D'encre, de verre et d'acier - Une déception

25/07/2018

Titre : D'encre, de verre et d'acier

Auteur : Gwendolyn Clare

Editions : Lumen

Prix : 15,00 €

Parution : 3 mai 2018

Nombre de pages : 467 pages

Genre : Aventure, Fantastique, Young adult

Résumé : Et si on pouvait vraiment créer un monde avec de l'encre et du papier ?

Avec la bonne plume, le bon papier et en respectant des règles complexes, il est désormais possible de voir naître sous ses doigts un nouveau monde. Cette nouvelle branche de la science, la scriptologie, connaît deux adeptes hors du commun : Jumi da Veldana et sa fille Elsa sont nées, comme l'univers d'où elles viennent, sous les doigts d'un scriptologue. Mais elles se sont révoltées et ont elles-mêmes appris, à leur tour, les secrets de cet art, et repris le contrôle de leur petit paradis.

Leur bonheur ne dure pas : Jumi cache un noir secret et disparaît, enlevée sous les yeux de sa fille, qui doit s'aventurer dans le monde réel pour retrouver sa trace. Des canaux d'Amsterdam aux rues du Pise, elle finit par trouver refuge dans une véritable "maison de fous" appartenant à l'ordre d'Archimèdes, c'est-à-dire une institution où scriptologues, alchimistes et mécaniciens peuvent venir se mettre à l'abri, étudier et travailler en compagnie d'autres scientifiques. C'est aussi un pensionnat, dont les élèves l'observent avec beaucoup de curiosité – au premier rang d'entre eux, Léo, un mécanicien de génie, avec qui sa rencontre fait des étincelles. L'aide promise à Elsa par l'ordre tardant à se concrétiser, la jeune fille décide de prendre les choses en main. Et ce n'est pas peu dire. Car Elsa, elle aussi, dissimule un secret...

Saura-t-elle réparer par l'écriture un univers devenu fou ? Elsa va devoir apprivoiser les règles de ce nouveau monde et se faire à la complexité des relations humaines si elle veut parvenir à retrouver la trace de sa mère. Passé tragique et ténébreuses conspirations, mondes de poche et armes ultimes : suivez cette héroïne armée d'encre et de papier dans une aventure pleine de charme et de suspense !

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À force d’en faire l’expérience, vous lecteurs savez qu’il y a une première à toute chose. Votre premier sourire, vos premiers pas et pour rester dans le domaine du livre, votre premier livre terminé. Quand c’est une réussite, on en garde un bon souvenir, mais parfois ces premières fois sont celles de l’échec, et là c’est le goût amer qui domine. S’il y a bien une chose que je garde fortement ancrée en moi, c’est ma première fois avec les Éditions Lumen. Depuis The Book of Ivy, j’adore cette maison d’édition et je n’ai jamais été déçue par aucun de leurs ouvrages. Eh bien aujourd’hui, je connais ma première déception avec eux, ce qui me laisse dans la confusion la plus totale.

 

Pourtant tout avait si bien commencé, avec cette magnifique et attrayante couverture. Elle représente une aquarelle à dominante bleue, esquissant un bâtiment où rouages mécaniques et arabesques végétales se mêlent. Lumen, comme la collection R, a toujours eu le chic pour bien choisir les couvertures et faire de leurs livres de véritables objets de décoration. Le titre lui-même est une invitation à la créativité : « Ink, Iron, Glass », que ne peut-on pas faire avec ces trois éléments si ce n’est créer et imaginer mille et une choses ? Et puis vient le résumé qui, bien chargé, donne envie mais pose déjà problème. Mais j’y reviendrai plus tard.

 

Nous suivons donc les péripéties de la jeune Elsa, fille de Jumi da Veldana, la créatrice du monde de Veldana. Alors qu’elles jouissent d’une liberté absolue dans le monde qu’elles se sont créé, la mère de la jeune fille est enlevée et le travail de cette dernière a disparu. Elle se retrouve seule dans le monde réel et contrainte de demander de l’aide. Une aide qu’elle trouve auprès des membres d’une organisation secrète qui, pour sa protection, la placent dans une institution de « fous » qui abrite aussi des élèves doués dans divers domaines scientifiques à Pise. D’abord réticente à s’intégrer auprès des autres pensionnaires et pressée par le temps, Elsa finit par sympathiser bon gré mal gré avec Léo, un mécanicien, qui malgré leurs différends va l’aider dans sa quête.

Au premier abord, le livre jouit d’un concept original et sympathique, celui de la scriptologie, une science permettant d’inventer grâce à votre plume et une imagination fertile des univers et des mondes. Une idée géniale, que je n’avais jamais vue auparavant et qui forcément m’a beaucoup tenté. Mais passée l’euphorie des premières pages avec la découverte et la mise en place des enjeux, ainsi que la présentation des acteurs principaux de l’intrigue, ce fut la douche froide. L’histoire manque d’équilibre dans son ensemble. Les 200 premières pages ont été difficiles à lire, j’ai trouvé que c’était trop long et lent, un encéphalogramme plat à me frustrer au plus haut point. Et pourtant, j’ai aussi eu l’impression que l’auteure ne prenait pas le temps de poser les bases de son récit et d’approfondir les relations entre les personnages. Un constat bizarre.

Pour ce qui est de la plume de Gwendolyn Clare, je n’en suis pas spécialement fan, mais j’ai aimé que ses chapitres débutent par une citation plaisante à découvrir et toujours en rapport avec ce qui allait être développé en aval. J’ai eu l’étrange sensation que ses chapitres étaient trop longs, trop denses et mal divisés. Ça manquait d’effet page-turner avec du rythme et du dynamisme dans les moments d’action, de mystère et d’interrogations prenantes dans les moments de pause. Si bien que n’étant pas stimulée, j’ai fini par m’ennuyer et que fatidiquement je m’endormais sur les pages (je ne rigole pas). Résultat : j’ai mis beaucoup de temps à le finir, ce qui n’est véritablement pas un bon signe. Ce furent les 500 pages les plus longues de ma vie de lectrice, à tel point que j’ai eu envie de chanter « Libérée, délivrée, je ne poserai plus les yeux sur une seule de tes pages ».

Malgré les défauts cités plus haut, je ne peux pas dire que Miss Clare n’a pas une imagination et qu’elle ne sait pas la mettre sur papier, car ce livre n’est pas dénué d’intérêt sur certains points. Premièrement, le contexte spatio-temporel du récit. Nous sommes dans une Europe fantasmée de la fin du 19ème siècle avec les bouleversements économiques et sociaux de l’époque. Un élément que l’auteure a très bien utilisé pour construire son histoire, même si là aussi j’ai eu quelques moments de confusion avant de comprendre que c’était un monde alternatif au nôtre. C’est donc un univers steampunk mais qui se rapproche plus de l’imaginaire de Jules Verne. L’auteure est plutôt précise sur les détails des lieux visités, les outils et les machineries utilisés, ou sur l’atmosphère donnée à son récit. Elle sait où elle va, ce qu’elle cherche à mettre en place.

Si la quête d’Elsa et les mystères qui entourent sa mère restent pour moi des enjeux fades, le sel est apporté par la relation naissante entre les 4 héros. Alors ce n’est pas aussi délirant et bien travaillé que dans un Percy Jackson ou un Harry Potter, mais ça fait le job. J’ai apprécié la diversité ethnique des personnages présentés dans le récit. L’auteure s’est efforcée de représenter l’Europe dans son ensemble (français, italien, hollandais, …) mais aussi l’Orient avec la présence d’éléments liés au Maghreb ou à l’Asie mineure, et bien évidemment le monde de Veldana. Les personnages, même s’ils sont loin de m’avoir captivér, étaient corrects avec des spécificités et des caractéristiques bien précises mais parfois un peu trop poussées. Elsa est une héroïne solitaire et très indépendante. Elle se montre farouche et insociable, ce qui a le don de m’agacer. Ayant une mère peu démonstrative affectivement et plutôt féministe sur certains points, Elsa ne sait pas vraiment faire preuve de souplesse. Léo, le blondinet de Venise, est un mécanicien hors pair mais très arrogant et aussi désagréable qu’Elsa à certains moments. Il rentre dans la case du soupirant imbu de lui-même et lourd, mais évidemment cette personnalité est le résultat d’un passé familial douloureux que le garçon cherche à masquer aux yeux des autres par ses vantardises et ses taquineries. Deux personnalités à fort caractère qui font des étincelles et qui tournent à l’affrontement assez souvent. Ils sont accompagnés par Porzia, une jeune Pisane qui, malgré son exubérante et intrusive personnalité, était plutôt intéressante à suivre. Elle jouit d’un héritage et de responsabilités familiales qui donnent du sens à pas mal de ses interventions. Et pour finir mon préféré, le discret et sage Faraz, un alchimiste tunisien à la personnalité calme et attachante qui temporise beaucoup les 3 autres.

On tombe souvent dans des relations stéréotypées avec un manque de subtilité et de profondeur, mais ça passe. Ce que je pourrais reprocher à la construction de ces personnages serait le fait qu’une fois le livre fini, on ne retiendrait d’eux pour la plupart que leurs défauts agaçants et non leurs formidables qualités. Le livre compte beaucoup de personnages secondaires à peine développés selon moi mais tout de même reconnaissables. Pour ce qui est des ennemis, le mystère est bien entretenu jusqu’à certaines révélations, mais une fois découvert, on tombe sur un antagoniste classique et pas tellement original dans son traitement.

Mais le vrai problème que j’ai rencontré avec le livre de Gwendolyn Clare, c’est la scriptologie. J’ai eu l’impression qu’on m’avait vendu du rêve. Je m’attendais à être initiée dans un premier temps à cet univers alternatif, mais surtout et avant tout à cette science originale et créative qu’est la scriptologie. Je voulais comprendre le fonctionnement, les limites, la technique de cette science de l’écriture. Comment par la force des mots, d’une plume et d’un parchemin ou de je ne sais quoi d’autre, on pouvait créer un monde. Mais je n’ai rien eu de tout cela. Pour qu’un lecteur puisse s’immerger et adhérer à n’importe quel univers et à ses règles, il doit y être initié, c’est indispensable pour la bonne compréhension d’une histoire, ce que l’auteure ici ne fait pas ou alors très mal.

Personne ne s’imaginerait lire Hunger Games sans comprendre le concept des jeux de la faim, ou Twilight sans comprendre la spécificité particulière des vampires du récit de Stephenie Meyer. C’est juste impossible. Je considère que le livre ne fait pas son travail d’initiation et que par conséquent, il m’a complètement perdue avec ses histoires de livres monde, de bordebrume, de gant machin, etc. Sans oublier le concept de la folie, que j’ai trouvé très étrange. Je ne sais pas si c’est dû à une traduction maladroite, mais dans ce livre les enfants doués en mécanique, alchimie ou scriptologie sont vus comme des sortes de surdoués fous adulés par certains ou persécutés par d’autres dans la société du 19ème siècle. À cela s’ajoutent les polymathes qui concentrent tous les savoirs et capacités dans un seul individu, qui sont vivement recherchés. Après réflexion, j’ai aussi constaté que le résumé proposé sur la quatrième de couverture a tenté de couvrir certaines lacunes du livre, ce qui explique sa densité. Il explique et développe un contexte qui selon moi n’est pas abordé dans l’intrigue, à savoir la révolution de Jumi, et donne des détails sur l’ordre d’Archimède, l’institut des fous.

En conclusion, D’encre, de verre et d’acier de Gwendolyn Clare n’a été qu’une illusion. L’intrigue était classique, vue et déjà vue, mais je ne peux pas dire que ce livre soit totalement mauvais à cause de sa banalité, car il a ses forces et ses qualités. Il n’a tout simplement pas su me séduire et susciter chez moi l’envie de le dévorer sans en perdre une miette. Je n’ai pas pu créer de lien fort avec les personnages ou d’attachement particulier à l’univers. J’aurais voulu un meilleur travail apporté à l’aspect complot d’envergure internationale, au mystère et aux enjeux de la disparition de Jumi et à l’importance de l’ordre d’Archimède. Je regrette de ne pas en savoir plus sur ses membres qui, à mes yeux, mériteraient que l’on se penche plus sur eux et les divergences de leurs points de vue. Si vous avez envie de tenter l’aventure de la scriptologie et que les défauts cités ne vous ont pas découragé à sauter le pas, découvrez Elsa, Léo Porzia et Faraz dans leurs aventures. Mais si vous cherchez quelque chose de peu commun et de plus abouti, passez votre chemin.

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Hello !!! Moi c’est Greycie alias Satshy. Comme la plupart de mes camarades, je n’ai pas reçu non plus de lettre pour Poudlard mais les Vacances au Camps des sangs-mêlés dans le bungalow d’Athéna me semblaient plus attrayantes ^^
Enfant des années 90, née sous le signe du taureau et du mouton (calendrier lunaire), je suis du genre déterminée et espiègle. Etudiante en Master cinéma, je me définis comme une enthousiaste. Dès que j’ai une passion, je m’y livre à fond (cheval, cuisine, manga, Japon, voyage, danse classique, etc.), tout y passe depuis deux décennies. Je suis donc une touche à tout mais la passion qui accapare tout mon temps actuellement (et pour longtemps), c’est la littérature. Romance, fantasy, BD, contemporain, manga, historique, science-fiction, … Je lis, que dis-je, dévore de tout ; avec une nette préférence pour le genre dystopie et le young adult. Couplé avec le cinéma, c’est le combo gagnant pour s’évader vers d’autres horizons.
Mes bouquins préférés sont la saga « Percy Jackson » avec les « Héros de l’Olympe » de Rick Riordan ainsi que « Orgueil & préjugés » de Jane Austen. Côté séries, ce sont Once Upon a Time et Outlander et pour le 7ème art la Saga Star Wars et l’adaptation encore une fois de Orgueil et préjugés de 2005.
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