Ne dis rien à maman - Un récit poignant

05/03/2018

Titre : Ne dis rien à maman

Auteur : Sarah Preston

Editions : Archipoche

Prix : 5,80€

Parution : 3 janvier 2018

Nombre de pages : 158 pages

Genre : Récit, témoignage

Résumé : « Personne ne te croira. » À onze ans, Sarah est une petite fille sage, trop sage pour faire entendre sa voix. Bill est un ami de sa mère à qui elle est censée apporter un coup de main à la salle de jeu. Mais l'homme révèle très vite ses véritables intentions : semaine après semaine, il viole Sarah et la persuade de garder le silence. Le cauchemar de la petite fille semble déjà absolu quand, après le départ de sa mère du domicile familial, elle est sexuellement abusée par son père... Aujourd'hui adulte, Sarah témoigne de l'impunité des hommes et des méfaits du silence.

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Merci aux éditions Archipoche pour la découverte de cette histoire qui laisse à penser une fois le livre refermé.

 

« Ne dis rien à maman », tels sont les mots qu’on entend sortir de la bouche de Bill, cinquantenaire, ami des parents de Sarah dont il abuse sexuellement. On découvre les pensées, l’intimité de Sarah qui, tour à tour, subit la folie des hommes sans toutefois réussir à l’extérioriser. Quel privilège et quelle horreur à la fois de vivre cette « enfance brisée », de subir en même temps que cette petite fille de onze ans les violences sexuelles et psychologiques infligées par des adultes qui ont autorité sur elle et en abusent.

Présenté comme une histoire, ce livre prend un écho d’autant plus fort qu’il s’agit d’un récit, du témoignage de l’auteure elle-même. Car « Ne dis rien à maman » se lit comme on lirait un roman : grâce à une écriture fluide, des portraits de personnages fouillés et précis, et une bonne dynamique de narration, l’illusion se fait facilement.

Et la prise de conscience est d’autant plus forte : la jeune Sarah subit pendant quatre longues années les agressions sexuelles de Bill, puis celles de son père. Ce choix narratif aurait pu paraître extrême : faire subir à un personnage la même violence, les mêmes gestes, à deux reprises ? Cela remettrait certainement en cause la crédibilité de l’histoire. Sauf que cette histoire s’est réellement passée : Sarah Preston n’invente pas, elle témoigne. L’horreur de la réalité dépasse celle de la fiction, ce qui rend le récit d’autant plus fort et effrayant.

Loin d’émettre une leçon ou un cas de conscience à destination des adultes, l’auteure nous livre son histoire de façon simple, sans filtre, mais avec le recul dont elle manquait à l’époque. Le lecteur se fait alors témoin de la violence psychologique exercée sur cette petite fille de onze ans. A cheval entre le sortir de l’enfance et l’entrée dans la puberté, Sarah possède encore un corps de petite fille qui aurait dû le rester. Les gestes de Bill lui font prendre conscience des effets que peuvent avoir les femmes sur les hommes.

Mais Sarah sait qu’elle n’est pas encore une femme, elle sait que le comportement de Bill ne devrait pas avoir lieu sur une enfant. Et pourtant, elle garde le silence. Elle voudrait crier à l’aide pour se sortir de cette situation, mais n’y parvient pas. Elle y parviendra d’autant moins après que son père abuse à son tour d’elle, physiquement, mais aussi moralement en découvrant le secret de son ami Bill, sans toutefois le stopper ou le dénoncer.

Malgré tous ces obstacles, Sarah tente tant bien que mal de se construire. Malgré cette sexualité qui n’aurait pas dû arriver de cette manière, elle porte ce lourd fardeau sans pouvoir s’en délivrer, mais continue d’avancer. Elle grandit plus vite que les autres enfants, mais s’enferme un peu plus dans ce monde intérieur dangereux et malsain imposé par Bill. Jusqu’à ce qu’elle parvienne, après de nombreuses années, à s’en délivrer, sans l’aide des adultes.

 

Un récit poignant, effrayant et d’autant plus actuel aujourd’hui, pris dans cette vague de libération de la parole. Face à la violence des adultes, face à leur silence, comment une enfant brisée peut-elle se construire ? En témoignant pour que ces horreurs subies n’arrivent plus.

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Chroniqueuse littéraire, je suis tombée dans la marmite de livres étant petite. Libraire dans l’âme, attachée de presse dans la vraie vie, je m’attache à transmettre le grand secret de la vie éternelle : la lecture (et la pierre philosophale pour les plus chanceux) !
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