Un raccourci dans le temps, une adaptation pas très claire

05/04/2018

Titre : Un raccourci dans le temps

Réalisateur : Ava DuVernay

Avec : Storm Reid, Oprah Winfrey, Reese Witherspoon, Levi Miller, Deric McCabe, Mindy Kaling, ...

Genre : Fantastique, Famille

Durée : 1h50

Nationalité : Américain

Sortie : 14 mars 2018

Résumé : Comme la plupart des collégiens, Meg Murry manque d’assurance et tente de trouver sa place. Très intelligente (ses parents sont des scientifiques mondialement connus), elle possède - tout comme son petit frère Charles Wallace - un don rare qu’elle ne n’a pas encore exploité. La disparition inexpliquée de son père va l’amener à faire la connaissance de trois guides – Mme Quidam, Mme Qui, Mme Quiproquo– venues sur Terre pour l’aider à le retrouver. Accompagnés de Calvin, un camarade de classe, ils trouvent au cours de leur quête un raccourci spatio-temporel les entraînant vers des mondes insoupçonnés sur lesquels règne un personnage maléfique…

La compagnie de divertissement de la plus célèbre des souris ne connaît pas la crise. Il ne se passe pas une année ou même une saison sans qu’un film signé Disney ne sorte sur grand écran. Depuis un certain temps, la firme Disney est dans l’air du live-action. L’entreprise du rêve passe son temps à mettre en images réelles ses anciens chefs-d’œuvre d’animation pour le bonheur des fans et (le malheur d’autres). Et quand elle ne s’amuse pas à cela, elle produit des suites, des remakes ou des reboots d’anciens films (Le retour de Mary Poppins, Avengers 3, Solo : A Star Wars Story). C’est clair que l’originalité n’est pas la priorité du moment. Pourtant, parfois elle ose. On a connu les heures de gloire de Pirates des Caraïbes comme les échecs de Tron ou John Carter qui n’ont pas trouvé leur public. Aujourd’hui, on est en droit de se demander si Disney, le studio le plus puissant d’Hollywood (si puissant qu’il avalerait tout ce qui se trouve sur son chemin), peut encore à la fois faire preuve d’originalité et avoir un succès à la clé. C’est ce que le studio a tenté de faire avec son nouveau film « Un raccourci dans le temps ».

Pour la critique que je m’apprête à vous livrer, je n’ai pas pris de raccourci. Bien au contraire, j’ai pris le temps de digérer ce que Disney me présentait comme une folle aventure dans un multivers en compagnie d’une héroïne qui devait me parler et chez qui je devais me reconnaître. Au vu de la bande-annonce, des personnages fantasques et du style visuel du film, je dois avouer que le cœur n’y était pas, mais j’avais envie de laisser une chance au film d’Ava DuVernay, j’avais envie de me tromper comme souvent et d’être complètement sous le charme à la fin de cette séance. Malheureusement, ce ne fut pas le cas. Alors j’ai voulu laisser le temps faire son œuvre, et après réflexion, j’en suis venue à la conclusion suivante : je n’ai pas aimé ce film.

Le premier problème que rencontre le film, c’est la méconnaissance du public de l’œuvre dont il est adapté. Si outre-Manche et atlantique le livre Un raccourci dans le temps (A Wrinkle in Time) de Madeleine L’Engle, publié en 1962, a su séduire son public en son temps et est devenu un classique de la littérature pour enfants au même titre que Le Monde de NarniaLe Seigneur des Anneaux ou encore Harry Potter, ce n’est pas le cas dans l’Hexagone, où la mayonnaise n’a jamais pris. Le second handicap du film, c’est sa promo et le marketing qui l’entoure. Bien qu’annoncé depuis des mois, le film est passé inaperçu à sa sortie le mois dernier. Un fait étonnant quand on sait comment la machine Disney vend ses films, la promotion y étant très agressive. Mais là, comme pour le Voyage d’Arlo, elle s’est faite plutôt discrète, comme si la firme de divertissement ne croyait pas en son projet. Ces deux premiers points, bien qu’intéressants, ne peuvent expliquer à eux seuls l’échec du film.

L’histoire suit la jeune Meg, une adolescente de 13 ans, un peu mal dans sa peau. Elle et son jeune frère Charles Wallace sont les enfants de deux grands scientifiques et ont tout naturellement hérité d’un profond intérêt pour les sciences, particulièrement le benjamin qui est très précoce pour son âge. Malheureusement, le Dr. Alex Murry, leur père, a mystérieusement disparu, laissant la petite famille livrée à elle-même et sans nouvelles. À la suite d’une rencontre étrange, Meg va rentrer en contact avec trois drôles de dames aux pouvoirs extraordinaires et aux prénoms intrigants. Elle finit par comprendre que la disparition de son père a un lien direct avec ses recherches sur le tesseract. Bien malgré elle et méfiante, la jeune fille se laisse guider par les trois femmes. En compagnie de son intrépide petit frère et d’un certain Calvin, ils vont partir à la découverte de divers mondes en voyageant dans l’espace-temps pour tenter de retrouver le Dr. Murry.

Au vu du résumé de l’histoire, Un raccourci dans le temps avait tout pour marcher : de l’action, de la science-fiction, de bonnes thématiques et des personnages hauts en couleurs campés par un casting ambitieux. Sans oublier le choix très calculé de Disney pour adapter le célèbre roman de Madeleine L’Engle, qui s’est tourné vers Ava DuVernay, une réalisatrice afro-américaine en pleine ascension à Hollywood après le très remarqué Selma qui lui a valu une nomination aux Golden Globes. Tout était en place pour du grand spectacle, mais c’est oublier qu’on a affaire à Disney, un studio qui n’hésite pas à changer de réalisateur quand celui-ci ne répond pas au cahier des charges. Avant de revenir à DuVernay, le projet est passé de mains en mains, et cela se ressent dans le produit final. Ava DuVernay est plus connue pour des films dramatiques, sociaux et engagés que pour le divertissement. Difficile de l’imaginer dans le fantastique et la fantaisie de l’univers Disney, mais pas impossible. Au final, on ne retrouve pas, ou alors très peu la singularité de son travail, ce qui donne le sentiment qu’elle a été placée là pour des raisons d’image (le côté progressif et ouvert qu’elle représente) plus que pour son travail.

Si la patte de la réalisatrice n’est pas perceptive, on ne peut pas en dire autant du message que le film cherche à faire passer. Ce dernier est totalement noyé dans ce que Disney fait de mieux : du spectaculaire, des effets visuels et de la couleur partout. Du film, on ne retiendra que la mise en scène plaisante mais déjà vue qui laisse de côté ses personnages et leur quête identitaire. Le film est censé être un récit d’aventures initiatique, mais à la place c’est une débauche d’effets techniques, le tout agrémenté de musique pop commerciale. En bref, tout ce que le livre ne pouvait montrer à l’écran à l’époque faute de technologie a été fait dans cette adaptation. Et c’est ça le problème, l’utilisation à outrance du fameux fond vert qui permet des merveilles aussi bien visuellement que financièrement, mais qui ne fait plus illusion et ne nous immerge plus dans l’action. On n’y croit plus.

Pour ce qui est de l’intrigue et du scénario, je suis perplexe. On ne sait pas à qui s’adresse le film. Soit il a un message trop complexe pour le jeune public, soit il a un fil narratif trop adolescent pour les adultes. Et puis surtout, on ne sait pas trop ce que le film tente de raconter et où son univers veut nous entraîner. Univers qui se résume à 3 planètes et qui n’est pas suffisamment exploité pour réellement les distinguer les unes des autres. On peut résumer le récit à l’évolution de son héroïne qui, par sa quête, va faire la paix avec elle-même, retrouver son père et arrêter de se fermer au monde (surtout à Calvin), laissant de côté d’autres situations que le film a mis en place au début (le personnel enseignant, les gamines du collège qui la harcelaient par exemple). S’il y a un sous-texte (et je suis sûre qu’il y en a un), je le cherche encore, mais il faut reconnaître que le film aborde certaines thématiques mais soit il n’en dit pas assez, soit il part trop loin. Je dois même avouer que la charge émotionnelle véhiculée par le film est si pauvre qu’on a du mal à avoir de l’empathie pour notre héroïne.

Du côté des personnages, il y a de bonnes initiatives. Dans leur démarche d’adaptation, la réalisatrice et la scénariste ont actualisé le récit qui se déroulait dans les années 70 en le rendant contemporain au nôtre. Le choix de l’héroïne s’est donc porté sur une Afro-américaine, issue d’un métissage, ce qui est en adéquation avec l’Amérique d’aujourd’hui. Le film représente une grande partie des minorités, et ce de manière crédible. DuVernay s’est beaucoup investie dans la composition du personnage de Meg, adolescente qui n’a plus foi en rien et qui a du mal à faire confiance aux autres et à elle-même. Le physique plutôt atypique de Storm Reid répond parfaitement à ce que la réalisatrice voulait montrer, malheureusement tous les personnages n’ont pas cette chance, et tout particulièrement Calvin, le camarade de classe et compagnon de voyage de Meg (interprété par Levi Miller vu dans le film Pan), ou encore Charles Wallace. Présenté comme le gamin qui a le béguin pour notre héroïne, Calvin est mal introduit dans le film et on ne retient pas grand-chose de lui (hormis sa jolie bouille), c’est un personnage fonction et s’il n’avait pas été là, cela n’aurait rien changé. Charles Wallace est mieux loti que son camarade. Joué par l’inoubliable Deric McCabe, il incarne l’innocence et la naïveté de l’enfance. Même s’il sur-joue un peu le surdoué, il n’en reste pas moins attachant. Le reste du casting est plutôt correct si on oublie les costumes trop hauts-perchés et le jeu insupportable de Reese Witherspoon en Mme Quiproquo (on dirait que le personnage est sous LSD en permanence, et la costumière aussi d’ailleurs).

Le dernier point que je relèverai concerne le grand méchant du film. Disney, s’il est reconnu pour ses personnages attachants (surtout dans l’animation) l’est aussi pour ses charismatiques vilains, bien reconnaissables et palpables pour le public. Pour cette intrigue, on parlera plus de menace que de méchant, puisqu’elle n’est pas personnifiée. C’est plus une entité abstraite représentant le mal dans son état premier qu’une personne. Et comme pour le message, c’est trop complexe pour être compréhensible pour un enfant et trop manichéen dans le traitement du bien et du mal. Tout est question de métaphores : celle des peurs de l’héroïne mais aussi du mal originel ou des souffrances des autres. On pourrait apparenter ce mal à un cancer qui ronge tout ce qui lui tombe sous la main et corrompt ce qu’il y a de meilleur en eux.

En conclusion, Un raccourci dans le temps, comme tant d’autres chez Disney, ne marquera pas les esprits cette année. Dans sa volonté d’être dans l’air du temps en faisant appel à Ava DuVernay et à un casting donnant la part belle aux minorités, la machine à rêve Disney ne réussit pas à nous convaincre dans son propos et à nous immerger dans son univers. C’est un film graphiquement beau et coloré mais qui use et abuse de la CGI et du fond vert. Il nous embarque dans une aventure à travers des univers qu’il ne prend pas le temps d’explorer avec des personnages qui ne sont pas suffisamment attachants pour que l’on se sente proche d’eux. Le film plaira sûrement aux moins exigeants qui se contenteront d’une morale simplette, manichéenne, peu travaillée et déjà vue que les enfants assimilent facilement. Malgré tous les reproches faits au film, je vous conseille de le voir et peut-être de lire le livre dont il est tiré, histoire de vous faire votre propre idée. Car si c’est un classique de la littérature étudié à l’école, c’est qu’il y a sûrement quelque chose de bon à en tirer.

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Hello !!! Moi c’est Greycie alias Satshy. Comme la plupart de mes camarades, je n’ai pas reçu non plus de lettre pour Poudlard mais les Vacances au Camps des sangs-mêlés dans le bungalow d’Athéna me semblaient plus attrayantes ^^
Enfant des années 90, née sous le signe du taureau et du mouton (calendrier lunaire), je suis du genre déterminée et espiègle. Etudiante en Master cinéma, je me définis comme une enthousiaste. Dès que j’ai une passion, je m’y livre à fond (cheval, cuisine, manga, Japon, voyage, danse classique, etc.), tout y passe depuis deux décennies. Je suis donc une touche à tout mais la passion qui accapare tout mon temps actuellement (et pour longtemps), c’est la littérature. Romance, fantasy, BD, contemporain, manga, historique, science-fiction, … Je lis, que dis-je, dévore de tout ; avec une nette préférence pour le genre dystopie et le young adult. Couplé avec le cinéma, c’est le combo gagnant pour s’évader vers d’autres horizons.
Mes bouquins préférés sont la saga « Percy Jackson » avec les « Héros de l’Olympe » de Rick Riordan ainsi que « Orgueil & préjugés » de Jane Austen. Côté séries, ce sont Once Upon a Time et Outlander et pour le 7ème art la Saga Star Wars et l’adaptation encore une fois de Orgueil et préjugés de 2005.
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