Rebelle du désert - Presque un coup de cœur

17/05/2018

Titre : Rebelle du désert

Auteur : Alwyn Hamilton

Editions : Pocket Jeunesse

Prix : 7,50 €

Parution : 21 septembre 2017

Nombre de pages : 288 pages

Genre : Young adult, fantasy

Résumé : "Le destin du désert repose entre ses mains". Enfermée depuis tant d'années dans une vie étouffante au cœur du désert, Amani n'aurait jamais rêvé qu'un jour elle galoperait sur un cheval fantastique avec un fugitif recherché pour trahison. Emportée par le tourbillon de l'aventure, elle n'aurait pas imaginé non plus qu'elle tomberait amoureuse de lui, ni qu'elle l'aiderait à mener la résistance contre le Sultan.

.

Se soumettre ou s’insurger contre la fatalité et l’injustice. De nombreuses histoires mettent en avant des personnages qui se battent contre la fatalité de leur condition. On adore suivre ces héroïnes et héros qui se dressent, tel David contre Goliath, contre des empires, des gouvernements ou des doctrines. Lorsque Shéhérazade s’est présentée au sultan pour sa dernière nuit avant une mort certaine au lever du jour, elle a pris son destin en mains et lui a fait un pied-de-nez. Non, elle ne mourrait pas, elle utiliserait ses propres armes pour sauver sa vie. Elle raconta mille et une histoires pour charmer son auditoire et rallonger de jour en jour sa vie. Au pays des mille et une nuits, la belle conteuse aurait pu narrer l’extraordinaire aventure d’une fille de rien, éprise de liberté accompagnée d’un séduisant vagabond. Mais c’est sous la plume et l’imagination débordante d’Alwyn Hamilton que l’histoire d’Amani, la fille du désert, prend vie, en mêlant intrigue politique, aventure, action et romance dans cet intrigant roman qu’est Rebelle du désert.

De telles histoires sont vues et revues dans la littérature jeunesse et young adult, mais peu peuvent se vanter de m’avoir transporté aussi bien que Rebelle Du Désert. C’est une appréciation purement personnelle mais vous l’aurez compris, j’ai adoré cette histoire. Il n’est pas le meilleur dans son genre, Hunger Games et Divergente le font très bien. Mais il a le mérite d’avoir la dimension épique et aventureuse qui m’a complètement dépaysé et dont je manquais cruellement depuis quelques temps dans mes dernières lectures (pérégrination livresque). Et pour s’initier aux us et coutumes des contrées désertiques imaginées par l’auteure, Amani sera notre guide.

Soumise à une vie de servitude auprès de la famille de son oncle, la jeune femme cherche désespérément un moyen de se libérer de l’autorité de ce dernier. Car à Dustwalk, la jeune orpheline n’est rien. Ses armes pour y parvenir : son audace et son habileté avec les armes à feu. Mais le temps presse pour la demoiselle, qui se voit proposer le mariage pour faire d’elle une honnête femme. Son salut, elle ne le doit qu’à un mystérieux inconnu et à une série d’événements qui la conduisent sur les routes du désert. Désormais accompagnée du fugitif, celle qui se faisait appeler le bandit aux yeux bleus se retrouve à la croisée des chemins. Choisira-t-elle de suivre cet inconnu qui semble détenir des secrets liés à une rébellion qui menace de s’étendre au royaume, ou poursuivra-t-elle sa route vers la liberté qu’elle désirait tant ? L’avenir du sultanat dépend peut-être d’Amani.

Le premier point positif de cette histoire, ce sont les environnements et le contexte dans lequel se déroule l’action : le désert. Exit le béton et l’acier des villes urbaines, place aux palais orientaux, aux oasis et au sable à perte de vue. En nous entraînant dans un territoire aussi fascinant qu’inquiétant qu’est le désert, Alwyn Hamilton fait un choix audacieux et original, puisque peu de romans s’y aventurent. L’auteur plante donc son décor au Proche-Orient (ou Moyen-Orient pour les anglo-saxons) avec des références à la tradition orale de cette région du monde, qu’elle mélange subtilement avec des influences comme celle du western. On y découvre une mythologie et un bestiaire fabuleux assez méconnu pour les lecteurs, peuplé d’êtres premiers (djinn, Bouraq, demdji, …).

Ce n’est pas un mystère, le roman est assez prévisible et classique dans son ensemble. Ce sont les aventures d’une fille qui, en cherchant à s’émanciper, se retrouve malgré elle mêlée à une histoire qui la dépasse et qui en route tombe sous le charme de son compagnon de route. Cela, on le comprend rien qu’en lisant le résumé du bouquin. En gros, le but de l’auteur n’était pas de faire dans l’originalité concernant la construction de son intrigue, mais d’explorer un autre décor avec les légendes et les traditions qui le peuplent. Le livre, qui est divisé en deux parties, est globalement bien écrit et se lit facilement. On n’est pas loin d’un page-turner avec une intrigue qui se met rapidement en place et qui n’a ni longueurs, ni  temps morts. On va de découverte en découverte, de péripétie en péripétie si bien qu’on ne s’ennuie jamais avec nos héros. Le drame succède à l’humour. C’est une véritable aventure et un parcours initiatique pour Amani qui, hors des repaires habituels de sa petite ville de province, va mûrir et se découvrir autrement. En présence de Jin, elle fait l’expérience de la vie de nomade et découvre de nouveaux aspects de son monde. Elle nous introduit ainsi à cet univers difficile à cerner au début, car il est très vite question de géopolitique avec des contrées et des peuples inconnus comme « Miraji, gallan, Albis, Xicha » et qu’il est difficile de situer car on n’a pas de carte (en tout cas pas dans la version poche).

L’autre atout du récit, ce sont ses personnages, ou plutôt la relation instaurée entre eux. Amani est une jeune fille impulsive et déterminée, mais aussi maligne et perspicace. Son passif et ses origines sont bien construits et sa motivation honorable pour une héroïne, celle de la liberté de disposer d’elle-même à sa guise sans l’autorité d’un homme. Quant à Jin, il fait partie de ces personnages masculins que l’on adore : il est mystérieux, charmeur et réfléchi, ce qui le conduit à avoir tendance à tempérer la fougue d’Amani sans toutefois lui imposer quoi que ce soit. L’alchimie et les interactions entre Amani et Jin leur permettent de former un duo équilibré et efficace. Sans oublier le jeu de séduction qui s’instaure dès le début entre eux et qui ne fait que les rendre plus attachants encore. Leurs mésaventures sont dignes des meilleurs films d’aventure, à l’image de la trilogie d’Indiana Jones, la Momie ou encore Prince of Persia. Là où l’auteure est forte, c’est que même si certains personnages ne sont pas aussi présents ou développés dans le récit, ils sont tous marquants, avec des personnalités bien distinctes et définies (Bahi, shazad, le prince Ahmed, …). Pour les forces d’opposition, c’est plus compliqué. Il y a tellement de menaces qu’il est difficile de savoir qui est le plus dangereux entre les alliés du sultan, les fils de ce dernier et j’en passe, mais rien qui ne permette pas la bonne compréhension des enjeux. Le tome 2 devrait éclairer nos lanternes.

Et je terminerai par les sujets abordés par l’intrigue. Il est donc question dans un premier temps de féminisme avec la volonté de ce petit bout de femme qu’est Amani d’acquérir sa liberté et son libre arbitre. À travers son héroïne et d’autres personnages féminins, le livre évoque le triste destin des femmes dominées par le patriarcat qui règne dans ces contrées qui sont réduites à n’être que soumises au « sexe fort ». Qu’elle soit fille de général, de commerçant, de nomade ou de rien, chacune réagit à sa manière, cela passe par la rébellion, la manipulation ou même la dissimulation car même si « mentir est un péché », la liberté a un prix, elle passe par le mensonge, la dissimulation et le travestissement. Le livre n’est pas un vibrant plaidoyer sur la liberté de la femme, mais il a au moins le mérite de dénoncer une mentalité discriminante et injuste. C’est d’autant plus frappant quand certains personnages parlent de « la honte d’être née fille », comme si la féminité était un fardeau dont certaines n’ont pas conscience.

Le livre aborde aussi des enjeux politiques. On s’attarde sur des histoires de complots et d’intrigues politiques en sous-texte pour parler des querelles qui déchirent la région. Entre un souverain injuste en quête de pouvoir qui collabore avec des puissances voisines au détriment du bien-être de son peuple et des alliés aux pratiques et doctrines nauséabondes qui sont dans une course à l’armement, il y avait de quoi voir des références à l’occupation allemande et nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. Avec son cri de ralliement « une nouvelle aube un nouveau désert » et son leader d’opposition contre le système par le biais d’un fils dissident à la politique injuste de son père, la rébellion a tout pour faire penser au mouvement de la Résistance. Les idées de liberté, d’égalité ou de démocratie accessibles à tous, qu’ils diffusent peu importe leur sexe ou leur condition sociale, sont des revendications qui font écho à des situations encore d’actualité. J’ai aussi aimé leur manière de communiquer et d’atteindre les foules par l’intermédiaire du bouche-à-oreille, des légendes et du mythe sur un prince rebelle. Le dernier point qui, pour le coup, m’a vraiment fait plaisir, c’est le discours porté sur les croyances, qu’elles soient de nature religieuse, superstitieuse, morale ou autres, et l’influence qu’elles peuvent avoir sur les individus. Entre un peuple qui voue un culte au surnaturel et un autre qui veut le faire disparaître, cela conduit au mieux à de houleux débats, au pire à des génocides organisés. J’ai apprécié la simplicité et la profondeur de certaines citations qui résument parfaitement la notion de croyance.

J’ai beaucoup voyagé et j’ai entendu ce que les gens croient être vrai. Quand tout le monde a l’air si sûr, c’est difficile de choisir qui a raison. p116

Une fois, Jin m’avait dit qu’il était inutile de contester une croyance – elle était hermétique à la logique. p250

En conclusion, Rebelle du désert d’Alwyn Hamilton est un très bon divertissement littéraire. J’ai passé un excellent moment en compagnie de son duo de personnages et de leurs aventures au cœur du désert. Les sujets traités et les multiples références aux mythes du Moyen-Orient sont un vrai plus à l’avancée de l’histoire. Malgré une intrigue simple et prévisible, la plume et l’univers imaginé par l’auteure sont divertissants, plein de surprises et valent le coup d’être découverts. À défaut de pouvoir vous évader d’un quotidien routinier, ouvrir ce livre vous permettra de passer du bon temps et qui sait, participer à une rébellion. N’hésitez pas à aller jeter un coup d’œil sur la chronique du tome 2 d’Anton, déjà disponible sur le blog.

.

Hello !!! Moi c’est Greycie alias Satshy. Comme la plupart de mes camarades, je n’ai pas reçu non plus de lettre pour Poudlard mais les Vacances au Camps des sangs-mêlés dans le bungalow d’Athéna me semblaient plus attrayantes ^^
Enfant des années 90, née sous le signe du taureau et du mouton (calendrier lunaire), je suis du genre déterminée et espiègle. Etudiante en Master cinéma, je me définis comme une enthousiaste. Dès que j’ai une passion, je m’y livre à fond (cheval, cuisine, manga, Japon, voyage, danse classique, etc.), tout y passe depuis deux décennies. Je suis donc une touche à tout mais la passion qui accapare tout mon temps actuellement (et pour longtemps), c’est la littérature. Romance, fantasy, BD, contemporain, manga, historique, science-fiction, … Je lis, que dis-je, dévore de tout ; avec une nette préférence pour le genre dystopie et le young adult. Couplé avec le cinéma, c’est le combo gagnant pour s’évader vers d’autres horizons.
Mes bouquins préférés sont la saga « Percy Jackson » avec les « Héros de l’Olympe » de Rick Riordan ainsi que « Orgueil & préjugés » de Jane Austen. Côté séries, ce sont Once Upon a Time et Outlander et pour le 7ème art la Saga Star Wars et l’adaptation encore une fois de Orgueil et préjugés de 2005.
2 I like it
0 I don't like it

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *