Mulan : comme un homme ?

14/06/2018

Titre : Mulan

Réalisateur : Tony Bancroft, Barry Cook

Avec : VO : Ming-Na Wen, B.D. Wong, Harvey Fierstein, Eddie Murphy, Miguel Ferrer, ... VF: Valérie Karsenti, Renaud Marx, Christian Pelissier, José Garcia, Richard Darbois, ...

Genre : Animation

Durée : 1h24

Nationalité : États-Unis

Sortie : 1998

Résumé : Mulan est une belle jeune fille qui vit dans un village chinois. Malgré son amour et son respect pour sa famille, son mépris des conventions l'éloigne des rôles dévolus aux filles dévouées. Quand son pays est envahi par les Huns, Mulan, n'écoutant que son courage, s'engage à la place de son père dans le but de lui sauver la vie. Elle va devenir, avec l'aide d'un dragon en quête de réhabilitation, un guerrier hors du commun.

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Nous sommes dans une époque où l’on cherche l’équité. Il suffit de voir l’actualité, où l’on parle sans cesse d’injustices et d’inégalités sociales dues à un passé conservateur, imaginant qu’une femme mérite moins d’argent qu’un homme pour la même tâche effectuée. En cela, Mulan transmet un message, voire même une leçon, qu’il semble falloir rappeler en permanence.

Le dessin animé Disney est une relecture d’une légende chinoise où une jeune femme, Hua Mulan (transformé en Fa Mulan pour avoir sa prononciation en cantonais), part à la guerre à la place de son père en se travestissant (l’utilisation de ce terme aurait même failli affecter la classification du film). Le film tente de conserver la nature légendaire de l’intrigue tout en l’imbriquant dans un schéma plus « classique » afin de toucher à une forme de leçon universelle sur l’égalité des sexes. Cela sera d’ailleurs reproché par l’actuel vice-président des États-Unis, Mike Pence, qui finissait sa « critique » du film en déclarant qu’avoir des femmes militaires était une mauvaise idée. De quoi rajouter de l’eau au moulin d’une administration prenant les femmes par la chatte, mais surtout appuyer le message d’une forme de révolution contre un conservatisme traditionnel étouffant.

La première chanson parle ainsi des responsabilités qu’a une jeune femme par rapport à sa famille et à l’honneur de celle-ci. Il y est question de respect mais aussi de traditions privant la liberté de l’individu. La femme doit correspondre à des idéaux physiques et mentaux et ne peut s’en détacher sous peine d’affecter l’entièreté de ses proches. Cette chanson amène donc différents concepts qui se retrouvent encore d’actualité dans n’importe quelle région du monde. Il suffit de constater les critères de beauté établis par certains créateurs de vêtements ou certains propos misogynes reprochant aux femmes de se réapproprier leurs corps (l’auteur de ces lignes se rappelle ainsi d’un article traitant les femmes tatouées de « putes inaptes à faire de bonnes mères de famille… »). Par le biais d’une société aux codes préétablis et immuables, la femme se fait déposséder de son identité et se doit de correspondre à un moule sans aucune identité propre. Le film se permet néanmoins d’aborder l’écrasement social en évitant un manichéisme simplet. C’est ainsi que le père, moteur émotionnel du récit, se voit tendre et aimant avec sa fille, sans chercher à s’imposer comme une figure machiste écrasante sans nuances.

Tout cela va être contrebalancé par LA chanson que tout le monde écoute en faisant son sport (même quand on n’en fait pas) : « Comme un homme ». Dans celle-ci, Li Shang chante à ses soldats qu’il va les transformer en bêtes de guerre qui vont agir comme des hommes. Si l’air est particulièrement entraînant et prenant, les paroles vont appuyer l’ironie, à savoir que le soldat le plus performant de Shang se révélera être une femme. L’homme est montré comme une machine devant obéir aux ordres et se transformer en véritable arme. Cela apporte encore une notion intéressante, montrant que l’homme aussi doit correspondre à des attentes de la part de la société, et que ceux qui propagent lesdites attentes ne le font pas nécessairement avec mauvaise conscience, mais car ils ont été endoctrinés à le faire. Shang agit aussi comme cela par pression, celle d’une famille réputée, et par crainte de ne pas s’avérer digne de leurs noms. On critique souvent les personnes imposant des normes et les répétant, mais confronter ces personnes face à leurs doutes est bien plus efficace et humain qu’une stigmatisation simplette et violente.

Une autre chanson qui mérite d’être soulignée est « Une belle fille à aimer ». En chemin pour une bataille, les soldats chantent leur espoir de (re)trouver un être aimé. Ici, on fait donc face à des personnes qui se laissent aller à leur fantaisie dans le but de s’émanciper du pouvoir social et d’imaginer la relation parfaite selon eux. Cela amène un peu plus de profondeur à des protagonistes secondaires tout en laissant part à cette envie d’être autre chose qu’un bras armé. Ça leur confère également quelques traits humoristiques, ces derniers étant d’autant plus efficaces que le contraste qui suivra n’en sera que plus violent.

On peut donc y voir une émancipation des personnages mais cela passe également par la notion de travestissement. La sexualité et ses « obligations morales » (les filles, combien de fois vous a-t-on demandé quand vous comptez avoir un enfant ?) représentent une autre barrière frustrante quand on voit les inégalités sexuelles. En cela, le travestissement de Mulan résonne comme un affranchissement de toute barrière, morale ou physique : qu’importe son sexe ou son milieu social, il faut s’affranchir de tout cela pour atteindre une forme de plénitude. Le travestissement est donc tout autant un moyen d’émancipation qu’un autre, et ne peut en cela être jugé. Le bien-être idéologique doit dépasser l’honneur commun car sans bonheur de l’individu, celui du collectif n’est qu’une illusion.

L’intelligence du film est néanmoins de reconnaître, comme mentionné plus haut, que la plupart des influences écrasantes sont aptes à appréhender l’innovation des traditions. Celles-ci peuvent avoir une utilité de construction sociale mais quand elles se heurtent aux avancées morales de l’être humain, elles doivent s’adapter au monde actuel. Il suffit de repenser qu’à une époque ,les personnes de couleur ne pouvaient pas s’asseoir à certains endroits dans les bus ou que les femmes devaient avoir l’autorisation de leur mari ou leur père pour ouvrir un compte en banque. Rester ancré dans l’ancien revient à ralentir l’avancée de l’être humain. Et d’un autre côté, il ne faut pas stigmatiser chaque tradition, car il y en qui passent les années sans qu’elles n’écrasent une personne de manière à ignorer l’individu derrière le collectif.

La notion d’honneur est également pertinente à analyser dans sa manière d’être vue par les protagonistes. Si Mulan se déguise en garçon, c’est pour sauver son père, et en cherchant à lui faire honneur. Pourtant, selon les mœurs dictées par le film, un tel acte est vu comme du pur déshonneur et irrespect pour la société. Nous avons tous droit à cela dans notre monde, les conflits d’interprétations de notions, de lois ou de tout autre chose. Il suffit de voir les débats sur la fin de tel film ou sur telle phrase opposant différents points de vue, différents regards sur une même chose. Quand on voit certains terroristes se réclamer d’une religion en n’ayant pas cherché plus derrière ce qui est dit ou en faisant une lecture au premier degré, on assiste à des actes catastrophiques. Ici, bien que l’on n’aille pas aussi loin, on appréhende les limites imposées par une vision carrée et sans analyse d’une notion telle que l’honneur. Car si l’honneur d’une famille ou d’un pays est important, celui-ci peut être vu différemment par les personnes qui y sont confrontées.

Dans ce même ordre d’idée, une remise en question des valeurs ancrées profondément dans un collectif doivent alors être revues par notion d’égalité pour ses individus. Le fait que Mulan s’avérera la plus courageuse au combat et sauvera l’empereur devrait replacer les femmes en tant qu’équivalent des hommes dans n’importe quelle tâche. En cela, derrière son aspect film d’animation grand public extrêmement drôle, « Mulan » relève de la véritable interrogation sur la place de chaque être humain en raison de sa « différence ». Être une femme, être musulman, être noir ne devraient pas être vus comme des obstacles dans quoi que ce soit. Il y a une quête de l’égalité universelle qui devrait être logique dans notre fonctionnement en tant que société. Si chaque être humain disposait des mêmes compétences, nous n’aurions pas pu atteindre un stade aussi avancé dans différents domaines comme la culture ou la technologie. Il y a ainsi une célébration de la différence mais également une recontextualisation : cette différence n’est pas un handicap mais une force, vectrice des mêmes valeurs que pour n’importe quel autre individu.

Avec « Mulan », Disney nous a donc offert plus encore que le dessin animé hilarant aux visuels époustouflants (cette descente de montagne…) avec ces musiques intemporelles que l’on connaît. Le film est tout autant cela qu’une ode humaniste pour l’émancipation de chaque être humain, homme ou femme, de normes sociales restrictives, tout en rappelant que chacun doit célébrer ses forces personnelles en étant traité à égal dans ses actes. Bref, pas étonnant que, face à une telle ampleur féministe, le très conservateur Mike Pence ait aussi mal réagi. Qu’importe son sexe, celui de la personne que l’on aime, sa religion ou sa couleur de peau, nous sommes tous différents et égaux et c’est ce qui permet au monde de tourner. Voir « Mulan » relève plus alors que de la culture populaire. Cela revient à une obligation réflexive et philosophique essentielle pour nous rappeler des leçons intemporelles et logiques mais bien trop souvent oubliées…

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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