Mektoub my love, canto uno : le nouveau Abdellatif Kechiche

07/04/2018

Titre : Mektoub My Love : Canto Uno

Réalisateur : Abellatif Kechiche

Avec : Shaïn Boumedine, Ophélie Bau, Salim Kechiouche, Lou Luttiau, Alexia Chardard, Hafsia Herzi, ...

Genre : Drame, Romance

Durée : 2h55

Nationalité : Français

Sortie : 21 mars 2018

Résumé : Sète, 1994. Amin, apprenti scénariste installé à Paris, retourne un été dans sa ville natale, pour retrouver famille et amis d’enfance. Accompagné de son cousin Tony et de sa meilleure amie Ophélie, Amin passe son temps entre le restaurant de spécialités tunisiennes tenu par ses parents, les bars de quartier et la plage fréquentée par les filles en vacances. Fasciné par les nombreuses figures féminines qui l’entourent, Amin reste en retrait et contemple ces sirènes de l’été, contrairement à son cousin qui se jette dans l’ivresse des corps. Mais quand vient le temps d’aimer, seul le destin - le mektoub - peut décider.

Mektoub My Love : Canto Uno, c’est la nouvelle oeuvre qu’a bien voulu partager avec nous Abdellatif Kechiche. Si vous vous demandez qui est ce réalisateur, rappelez-vous : nous lui devons La Vie d’Adèle qui a révélé Adèle Exarchopoulos au monde avec toute la jolie carrière que nous lui connaissons aujourd’hui et qui a suivi l’après Abdellatif Kechiche. Elle n’est pas la seule puisque déjà, il y a 15 ans, l’actrice Sara Forestier avait été révélée par ses soins dans le film L’Esquive, et c’est bien ce qui fait la force de ce grand réalisateur : il n’hésite pas à faire appel à des acteurs complètement inconnus pour les faire émerger au travers de sa caméra. Et Mektoub My Love ne déroge pas à cette règle. 

De gauche à droite ci-dessus, Lou Lettiau (qui interprète Céline), Shaïn Boumedine (qui est Amin, le héros) et Ophélie Bau (qui interprète Ophélie) sont tous les trois des têtes complètement inconnues du cinéma français. Et pourtant… ce sont tous les trois des révélations. Ce sont de très très très bons acteurs et je dirais même plus : ils ne donnent carrément pas l’impression de jouer. On dirait qu’Abellatif Kechiche s’est amusé à filmer les vacances d’un groupe de personnes à un temps donné. On a littéralement l’impression de s’immiscer dans l’intimité d’Amin, Céline, Ophélie et les autres. Ce sentiment est renforcé par l’absence de musique de fond lors des dialogues. C’est l’une des caractéristiques du cinéma de Kechiche et c’est d’ailleurs ce qui fait son talent : les scènes sont d’un réalisme époustouflant. 

Si Shaïn Boumedine est un Amin captivant, qui ressemble à nous public (il semble observer toutes ces scènes d’un oeil extérieur sans jamais vraiment se mêler) et qui nous touche, c’est Ophélie Bau qui tire son épingle du jeu. Elle est sublime tant par son jeu que par son physique. Comme les autres, elle donne l’impression de ne pas jouer et d’être son personnage (qui – ô surprise – comme Adèle Exarchopoulos dans La Vie d’Adèle, porte le même prénom qu’elle). D’ailleurs, je lui trouve des airs de ressemblances et le même sourire que l’actrice américaine Shailene Woodley (Divergente, Big Little Lies). Je pense que c’est une actrice qui connaîtra le même succès et le même avenir qu’Adèle Exarchopoulos. D’ailleurs, j’ai remarqué que déjà, les médias commencent à lui prêter la même attention qu’ils avaient prêtée à l’actrice précédente de Kechiche. Vu son talent, c’est amplement mérité. Une star est née.

Et forcément, quand on a une actrice aussi belle qu’Ophélie Bau, on souhaite en jouer. Un peu trop dans le cas d’Abdellatif Kechiche… Ce n’est pas un secret : le réalisateur aime le nu (et le cul). Je pense que tout le monde se souvient de cette scène malaisante (pour le public comme pour les actrices qui l’ont jouée et qui l’ont avoué plus tard) dans La Vie d’Adèle où Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux jouent une scène de sexe longue de 5 minutes. Dit comme ça, ça ne semble pas long. Mais dans un film, croyez-moi, c’est très long. Très très long. Et Mektoub My Love ne déroge pas à cette règle. Le film commence immédiatement par une scène de sexe. Une scène interminable et très gênante sachant que le film vient de commencer et qu’on est surpris immédiatement par ça. Et si vous connaissez un peu le réalisateur, vous pouvez imaginer : on voit tout… Forcément, des petits rires et des chuchotements gênés se sont élevés dans la salle. Ça annonce la couleur.

Et en effet, tout au long du film, nous avions des zooms sur les seins et les fesses des actrices qui étaient souvent en petite tenue. Néanmoins, ce que j’aime chez Kechiche, c’est qu’il met toujours en avant des corps « normaux ». Ses acteurs et ses actrices ne sont pas hyper bien foutus : ils sont comme monsieur et madame tout le monde avec des bourrelets, des culottes de cheval, des grosses fesses comme pas de fesses du tout, des bides à bières pour les messieurs et ainsi de suite. On est loin des stéréotypes Hollywoodiens et c’est tant mieux parce que personnellement, ça a tendance à me complexer autrement. J’aime voir des gens qui me ressemblent et à qui je peux m’identifier. C’est carrément possible dans Mektoub My Love.

Mektoub My Love est un joli conte qui suit une famille, des amis, durant un été dans la ville de Sète. Ce sont beaucoup de commérages, des histoires de famille, des histoires de sexe aussi, de fêtes et d’alcool qui coule à flot. Mais on embarque assez facilement dedans et on se laisse emporter par la vie de ces personnages tous aussi attachants les uns que les autres et à leur manière. On a l’impression de les connaître ou de reconnaître des amis ou de la famille à soi. Cette joyeuse petite bande, qui en réalité cache des secrets et des mal-être, est fascinante et on se prend à vouloir en faire partie. On comprend aussi que le film est peut-être une sorte d’autobiographie. En effet, Amin est un jeune homme d’origine tunisienne (comme Abdellatif Kechiche), qui est monté à Paris pour réaliser son rêve (comme Abdellatif Kechiche). Il souhaite devenir réalisateur de films (comme Abdellatif Kechiche) et il a écrit ses premiers scénarios qu’il essaye de vendre à des productions : encore une fois, Abdellatif Kechiche a fait exactement la même chose dans… les années 90 ! Piqûre de rappel : Mektoub My Love se passe en 1994… 

Jusqu’ici, j’ai vanté les qualités de ce film qui est très bon. Cependant, il a également quelques défauts qui passent difficilement inaperçus. Tout d’abord, il est très long. Il dure presque 3 heures mais ce n’est pas réellement le problème. Beaucoup de films durent également aussi longtemps mais pour certains, on ne voit même pas le temps passer. Ça n’a pas été le cas pour Mektoub My Love. Le film traîne et fait beaucoup de longueurs. Il y a beaucoup de moments qui sont très ennuyants. Dans la salle de cinéma (UGC La Défense), plus d’une dizaine de personnes ont quitté le film avant la fin. Et je n’exagère pas du tout. Personnellement, la scène de naissance de brebis m’a particulièrement fait bailler. J’ai d’ailleurs commencé à écrire cette chronique sur mon téléphone à ce moment-là. La scène suivante en boîte de nuit est aussi à mourir d’ennui et est beaucoup trop longue. Elle est même inutile. On dirait une excuse de Kechiche pour mater ses actrices en petite tenue en train de se déhancher de façon suggestive. 

En plus de cela, il y a des erreurs surprenantes venant d’un réalisateur de la trempe d’Abdellatif Kechiche. Par exemple, dans une scène, l’un des personnages, Céline (Lou Lettiau), porte du vernis rouge sur ses ongles. Dans la coupe suivante, elle n’en a plus. Pareil, dans une autre scène, Amin (Shaïn Boumédine) et Ophélie (Ophélie Bau) sont allongés sur la plage et discutent. Ils sortent de la mer et Ophélie est encore trempée. Or, selon l’angle sous lequel elle est filmée, elle a soit des gouttes sur le corps, soit elle est complètement sèche. Étant donné que les deux angles alternent plusieurs fois durant la scène, ça m’a beaucoup perturbée. Certes, ce n’est qu’un détail mais quand on le remarque, on ne peut pas s’empêcher de rester concentré dessus. 

Enfin, il y a quelques détails par rapport à la temporalité qui m’ont gênée. N’oublions pas que le film se passe en 1994. Pourtant, dès les premières minutes, j’ai remarqué quelque chose qui n’allait pas dans ce sens. Dans les premières minutes, je l’ai dit, il y a une scène de sexe incluant Ophélie. Ophélie se rhabille et commence par enfiler ses sous-vêtements. Le sang de la « shopaholic » en moi n’a fait qu’un tour : j’ai immédiatement reconnu la marque de ceux-ci. C’étaient des Undiz de… 2016. Ensuite, un peu plus tard dans le film, Amin dit « Excuse-moi, j’ai buggé ». Pour le coup, c’est moi qui ai buggé. Certes, les ordinateurs existaient déjà à ce moment-là mais peu de personnes en possédaient un. Et d’ailleurs, Amin n’en a pas puisqu’on le voit taper ses scénarios sur une machine à écrire. Du coup, je voyais mal des jeunes de 20 ans déjà utiliser ce mot qui est quand même assez récent : on ne l’utilisait même pas quand on était au collège il y a 10-15 ans alors en 1994… Et enfin, dans les scènes qui se passent en boîte, Ophélie fait du booty shake. D’accord, cette danse existe depuis très longtemps mais elle existait au sein des communautés africaines et Afro-américaines. Cette manière suggestive de bouger son derrière a explosé surtout dans les années 2000 grâce aux Beyoncé, Rihanna et autre Nicki Minaj. Maintenant, communautés noires comme blanches comme asiatiques la pratiquent. Encore une fois, ça m’a perturbée parce que je ne comprenais pas comment une jeune femme de 20 ans, fermière, qui n’a jamais quitté son petit village du sud de la France où il n’y a pas un(e) seul(e) noir(e) pouvait connaître cette danse et la faire en 1994. D’ailleurs, elle racontait même ce moment gênant où, dans un restaurant, sa grand-mère interrogeait un homme noir sur ses origines tellement ils n’en voyaient jamais (« tu viens d’où ? D’accord mais et tes parents ? Et comment ils sont venus en France ? En bateau ? »).

En conclusion, je dirais que Mektoub My Love : Canto Uno est un très bon Abdellatif Kechiche. C’est un film à la hauteur de son talent et un fabuleux conte familial franco-tunisien. Cependant, il n’atteint pas la perfection, ce qu’il aurait pu faire s’il n’avait pas été aussi long et aussi concentré sur la plastique de ses actrices, ce qui virait parfois au malaise et à l’ennui.  

.

Passionnée par les sushis, j’ai appris à maîtriser cet art en regardant mes séries télé préférées. Entre deux makis, je m’intéresse aussi à l’univers d’Harry Potter, de Disney, au cinéma et à la photographie. Sinon, est-ce que je vous ai dit que j’aimais les sushis ?
3 I like it
0 I don't like it

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *