Gingo – Réflexion sur notre société et thèmes actuels, mais fin et personnages qui nous perdent

16/04/2018

Titre : Gingo

Auteur : Sarah Cohen-Scali

Editions : Gulf Stream

Prix : 17,50 €

Parution : 1er février 2018

Nombre de pages : 360 pages

Genre : Dystopie

Résumé : Un questionnement profond sur ce qui fait l’humanité en chaque être vivant

Le mur. Il sépare la Cité Bleue de la Cité Blanche, Smartcity, à la pointe de la technologie. Jade vit du côté bleu, là où le travail manque, où la vie est rude. Là où ses ancêtres ont un jour décidé de se déconnecter pour échapper à l’œil inquisiteur du Net. Elle doit ainsi se soumettre aux lois imposées par la Cité Blanche. Lui accordera-t-on ce qu’elle désire par-dessus tout ? Le droit d’avoir un enfant ? Accord refusé. Jade doit adopter. Or les Adoptés ne sont pas des enfants comme les autres. Ils sont difficiles à élever, à aimer. Ils servent avant tout d’objets d’étude pour les scientifiques de la Cité Blanche. Mais Jade parviendra à aimer Gingo comme son propre fils et de ce fait, elle conduira la Cité Bleue à la rébellion. À travers le combat d’une mère pour son fils, se dessine le portrait angoissant d’une société hyper connectée, assujettie à la suprématie des algorithmes et de l’Intelligence artificielle. Celle de demain ?

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Je remercie les éditions Gulf Stream pour l’envoi de ce livre. Plusieurs raisons ont fait que j’ai voulu lire Gingo. Tout d’abord, la collection dont il fait partie. En effet, la collection Électrogène me fascine, bien que je n’aie pour l’instant lu (et adoré) qu’un seul de ses titres, IRL d’Agnès Marot (d’ailleurs je vous parlerai bientôt de son nouveau roman, qui prend place dans le même univers). Ensuite, l’auteur, Sarah Cohen-Scali. Même si je ne l’ai pas encore lu, son précédent roman, Phobie, me tente énormément, et je me suis dit qu’en attendant, ce serait l’occasion de découvrir sa plume et son univers avec un autre titre. Enfin, il y a longtemps que je ne m’étais plus plongée dans une bonne dystopie, et au vu du résumé, je pensais ne pas me tromper avec ce livre. Et en effet, j’ai eu raison. Cependant, même si j’ai apprécié ma lecture, j’ai été trop déstabilisée par la fin de l’histoire pour que ma note dépasse les 3 étoiles.

 

J’ai tout d’abord été fascinée par l’univers mis en place par l’auteur, par ce parallèle flagrant avec la société dans laquelle nous vivons actuellement. Ce sont d’ailleurs les 100 premières pages du livre qui m’ont le plus emballée, puisqu’on y découvre le mode de vie hyper technologique des « Blancs » (les habitants de la Cité blanche), et à l’opposé la pauvreté et la misère qui constituent le quotidien des « Bleus » (les habitants de la Cité bleue).

Même si c’est certainement la plus détestable et la moins humaine des deux, et que c’est via celle-ci que l’auteur critique le plus notre société qui tend à être toujours plus hyper-technologique et hyper-connectée, c’est bien la Cité blanche qui m’a le plus accroché : intelligence artificielle implantée dans le cerveau, rapports sexuels à distance, bébés conçus de manière virtuelle, suppression de l’incertitude dans tous les domaines, … Le tout tellement réaliste qu’on en vient à avoir peur, parce que tout ça pourrait très bien être réel un jour !

On retrouve également bien l’aspect dictatorial et l’oppression d’une classe sociale par une autre, propres à la dystopie : les naissances des Bleus sont réglementées par les Blancs, seuls les Blancs ont accès librement à toutes les technologies, seuls les enfants des Blancs sont promis à de brillants avenirs, etc. Je ne veux pas trop vous en dire, mais j’ai trouvé les aspects purement dystopiques et technologiques fascinants.

 

Par contre, je n’ai réussi à m’attacher à aucun des personnages. Il semble que l’auteur elle-même ne tienne pas à eux, puisqu’ils ne sont tous présents qu’un temps dans l’histoire (même les personnages qu’on pensait principaux !), et qu’à aucun moment on n’est fixé sur ce qu’il advient de chacun d’entre eux à la fin. Je pense que l’auteur s’est tellement focalisée sur les deux Cités qu’elle en a quelque peu délaissé ses personnages… Même Gingo n’a pas réussi à me toucher. Au final, le seul personnage qui aura réussi à m’attendrir un tout petit peu, c’est le Dr. Monge, mais il est trop peu présent dans l’histoire pour que ce soit significatif.

 

Mais Gingo, c’est aussi une lecture très difficile, et au vu de l’accumulation d’événements de plus en plus sombres au fur et à mesure de l’avancement de l’histoire, on se demande réellement comment tout cela va finir…

 

Ce qui m’amène au principal reproche que je fais à l’auteur et à son histoire. Je dois dire que je me suis retrouvée dans un état bien spécifique à la fin de ma lecture : j’étais perdue. Je le suis encore un peu d’ailleurs. En effet, je ne vais pas vous mentir : j’ai été dérangée par la fin, et pire, je ne l’ai pas comprise. Si l’histoire de Sarah Cohen-Scali a le mérite de ne ressembler à aucune autre, on est en droit, ou du moins je me sens en droit de me poser cette question : au final, quelle est la morale de ce livre, quel message l’auteur a-t-elle voulu transmettre ? En ce qui me concerne, j’ai eu un ressenti assez désagréable au sortir de ma lecture : tout comme pour Captifs de Kevin Brooks, mais de manière largement plus modérée tout de même, j’ai eu l’impression de refermer un livre nihiliste, tout simplement. Et c’est assez malaisant comme sensation. Franchement, si ce n’était pas pour cette fin, j’aurais facilement attribué 4, voire 5 étoiles à ce livre. Mais j’ai été trop violemment bousculée par le dénouement, qui au final peut tout aussi bien s’apparenter à une fin ouverte et être synonyme d’une éventuelle suite… A vous de vous faire votre propre interprétation !

 

En somme, même si Gingo propose une vraie réflexion sur la société dans laquelle nous vivons et aborde des thèmes très actuels (intelligence artificielle, pouvoir de l’image et des médias, un mur pour séparer les uns des autres, etc.), le roman pêche par le traitement qu’il accorde à ses personnages et par sa fin, qui pour moi ne sont pas dignes du reste de l’histoire. Je vous conseille tout de même ce livre si vous aimez les dystopies, les histoires à la Black Mirror, mais si vous cherchez une lecture joyeuse, passez votre chemin. En ce qui me concerne, malgré ma déception liée aux personnages et à la fin de l’histoire, je suis curieuse de découvrir d’autres titres de l’auteur.

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Petite belge âgée de 25 ans, je passe plus de temps à lire, aller au cinéma et regarder des séries qu’à bosser mes cours. Egalement fan de Disney, je suis une enfant coincée dans un corps d’ado. Grande fan de l’art de Tim Burton et accro aux tatouages, j’aime tout ce qui sort de l’ordinaire. Je passe également les 3/4 de ma vie sur mon ordi, j’ai un petit tempérament de geek.
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2 Comments

  1. Moi qui ai vraiment adoré certains roman de l'auteur, je dois bien avouer que je comptais tenter ma chance avec celui-ci mais ton avis me met le doute... Je ne suis pas sûre que j'apprécierais une fin "nihiliste"!
    En revanche si tu as aimé sa plume, je te conseille vivement Max qui est un roman vraiment poignant!

    • Je te le conseillerais quand même :) Malgré les défauts cités, ça reste une bonne histoire, originale, avec des idées bien trouvées. En plus, je pense avoir (finalement) compris la fin, même si pour le coup je n'ai pas trouvé ça très crédible =/ Après c'est peut-être exagéré de dire que c'est une fin nihiliste, mais cette fin n'est pas joyeuse et signe d'espoir pour autant non plus =/ Je te conseille de quand même te faire ton propre avis sur le livre, ce serait intéressant de pouvoir en discuter après :) Et oui j'ai l'intention de me pencher sur ses autres romans, pourquoi pas Max ;)

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