Un mari idéal - De la poudre aux yeux qui a ses atouts

11/05/2018

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Titre : Un mari idéal

Auteur : Leah McLaren

Editions : Albin Michel

Prix : 20,90 €

Parution : 1er février 2018

Nombre de pages : 365 pages

Genre : Comédie, drame social

Résumé : Depuis la naissance de leurs jumeaux il y a trois ans, Maya et Nick ne sont plus sur la même longueur d'onde : Maya ne se pardonne pas d'avoir renoncé à sa carrière d'avocate pour s'occuper des enfants ; Nick, qui a vu la battante qu'il aimait se transformer en mère au foyer, fuit leur quotidien routinier en se noyant dans le boulot. Si Maya espère voir Nick s'investir dans leur vie de famille, Nick, lui, n'a qu'un souhait : divorcer. Le seul hic, son salaire de nabab dans la pub. Sur les conseils d'un ami avocat, il élabore un plan d'attaque : jouer au mari idéal, histoire d'inciter sa femme à reprendre le travail et réduire ainsi la pension à lui verser. Parviendra-t-il à convaincre Maya ? Avec un humour ravageur, Leah McLaren signe une comédie de moeurs très perspicace et un portrait ironique du mariage et de la parentalité aujourd'hui.

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Savez-vous que l’acte d’écrire, celui qui conduit à la création d’un livre que l’on a envie de partager avec le reste du monde, et particulièrement quand c’est le premier, n’est pas une démarche anodine ? Ecrire, peu importent les motivations, résulte dans un premier temps d’un profond désir de créer un monde, des personnages et une histoire tirés des tréfonds de notre imaginaire pour leur donner vie sur le papier. Mais c’est aussi un acte de vengeance ou de revanche. Sur quoi ? Cela dépend de l’auteur. Pour Leah McLaren, l’entreprise d’écrire a été un bon moyen d’exorciser ses peurs et ses angoisses face à la maternité. Alors oui, Leah McLaren a voulu rendre justice aux réalités de la parentalité et du couple telles qu’elle les a vécues ou vues chez les autres afin de faire opposition à ce que la société véhicule sur les joies de la famille. Sans doute suis-je à côté de la plaque ou surinterprète trop ses intentions, mais après ma lecture, c’est ce qui en ressort. Malgré tout, ce besoin viscéral de coucher sur papier cette réalité, je ne pense pas l’avoir inventé :

J’ai écrit le premier jet de ce livre tout en donnant le sein à mon enfant. Je l’ai littéralement sanglé contre ma poitrine pour qu’il puisse téter pendant que je tapais mon texte (ne me demandez pas comment j’ai fait, j’ai refoulé ce souvenir au plus profond de ma mémoire). Je crois que j’avais peur, si je m’arrêtais d’écrire, de rester prisonnière du bourbier sentimental que peut représenter la maternité, peur de me retrouver à ne rien faire d’autre dans la vie que préparer des cakes à la banane en attendant de mourir d’amour. Ce qui m’est effectivement arrivé un moment (c’est assez inévitable), sans pour autant que cela m’empêche de finir mon livre.

Pour son tout premier roman, Mrs Leah McLaren, qui quand elle n’écrit pas, occupe le poste de journaliste, de chroniqueuse et bien sûr de maman, a voulu dresser un portrait ironique d’un couple au bord de la rupture. Le livre se présente donc comme une comédie de mœurs à la sauce américaine, ce qui, je dois l’avouer, ne m’a pas sauté aux yeux tout de suite. Car croyez-le ou non, il m’a bien fallu une bonne centaine de pages avant de comprendre que l’intrigue ne se déroulait pas chez nos voisins d’Outre-Manche. Un détail qui a son importance, vous le comprendrez un peu plus bas.

Maya et Nick forment un couple heureux à la ville. Ils gagnent bien leur vie, jouissent d’un patrimoine qui leur permet de vivre confortablement et cerise sur le gâteau, depuis 3 ans, ils sont les parents deux adorables enfants. En apparence, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Le tableau est charmant et donne envie, mais derrière ce portrait idyllique se cache une réalité bien plus sombre. En effet, l’arrivée de leurs jumeaux a considérablement bouleversé l’équilibre du couple et les a fait rentrer dans une routine quotidienne qui ne cesse avec le temps de mettre de la distance entre eux. Alors que Maya se noie dans son rôle chronophage de mère, Nick passe le plus clair de son temps au travail. Mais pour le père de famille, la situation n’a que trop duré. Pour enfin pouvoir jouir de sa liberté, il décide dans le plus grand secret de mettre en route le divorce. Une idée qui risque de le dépouiller de ses biens au profit de la mère de ses enfants. Ni une, ni deux, Nick, sur les conseils d’un ami proche, décide de mettre en scène « un homme nouveau », celui que Maya rêve d’avoir, à savoir un époux attentif et un père présent pour ses enfants, en bref « un mari idéal », dans le but d’avoir un jugement plus clément dans la répartition de leurs biens. Un plan parfait sur le papier, mais qui pourrait bien se retourner contre lui.

Outre la couverture qui laisse à désirer, le principal problème que j’ai rencontré par rapport à cette histoire, c’est son résumé, car il est clair qu’une fois que le lecteur aura refermé ce livre, il comprendra qu’il y a erreur sur la marchandise. Selon l’appréciation du Daily Mail, le récit de Leah McLaren est « Un roman original, surprenant et intelligent ». Mais il n’en est rien. Original ? Il ne l’est pas car ce n’est clairement pas le scénario du siècle, mais une simple histoire de divorce vue et revue dont le schéma ressemble beaucoup trop aux téléfilms américains que la ménagère de moins de 50 ans regarde l’après-midi après les Feux de l’amour. Surprenant ? Pas pour un clou. On sait pertinemment comment va évoluer la situation et par quelles péripéties nos héros vont passer. Intelligent ? Peut-être. Car l’auteure propose une analyse intéressante de la notion de couple et des erreurs qui mènent au divorce. En même temps, ce n’est pas tant le manque d’originalité et de suspens qui déçoit, car en soi les histoires de ce genre se ressemblent sensiblement et ce n’est pas ce que le lecteur cherche en prenant ce livre. Ce qui est dérangeant, c’est l’humour. On nous promet « une comédie de mœurs très perspicace et un portrait ironique du mariage et de la parentalité aujourd’hui », mais il n’y a rien de tout cela. L’humour est aux abonnés absents pendant toute lecture.

Malgré les problèmes soulignés ci-dessus, le livre a ses atouts. Il se lit facilement et peut même être addictif pour qui sait apprécier le style de l’auteure. Il y a quelques longueurs mais rien d’insurmontable. Leah McLaren prend le temps de disséquer chaque situation pour faire ressortir le meilleur ou le pire de ses personnages. Car c’est clairement le couple que forment Maya et Nick qui est au centre de l’histoire. Leur personnalité, leur manière d’aborder les événements ou même leur psychologie, rien n’échappe aux lecteurs. L’écrivaine se pose en narratrice interne et se partage les deux points de vue de l’histoire, on a donc accès à tout et c’est une situation plaisante qui permet de ne pas être influencé par un parti (du moins en théorie). Une bonne transition pour parler des personnages.

Il est difficile de s’identifier à eux et de compatir à leurs problèmes, parce qu'ils sont loin des nôtres (en tout cas du français moyen). Le contexte de l’intrigue y est pour quelque chose car elle se déroule dans une société nord-américaine (ici le Canada) dont les normes et les mœurs sont différentes, avec un couple de la classe supérieure. Ils ont donc une situation enviable et confortable. Mais c’est un choix compréhensible de la part de l’auteure car elle démontre que l’argent ne fait pas le bonheur. A aucun moment je n’ai trouvé les personnages antipathiques ou détestables, ils sont simplement perdus et dépassés par les événements. Mais il est clair qu’ils sont un poil caricaturaux et qu’ils manquent d’authenticité. On a plus affaire à des types qu’à des personnages.

Maya, c’est l’image de la femme qui est complètement dépassée par son rôle de mère au foyer. Mais elle n’est pas à la hauteur d’une Linette Scavo dans Desperate Housewives, qui était beaucoup plus savoureuse et drôle à regarder. Quant à Nick, il remplit les critères de l’homme qui a du mal à trouver sa place dans cette nouvelle configuration avec des enfants et assumer son rôle de père. D’autres personnages très intéressants mais pas suffisamment bien utilisés interviennent dans ce naufrage, mais il est préférable de les découvrir par vous-mêmes. En ce qui concerne les jumeaux, même s’ils ont des remarques pertinentes, ils ne sont pas crédibles avec leurs dialogues qui ne font pas leur âge. A titre personnel, j’ai beau ne pas avoir d’enfant, je sais qu’un enfant de 3 ans ne communique pas ainsi, ce sont plutôt les gamins de 6 voire 7 ans qui interagissent de cette manière (à moins qu’ils soient surdoués, mais même là j’ai du mal à y croire).

Ce qui manque vraiment au livre, ce sont de véritables péripéties. On a le sentiment que l’auteure ne va pas au bout des choses et ne reste qu’à la surface. Les péripéties du couple ou les enjeux de certaines décision sont passés sous silence, comme si l’auteur ne désirait qu’une chose : rester dans l’analyse ou rapporter des faits que l’on sait déjà. J’aurais voulu que le livre s’attarde sur l’action, par exemple celle de Nick, qui joue l’homme idéal. On aurait dû nous montrer comment il passe du temps avec ses enfants qu’il ne connait pas, les difficultés qu’il rencontre à changer ses habitudes, etc. En bref, à être père. Pour Maya, on aurait voulu voir sur le long terme les conséquences de sa reprise du travail sur sa relation avec ses enfants, et la culpabilité qu'elle engendre. Des situations ou actions qui, si elles avaient été mises en place et bien exploitées, auraient facilement pu faire l’objet de moments comiques.

Les sujets abordés sont évidemment le couple et la parentalité, mais aussi la justice. En axant son regard sur la vie de couple et ses déboires, Leah McLaren fait remonter les problématiques contemporaines à notre époque. En première ligne, l’abandon du rôle d’amants pour celui de parents, et le manque de communication. Pour ce qui est de la parentalité, surtout au niveau de la femme, ça manque de nuances. La maternité n’est pas présentée sous son meilleur jour comparé au monde du travail, ici elle est perçue comme de l’esclavage moderne où la femme doit corps et âme se consacrer à sa progéniture. Le retour à une vie active devient alors la bouée de sauvetage pour s’émanciper. La vision qu’apporte le livre sur le rôle de la justice est très intéressante. Ici elle est à la fois une machine administrative bien huilée, constituée d’individus (juges, avocats) conscients et frustrés de son injustice dans le domaine des affaires familiales. Certains vont à l’encontre du système quand d’autres l’appliquent sans poser de questions, lassés par le spectacle qu’offrent les différentes parties. La conception même du divorce y est différente, elle se réduit à une liste de biens matériels ou de comptabilité dans laquelle la garde des enfants prend peu de place (tout l’inverse de la France). Personnellement, j’ai été touchée par la résolution du conflit.

Pour terminer, revenons sur la quatrième de couverture. Le choix de la couverture est vraiment kitsch et n’attire en rien l’œil. On comprend mieux le choix de miser sur un résumé qui, au final, se trouve être de la poudre aux yeux. Mais après réflexion, le choix de cette figurine sur ce fond blanc n’est pas dénué de sens. Une figurine de jeunes mariés en plastique, un peu cheap, en dit long sur le couple artificiel qui va nous être dévoilé. De loin, dans ses contours flous dus à la distance, on admire un couple qui respire le bonheur, ce qui n’est plus le cas une fois qu’on s’approche, ils ont plutôt l’air usés par l’expérience de la vie à deux ou plus. Cette couverture résume à elle seule la démarche de Leah McLaren : montrer ce qui se cache derrière les apparences. Si on voit les choses de cette manière, tout prend sens.

En conclusion, Un mari idéal de Leah McLaren est moyen. Même si la démarche de l’auteur est honorable et que son écriture est intéressante, ce n’est pas à la hauteur d’une bonne comédie de mœurs. Ce qui ressort de positif de ce livre, c’est un bel état des lieux d’un couple au bord de l'explosion, qui n’a pas su gérer l’arrivée des enfants. On passe un bon moment de lecture, malgré le manque de péripéties et la caricature un peu grossière de l’auteur dans son traitement des personnages. Même si certaines situations prêtent parfois à sourire ou à la bienveillance, c’est surtout l’agacement et l’impression de s'être fait berner qui dominent à la fin. Si vous recherchez une histoire drôle et originale sur le divorce, passez votre chemin.

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