesse, le récit est aussi un thriller qui met en avant l’enquête menée par notre héroïne. D’abord en quête de vengeance, Tina se retrouve à chercher les preuves de la responsabilité de M. Greyhill dans la mort de sa mère, mais c’est bien plus qu’elle va trouver au cours de sa mésaventure, car la quête de justice se mue petit à petit en quête de vérité, et surtout d’identité. C’est l’atout fort de l’histoire, qui le fait basculer dans une dimension plus policière qu’aventurière. Le lecteur va de découverte en découverte au même rythme que notre héroïne. C’est loin d’être à la hauteur d’un Maxime Chattam, car si vous êtes malin et rompu à l’exercice du genre, vous devinerez aisément le fin mot de l’histoire. Mais cela reste de bonne facture pour passer un bon moment à se tourner les méninges pour percevoir un début de solution.

L’héroïne du roman, Tina, est un personnage très intéressant à suivre. Cela est en grande partie dû à sa douloureuse expérience de la vie entachée par les traumatismes ; celui lié à la guerre avec sa fuite de son pays natal, la République Démocratique du Congo (ex : Zaïre), et celui de l’assassinat de sa mère, qui l’ont conduite à devoir survivre dans les rues de Sangui au Kenya. Elle s’est donc forgé un caractère et une carapace pour survivre dans un environnement qui lui était hostile. Solitaire, provocatrice, déterminée et débrouillarde, Tina est un personnage qui ne manque pas de ressources. La jeune fille a la rage de vivre et soif de justice. Elle cultive sa colère et sa haine pour atteindre le but de sa vie : venger sa mère. Au fil de la lecture, elle partage avec le lecteur ses règles de vie qui lui ont permis de subsister et qu’elle suit à la lettre.

En plus de notre héroïne, d’autres personnages centraux à l’histoire viennent se greffer à l’aventure, en commençant par Michael. Michael est le fils de Roland Greyhill et l’ami d’enfance de Tina, c’est un personnage dont la fonction se résume à mettre des bâtons dans les roues de l’adolescente et qui ne cesse de remettre en question les accusations de Tina. Il est un peu naïf, et même si c’est un personnage que j’ai personnellement apprécié, j’ai regretté qu’il ne soit pas plus approfondi. Il y a aussi Skinny, l’acolyte nerd de Tina. Ce pro du piratage et accessoirement fan de mode partage en plus de son affiliation au gang des Goondas le même statut de réfugié et les mêmes origines que l’adolescente. C’est un personnage beaucoup plus secondaire mais qui a une importance non négligeable dans l’avancée de l’enquête. Le livre compte un bon nombre de personnages intrigants et parfois peu recommandables, à l’image des membres du gang des Goondas, liés de près ou de loin à l’affaire de Tina, que je préfère vous laisser découvrir par vous-mêmes mais qui font la force du récit puisqu’ils témoignent de la réalité de l’environnement où gravite notre personnage.

Car l’autre atout du livre de l’auteure, c’est le côté immersif qu’elle réussit à insuffler dans le texte. On plonge droit dans une Afrique riche et diversifiée grâce aux brassages culturels entre divers pays et langues locales de la région de l’Afrique de l’est. D’ailleurs, le livre est parsemé d’expressions en Swahili ou en Sheng. Les lieux ne sont pas en reste et renforcent aussi cette immersion. Elle nous dépeint une atmosphère citadine et cosmopolite aux couleurs du Kenya, entre les quartiers populaires de Sangui, chasse gardée des gangs en tous genres, et ceux plus résidentiels et huppés de la ville où vivent reclues les hautes personnalités de la ville. Une division des classes sociales commune aux villes africaines. Mais il y a aussi une Afrique plus rurale et isolée dans la forêt avec le village de Kasisi, où l’isolement des populations donne libre champ aux seigneurs de guerre et aux milices qui se disputent les ressources de la terre. Le livre est donc aussi un témoignage fort et poignant sur les souffrances d’une population qui subit la violence de la guerre et l’abandon des autorités gouvernementales. Une réalité sombre où la violence s’applique à tous les niveaux, :esclavage moderne, enrôlement de force dans les milices, corruption, viol et rapt sont le lot quotidien de ces hommes, mais surtout des femmes qui sont les victimes principales et silencieuses de cette violence.

Ce qui est appréciable avec cette histoire, c’est qu’elle nous sort de notre zone de confort et met le doigt sur une réalité difficile et insoutenable. On a beaucoup d’empathie pour Tina et on comprend son caractère et sa soif de vengeance, même si on ne l’excuse pas. Dans une actualité ponctuée par la question des migrants qui fuient des conflits armés au péril de leur vie et qui se retrouvent démunis en territoire inconnu, cette histoire a une résonance toute particulière. J’ai aussi aimé que l’auteure, en tant qu’occidentale, ne porte pas un regard paternaliste ou victimaire sur l’Afrique, mais qu’elle y montre toute la complexité de la région, sa richesse et ses ressources, mais surtout qu’elle se pose en transmetteur d’une parole : celle des gens qu’elle a rencontrés et qui lui ont inspiré cette histoire.

En conclusion, « La fille qui n’existait pas » est un bon livre qui réussit à associer aventure et thriller policier dans un cadre mettant à l’honneur l’Afrique et plus précisément la région de l’est. L’auteure Natalie C. Anderson, forte de son expérience au Kenya, réussit à nous embarquer dans son intrigue et à nous sensibiliser à la réalité du terrien en étant généreuse en détails sans pour autant tomber dans la surenchère. À travers le personnage de Tina et des autres, elle donne une voix et une visibilité à ces hommes et ces femmes du monde entier qui subissent la violence tout en se divertissant. Le livre est susceptible de faire l’objet d’une adaptation cinéma (information pas encore tout à fait confirmée). C’est un livre que je conseille vivement si vous souhaitez sortir de votre quotidien et de vos lectures habituelles.

.

Hello !!! Moi c’est Greycie alias Satshy. Comme la plupart de mes camarades, je n’ai pas reçu non plus de lettre pour Poudlard mais les Vacances au Camps des sangs-mêlés dans le bungalow d’Athéna me semblaient plus attrayantes ^^
Enfant des années 90, née sous le signe du taureau et du mouton (calendrier lunaire), je suis du genre déterminée et espiègle. Etudiante en Master cinéma, je me définis comme une enthousiaste. Dès que j’ai une passion, je m’y livre à fond (cheval, cuisine, manga, Japon, voyage, danse classique, etc.), tout y passe depuis deux décennies. Je suis donc une touche à tout mais la passion qui accapare tout mon temps actuellement (et pour longtemps), c’est la littérature. Romance, fantasy, BD, contemporain, manga, historique, science-fiction, … Je lis, que dis-je, dévore de tout ; avec une nette préférence pour le genre dystopie et le young adult. Couplé avec le cinéma, c’est le combo gagnant pour s’évader vers d’autres horizons.
Mes bouquins préférés sont la saga « Percy Jackson » avec les « Héros de l’Olympe » de Rick Riordan ainsi que « Orgueil & préjugés » de Jane Austen. Côté séries, ce sont Once Upon a Time et Outlander et pour le 7ème art la Saga Star Wars et l’adaptation encore une fois de Orgueil et préjugés de 2005.
1 I like it
0 I don't like it

One Comment

  1. Je l'avais déjà repéré et il me tentait bien, mais cette fois je suis convaincue!

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *