Nous les filles de nulle part – Un livre choc à mettre entre toutes les mains

11/03/2018

Titre : Nous les filles de nulle part

Auteur : Amy Reed

Editions : Albin Michel

Prix : 19,00 €

Parution : 28 février 2018

Nombre de pages : 544 pages

Genre : Young Adult

Résumé : Grace vient d'entrer au lycée de Prescott après avoir déménagé. Dans la chambre de sa nouvelle maison, elle découvre des mots griffés sur le mur : Aidez-moi. Tuez-moi, je suis déjà morte.
Ces mots, c'est Lucy qui les a tracés. Lucy, qui a accusé trois garçons de Prescott de l'avoir violée. Lucy, qui a été traitée de menteuse par le reste du lycée. Lucy, que la police n'a pas écoutée. Lucy, qui a fui la ville avec ses parents.
Très vite, Grace comprend que cette violence s'exerce à tous les niveaux dans la ville de Prescott : quand les joueurs de l'équipe de foot notent le physique des filles qui passent devant eux ; quand son amie Rosina doit éviter les avances des clients du restaurant où elle travaille ; et surtout sur le blog du moment, « Les vrais mecs de Prescott », dont la ligne éditoriale consiste principalement à considérer les femmes comme des objets.
Grace, Erin et Rosina sont décidées à agir, mais elles ne peuvent le faire seules.

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Je remercie les éditions Albin Michel pour l’envoi de ce livre. Son auteur ne m’était pas totalement inconnue, car même si je n’avais encore lu aucun de ses livres, l’un d’entre eux est dans ma PAL depuis un petit moment (Invincible). Mais ici, c’est surtout le résumé de l’histoire, clairement dans l’air du temps (qui est assez malheureux, il faut le dire), qui m’a convaincue de lire ce livre. Et quel livre, bon sang. Quel livre !

 

Je ne vais pas vous mentir : ce roman m’a pas mal retournée. Du coup je m’excuse d’avance pour cette chronique qui risque d’être un peu embrouillée, mais j’ai vraiment eu du mal à mettre de l’ordre dans mes idées, à mettre des mots sur mon ressenti, et surtout à rendre correctement justice à ce livre incroyable.

 

La première chose que j’ai à vous dire est celle-ci : foncez acheter ce livre. Et ne faites pas uniquement ça, d’ailleurs : conseillez-le également à toutes les personnes qui vous entourent, peu importe leur âge. Parce que ce dont on parle dans ce livre, et surtout la manière dont l’auteur a choisi d’aborder ces thèmes, se devrait d’être lu par le plus de monde possible.

 

Les trois personnages principaux sont Grace, Erin et Rosina, et les bases de la personnalité de chacune sont posées noir sur blanc dès les premières pages. Et rien qu’avec ça, on se rend compte qu’aucune d’entre elles n’a une vie facile.

On suit tout d’abord Grace, jeune fille en surpoids fraîchement arrivée en ville après avoir été contrainte de déménager suite à incident impliquant sa mère, qui est pasteur. Leur famille au complet a été rejetée du jour au lendemain par toute la communauté, Grace a perdu tous ses amis et doit pratiquement recommencer à zéro dans sa nouvelle ville. C’est certainement celle qui à mes yeux est dans la situation la « moins pire », et celle pour qui j’ai ressenti le moins de compassion à cause de tout l’aspect « religieux » propre à sa vie.

Nous avons ensuite Erin. Atteinte du syndrome d’Asperger, ce qui rend son quotidien difficile, ses interactions avec les autres sont certainement ce qui en est le plus affecté. Elle aussi a dû déménager suite à un incident impliquant un garçon. De plus, même si ses parents sont toujours ensemble et habitent dans la même maison, son père est pratiquement absent en permanence.

Enfin, reste Rosina, mexicaine, gay et fille aînée de famille nombreuse. Surtout, famille au fonctionnement traditionnel, voire patriarcal et même sexiste. Elle doit travailler dans le restaurant de son oncle, garder ses nombreux cousins et sa grand-mère vit avec elle et sa mère, et elle n’a en gros son mot à dire sur presque rien.

 

Et tout ce petit monde va se retrouver confronté, de façon frontale et brutale, à la violence physique et mentale qu’implique le viol. A la manière de Guillermo del Toro dans son magnifique film « The Shape of Water », Amy Reed met ici en avant des personnages principaux tous issus de minorités. Qu’il s’agisse d’une question de physique, de handicap ou d’orientation sexuelle, chacune des protagonistes peut être, d’une façon ou d’une autre, qualifiée d’outcast, d’outsider.

 

Grace, Erin et Rosina, ainsi que toutes les filles du lycée de Prescott, décident de se révolter face à toute l’injustice devant laquelle elles se retrouvent. Et autant c’est admirable de voir avec quelle force et quel courage elles défendent leurs convictions et leurs droits, autant c’est effarant de voir à quel point les figures d’autorité sont pour la plupart inutiles, pitoyables, laissent faire et parfois même font empirer les choses dans le simple but de servir ses propres intérêts. Je prendrai simplement l’exemple de la proviseure Slatterly, qui pour moi peut purement et simplement s’apparenter au personnage de Dolores Ombrage dans la saga Harry Potter. Vous voyez le genre ?

 

Dès les premières pages, le ton est donné : on est face à une ambiance lourde, pesante et on comprend rapidement dans quelle mesure le récit sera tout sauf une partie de plaisir. Les chapitres intitulés « Nous », qui mettent en scène des filles anonymes, sont intenses et souvent révoltants. Les chapitres intitulés « Les vrais mecs de Prescott », qui proposent des billets parus sur le blog du même nom, sont tout simplement horribles, et mettent réellement en colère.

 

Ainsi, certains passages sont très, très durs à lire et on oscille entre la tristesse, les larmes, le dégoût, l’envie de crier, de balancer le livre dans un mur… On est mis face aux faits et il est impossible d’y échapper, de se détourner, de prétendre. Et pourtant, la fierté qu’on ressent face aux actions des filles est également bien présente.

 

Ici une alliance, une « rébellion » se forme, les filles se regroupent toutes à la manière d’un #balancetonporc. Vous l’aurez compris : ce récit est particulièrement ancré dans la société d’aujourd’hui au vu des sujets abordés. De plus, certains débats qui ont lieu entre les filles devraient avoir lieu dans le monde réel, ce serait très constructif pour les jeunes de nos jours. En bref, ce récit est utile et édifiant.

 

Mais alors, pourquoi ce n’est pas un coup de cœur ? A cause de plusieurs « détails ». Tout d’abord, même si de manière générale j’ai apprécié la plume de l’auteur, je ne suis pas fan du choix de narration, qu’on pourrait qualifier d’« externe omnisciente ». On suit toutes les pensées et réflexions des personnages principaux sans pour autant être dans leur tête, et c’est assez perturbant, voire même dérangeant en ce qui me concerne. J’ai trouvé qu’il était moins facile de s’attacher à eux de cette manière, et c’est un peu dommage. De vrais points de vue internes auraient été plus appropriés selon moi.

Ensuite, j’ai trouvé que par moments, l’équilibre entre les « droits » des femmes et les « droits » des hommes était un peu délicat, disons même carrément qu’il n’y avait pas d’équilibre. Je m’explique. Je trouve que dans l’ensemble, le livre a tendance à poser toutes les femmes en victimes et tous les hommes en bourreaux, presque comme si leur sexe déterminait d’office leur statut de victime ou de bourreau. Or, tous les hommes ne sont pas des violeurs et toutes les femmes ne sont pas des victimes de viol, et je trouve que c’est quelque chose qui ne ressortait pas assez par moments, tout était soit tout blanc, soit tout noir.

Enfin, j’ai trouvé que la religion prenait trop de place dans l’histoire. C’est quelque chose que je n’aime pas en général, et que je n’aime pas non plus dans une lecture, et même si ça reste pertinent par rapport à l’histoire, ça m’a un peu gênée.

 

Vous l’aurez compris, malgré ces quelques détails, vous devez absolument lire ce livre. Je ne sais pas quoi vous dire de plus pour vous convaincre, à part qu’il est vraiment ancré dans le monde d’aujourd’hui et que c’est un récit NECESSAIRE. Pour ma part, je suis très curieuse de découvrir d’autres titres de l’auteur, afin de voir si elle est déjà parvenue à un tel degré d’intensité auparavant, ou si elle y arrivera dans le futur.

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Petite belge âgée de 25 ans, je passe mon temps à lire, aller au cinéma et regarder des séries. En tant que fan de Disney, je suis une enfant coincée dans un corps d’adulescente. Grande fan de l’art de Tim Burton et accro aux tatouages, j’aime tout ce qui sort de l’ordinaire. Je passe également les 3/4 de ma vie sur mon ordi, j’ai un petit tempérament de geek.
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