Toutes blessent, la dernière tue - Bouleversant.

21/05/2018

Titre : Toutes blessent, la dernière tue

Auteur : Karine Giébel

Editions : Belfond

Prix : 21,90 €

Parution : 29 mars 2018

Nombre de pages : 744 pages

Genre : Contemporain/Thriller

Résumé : Maman disait de moi que j'étais un ange.
Un ange tombé du ciel.
Mais les anges qui tombent ne se relèvent jamais...
Je connais l'enfer dans ses moindres recoins.
Je pourrais le dessiner les yeux fermés.
Je pourrais en parler pendant des heures.
Si seulement j'avais quelqu'un à qui parler...

Tama est une esclave. Elle n'a quasiment connu que la servitude. Prisonnière de bourreaux qui ignorent la pitié, elle sait pourtant rêver, aimer, espérer. Une rencontre va peut-être changer son destin...

Frapper, toujours plus fort.
Les détruire, les uns après les autres.
Les tuer tous, jusqu'au dernier.

Gabriel est un homme qui vit à l'écart du monde, avec pour seule compagnie ses démons et ses profondes meurtrissures.
Un homme dangereux.
Un matin, il découvre une inconnue qui a trouvé refuge chez lui. Une jeune femme blessée et amnésique.
Qui est-elle ? D'où vient-elle ?

Rappelle-toi qui tu es. Rappelle-toi, vite !
Parce que bientôt, tu seras morte.

.

J’ai beaucoup entendu parler de Karine Giébel, sans doute l’une des auteures de thrillers préférées des Français. On m’a toujours présenté ses romans comme étant sombres, violents, voire éprouvants, mais à ce point, je ne m’y attendais franchement pas. Dire que ma lecture m’a profondément marqué serait inexact. Elle m’a bouleversé, tout simplement. Un grand merci donc aux éditions Belfond pour leur envoi et à Karine Giébel d’avoir écrit et dédicacé Toutes blessent, la dernière tue, cette petite attention m’a beaucoup touché. 

J’ai lu ce roman en apnée, totalement coupé du monde extérieur. A chaque fois que je le reposais, je continuais à y penser. Je ne pouvais pas m’empêcher de réfléchir, d’une part à l’histoire en elle-même, mais surtout aux problèmes sociaux que celle-ci soulevait. J’ignorais par exemple tout de l’esclavage moderne et c’est d’ailleurs le réalisme avec lequel ce fléau est dépeint qui fait de ce roman une pépite du genre. Je vous disais dans ma dernière chronique de La Fille dans les bois de Patricia MacDonald qu’un thriller n’était pas simplement un bouquin avec des twists et du suspense. Qu’à travers son intrigue, il pouvait aussi faire passer un message, défendre une cause, mettre en lumière un sujet tabou. Et bien il n’y a pas de meilleur exemple pour illustrer mes propos que Toutes blessent, la dernière tue.

Tama est une jeune fille qui représente tout un ensemble d’individus. Ces enfants maltraités, humiliés, asservis par des personnes, à priori, exemplaires. Les tortionnaires qu’on rencontre dans ce roman mènent une existence tout à fait honorable, en apparences seulement. Un mariage heureux, une famille parfaite, une bonne situation sociale. Ce sont des gens que vous avez peut-être déjà croisés dans la rue, avec qui vous avez peut-être déjà discuté, que vous avez peut-être même déjà côtoyés. Sans jamais réaliser ce qu’ils pouvaient dissimuler dans leur buanderie ou sous le placard de leur escalier. On croit toujours que ces tragédies n’arrivent qu’ailleurs, le problème, c’est que Tama, comme beaucoup d’autres enfants achetés puis vendus, habite en France, dans un beau quartier de la banlieue parisienne. 

La force principale de ce roman, c’est les émotions qu’il procure. On ne peut pas rester insensible face à ce que subit Tama. On ne peut pas ne pas ressentir à la fois de la peine, de la colère, voire de la haine tout au long des 700 pages. Car les supplices infligés à la petite fille ne s’arrêtent pas à quelques gifles ou des insultes. La cruauté de ses propriétaires (car au final, elle n’est ni plus ni moins que leur chose) dépasse l’entendement. On assiste alors impuissant à une gradation de violence qui va toujours plus loin. A chaque fois qu’on croit que la situation va enfin s’arranger, un événement vient tout détruire.
Pourtant, lorsque la possibilité de partir lui est donnée, Tama hésite. D’abord parce qu’elle ne sait pas où aller mais surtout, malgré tout ce que cette famille lui inflige, c’est la seule qu’elle a…

J’ai été bluffé par le processus narratif qui démontre justement cette progressive descente aux enfers. On est à la fois victime, à travers les yeux de Tama, et spectateur, avec un point de vue extérieur, comme si on se contentait simplement d’observer la scène. Ainsi, Karine Giébel a su démontrer avec finesse que ce n’est pas parce qu’on ne participe pas qu’on n’est pas coupable, ou au moins complice. Qu’il ne faut pas hésiter à intervenir si on sent qu’il se passe quelque chose d’anormal. Qu’il ne faut pas rester passif. 
Le style de l’auteure est particulièrement fluide avec des chapitres courts et une écriture incisive, sans fioritures, mais pas pour autant dénuée de poésie. C’est d’ailleurs ce qui rend le roman aussi addictif. Malgré sa densité, le rythme est constant. Une véritable prouesse en sachant qu’il fait plus de 700 pages. 

Parallèlement à Tama, on rencontre également Gabriel, un personnage aussi sombre que touchant. Celui-ci accueille chez lui (et malgré lui) une inconnue amnésique, blessée et couverte de cicatrices. La relation que vont développer les deux protagonistes est difficilement qualifiable car chacun dissimule des blessures profondes et n’a plus confiance en l’espèce humaine. Pourtant, quelque chose les attire indéniablement l’un chez l’autre, peut-être la noirceur qui les habite… ou bien le maigre espoir qu’un jour tout ira pour le mieux…
Je reproche souvent aux romans la niaiserie des relations amoureuses et bon sang, ce que ça fait du bien d’avoir enfin une histoire où celles-ci mettent en scène un sentiment qui va au-delà du schéma classique « je t’aime, moi non plus ». L’amour est ici brutal, violent, parfois toxique mais c’est justement ce qui le rend beau. 

Je pourrais parler pendant des heures de ce roman tant sa lecture m’a fait l’effet d’un électrochoc. Il y a encore tellement de points que j’aimerais aborder mais, d’un autre côté, il serait vraiment préférable que vous les découvriez par vous-mêmes. Que vous soyez surpris tout autant que je l’ai été. 
Pour finir, je ne vous dirai donc qu’une seule chose : foncez. N’attendez plus et allez vous procurer cette pépite si ce n’est pas déjà fait. Je m’avance peut-être mais s’il y a un roman à absolument lire en 2018, c’est indéniablement Toutes blessent, la dernière tue de Karine Giébel.

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Contrairement à beaucoup de gens, j’ai eu la chance de recevoir ma lettre d’admission à Poudlard et j’ai obtenu mon diplôme de sorcellerie il y a quelques années déjà. Depuis, je me suis spécialisé dans l’étude de la littérature des moldus et je prend un grand plaisir à découvrir une nouvelle forme de magie : celle des mots.
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