Les puissants, tome 2 : Égaux – Une excellente suite

01/06/2018

3

Titre : Les puissants, tome 2 : Égaux

Auteur : Vic James

Editions : Nathan

Prix : 17,95 €

Parution : 5 avril 2018

Nombre de pages : 460 pages

Genre : Young Adult, Fantasy, dystopie

Résumé : Dans une société gouvernée par une caste aux pouvoirs surnaturels, les Égaux, chacun doit donner 10 ans de sa vie en esclavage. Mais la révolte gronde... Luke, condamné pour son rôle dans la rébellion, est exilé chez le terrible Lord Crovan. Personne n'est jamais ressorti vivant ou sain d'esprit des prisons de ce tortionnaire. Abi, quant à elle, est en cavale. Pour faire libérer son frère, elle entre en contact avec la rébellion. Mais est-elle prête à tout risquer, jusqu'à ses idéaux ? Alors que le régime se durcit et que le sang coule jusque dans les rues de Londres, l'amour et le courage peuvent-ils vaincre la tyrannie et la magie ?

.

Quel que soit le format, qu’il soit question de littérature, de film ou de série, la suite d’une œuvre est trop souvent décevante par rapport à la précédente. Pour un livre, le tome 2, c’est le ventre mou d’une trilogie. Là où le premier tome a pour fonction d’introduire les personnages, le contexte et les enjeux, le second se contente d’être purement et simplement une transition. Une sorte de marche-pied où il ne se passe pas grand-chose avant la conclusion « impressionnante » réservée au dernier tome. Mais fort heureusement, il existe des exceptions à cette « malédiction ». Après une première entrée en matière certes prenante et ambitieuse mais qui péchait sur certains points-clés de son intrigue dans Les puissants, tome 1 : Esclave, le second tome de la trilogie de Vic James a-t-il réussi à être à la hauteur de nos attentes, et surtout à surpasser le tome précédent ?

Nous retrouvons nos héros principaux là où nous les avions laissés, à savoir en plein désarroi. Après les terribles événements de Keystone, Luke, accusé du meurtre du chancelier, est condamné à la prison à perpétuité dans la demeure de Lord Crovan. Réputée pour être une prison dont personne n’a réussi à s’évader, le jeune homme va faire de nouvelles rencontres et surtout découvrir la philosophie et les pratiques plus que douteuse du maître des lieux. De son côté, Abi est déterminée à faire libérer son frère en prouvant son innocence par n’importe quel moyen. Pour arriver à ses fins, la jeune fille abandonne ses parents et se fait la malle durant leur transfert dans la ville d’esclaves de Millmoor. Elle prend contact avec les seules personnes susceptibles de l’aider, la rébellion, et embrasse totalement leur cause. Mais le temps ne joue pas en leur faveur. Les Égaux, sous la coupe de leur nouveau chancelier Lord Jardine, durcissent leur politique de répression et traquent la moindre parcelle de résistance.

Je n’aurais jamais cru que mes retrouvailles avec l’univers de Vic James, un an après ma lecture du premier tome, puissent être aussi captivantes et susciter autant d’enthousiasme de ma part. Pour anecdote, ce fameux premier tome intitulé Esclaves n’était pas une demande émanant de ma part et je remercie donc les éditions Nathan pour cet envoi spontané (et aussi ma curiosité naturelle mdr). J’avais des attentes, c’est certain, car le postulat de base des Puissants reposait sur un genre et des sujets sensibles que j’affectionne, mais pas tant que cela, le livre ne m’ayant pas marqué énormément. Et quelle ne fut pas ma surprise, en parcourant les 400 pages de ce second tome, de découvrir une intrigue considérablement enrichie, des personnages nouveaux ou anciens savamment explorés et des enjeux plus qu’à la hauteur de mes espérances. Car oui, vous l’aurez compris, j’ai adoré cette lecture. Encore une fois, elle est loin d’être parfaite mais on sent que Vic James a tiré des leçons de son précédent livre, et a fait des faiblesses de ce dernier des atouts pour le suivant.

Sur la forme, l’auteure est restée fidèle à elle-même en cultivant l’art du page turner. C’est une véritable tortionnaire tant elle prend un malin plaisir à conclure la majorité de ses chapitres par un mystère, une révélation ou un retournement de situation inattendu qui vient bousculer les certitudes du lecteur. Cette construction du récit est encore plus appuyée grâce au choix narratif qu’utilise Vic James, celui du récit choral. En se focalisant sur 5 points de vue, qu’elle alterne au gré de l’avancée de l’histoire, l’auteure joue avec nos nerfs, nous fait patienter et nous pousse toujours plus loin dans notre lecture. Par ailleurs, cette alternance des points de vue est bien mieux gérée dans Égaux que dans Esclaves pour ce qui concerne l’approfondissement des personnages comme nous le verrons par la suite, mais m’a posé problème sur l’enchaînement des actions. En effet, j’ai trouvé que certaines péripéties s’enchaînaient trop vite à mon goût et sans véritable transition. Et puis j’ai toujours ce problème du décalage temporel. J’ai beau savoir que l’histoire est contemporaine à la nôtre, j’ai toujours l’impression d’être au XIXe siècle. Il faut dire que les titres de noblesse, la question de l’esclavage ainsi que la fâcheuse manie de Silyen de se déplacer à cheval sont des motifs liés au passé qui prêtent à confusion.

Mis à part cela, j’ai apprécié la tournure que prenaient les événements et les directions prises par l’auteure. Petit à petit, à force de révélations et de retournements de situation, les enjeux prennent forme et l’on voit clairement se dessiner de futures alliances. Certains n’hésitent pas à comparer la saga à Game of Thrones, et même si je fais partie de ces rares personnes à ne pas avoir vu cette série, j’en sais suffisamment pour confirmer ce rapprochement. Car la saga est loin d’être une promenade de santé pour ses personnages : tensions, trahisons, déceptions, espoirs brisés, rien ne leur est épargné, pas même des décès prématurés aussi imprévisibles que violents.

Les personnages, qu’ils soient principaux ou secondaires, sont beaucoup mieux exploités tant sur le plan émotionnel que psychologique. On commence vraiment à s’attacher à eux et à cerner leur caractère, leurs faiblesses et surtout leur ambition, chose que le premier tome ne permettait pas. Parce que l’atout majeur de la trilogie, c'est sa galerie de personnages qui transpirent le charisme et la détermination. Chacun des 5 héros va mûrir et apprendre de ses expériences en se confrontant à des moments difficiles, à la solitude ou encore à l’échec. Et de sérieuses remises en question vont commencer à pointer leur nez. Abi, à qui je reprochais sa transparence, devient enfin un personnage à suivre. Elle se radicalise et porte un nouveau regard sur sa vision des Égaux et de la manière de mener la rébellion au sein du pays. C'est l’une des évolutions de personnages les mieux écrites. Son frère, Luke, est égal à lui-même, il reste un personnage incontournable de l’intrigue. Face au terrible Crovan, il fait preuve de beaucoup de courage et de dignité. Il porte les traditionnelles valeurs d’un héros de base sans que cela ne tombe dans le cliché, et c’est plutôt agréable.

Chez les Jardines aussi les évolutions sont au rendez-vous, et plus particulièrement au sein de la fratrie qui, bien que différents dans leur approche du monde et de leurs priorités, restent fascinants à suivre et réservent pas mal de surprises. À commencer par Gavar, qui derrière ses airs d’héritier alcoolique et imbu de lui-même se révèle plus nuancé dans sa manière de vivre les événements. Jenner est toujours aussi épris de sa belle et souffre de sa différence, il nous dévoile une facette insoupçonnée de sa personne. Et bien sûr, le meilleur pour la fin, le charismatique et énigmatique Silyen, qui nous laisse perplexes face à ses agissements qui, même si un début de réponse émerge, restent un mystère pour le lecteur. Il faut dire qu’il est beaucoup moins présent dans ce tome mais qu’il reste l’intermédiaire privilégié par lequel l’auteure aborde la question du « Don ».

Je pourrais bien vous parler de Bouda, Meylir, Bodina, Coira, des membres de la résistance et compagnie, mais ce serait dommage de ne pas les découvrir ou redécouvrir par vous-mêmes. Je peux simplement affirmer que Vic James est restée fidèle à son idée de base, à savoir ne pas tomber dans le piège des personnages manichéens. Bien sûr il y a des antagonistes, un grand méchant et une menace bien visible, mais l’intrigue fait toujours en sorte que chaque personnage ait une part d’ombre ou de lumière. Car oui, derrière la froideur et la méchanceté de certains se cachent des êtres doués de sentiments, capables d’aimer et de s’attacher.

« Les forts dominent les faibles, poursuivit Crovan. Les hommes dominent les femmes. Les Britanniques, les races inférieures. Les Égaux, les Roturiers. C’est la nature. » Page 132

Du côté des sujets abordés, il est toujours question de pouvoir et de domination idéologique. On voit les rouages de la manipulation politique à travers la propagande de la presse et des infos, mais aussi dans les coulisses du parlement où alliances et complots se mettent en place pour asseoir l’autorité et la supériorité des Égaux. On a aussi quelques détails sur la situation internationale du pays par rapport au Don. Un don qui, bien que central à l’intrigue, reste difficile à cerner tant il reste abstrait à mes yeux. L’auteur essaye à maintes reprises de décrire le Don et de lui donner une image, particulièrement quand Silyen est dans les parages. Mais ce qui frappe vraiment après cette lecture, c’est la question de la nature humaine. On se rend compte de la faiblesse de l’être humain, aussi bien en tant qu’individu qu'en masse, qui est influençable et capable des pires atrocités quand il laisse libre cours à ses pulsions.

(Attention, le paragraphe qui suit est susceptible de vous spoiler, je vous invite à le sauter si vous n’avez pas lu le livre)

« Cet endroit était horrible. On encourageait les gens à se tourmenter les uns les autres, dans le seul but de justifier les idées déshumanisantes de Crovan sur la supériorité des Égaux. » Page 143

Cela est illustré par Eilean Dòchais, le château de Crovan qui, à l’image de Keystone, est un personnage à part entière. Il est le théâtre des expérimentations du lord, qui applique une méthode de détention cruelle et vicieuse : l’aliénation mentale. Son but ? Faire jouir une personne d’une liberté totale d’action sur un autre individu pour faire ressortir les bas instincts et la cruauté de ce dernier, pour ensuite faire prendre conscience aux roturiers de leur infériorité et justifier leurs châtiments. Un programme abject et efficace qui fait froid dans le dos. Il est aussi perturbant de constater que certains roturiers opportunistes se satisfont de leur situation d’infériorité et épousent la cause des Égaux pour se faire une place ou profiter de certains privilèges.

En définitive, Les puissants, tome 2 : Égaux est une excellente suite qui surpasse de loin le premier tome. Vic James a réussi à combler les défauts majeurs du tome 1 et à considérablement enrichir son univers et travailler ses personnages. Elle introduit de nouvelles personnalités avec leur lot d’intrigues secondaires, mais aussi de nouveaux environnements. Son style s’est aussi affirmé avec un récit qui enchaîne les rebondissements et les révélations, ainsi qu’une meilleure gestion des points de vue. C’est aussi un livre qui questionne plus en profondeur la question de la domination, du pouvoir et surtout de la nature humaine. J’en suis ressortie désespérée et incapable de voir une issue positive pour nos héros. Elle mène ses lecteurs par le bout du nez et réussit à susciter l’envie de découvrir la suite grâce à des enjeux décuplés et complexifiés et à un final explosif et jouissif. 2019 va être long à attendre.

.

1 I like it
0 I don't like it

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *