La Guerre du Lotus, l'intégrale - Un récit créatif et riche en détails mais difficile à aborder

04/07/2018

Titre : La Guerre du Lotus

Auteur : Jay Kristoff

Editions : Bragelonne

Prix : 25,00 €

Parution : 29 novembre 2017

Nombre de pages : 1176 pages

Genre : Fantasy, Steampunk, Aventure

Résumé : On disait éteinte la race des griffons, ces créatures mythiques menées par les danseurs d’orage. Pourtant, Yukiko et son père reçoivent l’ordre d’en capturer un pour le cruel shogun des îles de Shima. Contre toute attente, ils y parviennent, mais Yukiko se retrouve perdue dans une forêt sauvage, avec pour seule compagnie un griffon mutilé qu’elle nomme Buruu. Unis dans l’adversité, la jeune fille et l’animal s’entraident. Yukiko serait-elle la véritable danseuse d’orage, ultime espoir du peuple ?

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Faire un marathon, ce n’est pas donné à tout le monde. C’est une discipline qui demande du temps, de l’endurance et une volonté de fer (et de faire). Mais voilà, tout le monde n’a pas la capacité de survivre à 42 000 kilomètres de course ou au visionnage de la saga Star Wars en un bloc sans interruption. Il en est de même pour les livres. On est toujours content de se retrouver devant le coffret de l’intégrale d’une œuvre, mais pas forcément d’enchaîner les tomes d’une traite surtout si cette dernière est une œuvre complexe. La Guerre du Lotus est de cette veine-là. Un énorme pavé de 1200 pages, écrit en tout petit. De quoi décourager les plus téméraires. Et j’ai été découragée dès les premières pages.

La chronique qui va suivre portera principalement sur le premier tome de la trilogie de la Guerre du Lotus, tout simplement parce qu’un bon premier tome, c’est généralement la garantie d’une bonne saga. Alors l’œuvre fantasy de Jay Kristoff vaut-elle le détour ?

Avec l’intégrale de la Guerre du Lotus de Jay Kristoff, j’ai compris un truc. Je n’aime pas les intégrales. L’idée d’avoir à portée de main la totalité d’une saga a ses avantages, dont les plus évidents sont le gain de temps et le prix qui est imbattable. Mais avoir un pavé dans les mains, des feuilles fines, une petite police et une répartition des chapitres aléatoires nuit selon moi au plaisir du moment livresque.

Dans une contrée japonisante et fantasmée répondant au nom de Shima demeurent 4 clans. Yukiko, du clan Kitsune (renard à neuf queues), et son père, le maître de chasse du Shogun, sont envoyés capturer un animal légendaire mi-tigre mi-aigle, disparu depuis des lustres. Une mission impossible, mais qu’ils ne peuvent décliner. Les désirs de Shogun sont des ordres. Avec les membres de leur clan et un petit équipage, ils mettent les voiles sans grand espoir de trouver le tigre du tonnerre, quand l’impossible se produit.

Entrer dans l’univers imaginé par Jay Kistoff n’est pas une chose facile à faire et nécessite un temps d’adaptation pour s’imprégner de l’ambiance. La difficulté réside dans le style adopté par l’auteur, riche en détails, en descriptifs et très visuel. C’est une écriture précise et recherchée, le travail de recherche est palpable dès les premières pages. Il a une approche très imagée de ce qu’il raconte, ce qui donne la sensation de suivre un film. Il y a beaucoup de vocabulaire à assimiler, mais l’auteur ne perd pas son temps à introduire classiquement son univers en donnant toutes les clés, il les distille sur l’ensemble du récit. C’est une démarche audacieuse qui risque de décourager certains lecteurs, d’où l’intérêt de relire le livre une seconde fois pour le voir sous un autre œil. La lecture n’est pas insurmontable, mais il faut s’accrocher car le jeu en vaut la chandelle. En réalité, le style de l’auteur est à l’image de Buruu, le griffon de l’histoire : une bête sauvage qu’il faut apprivoiser petit à petit.

Notre héroïne évolue dans un univers très original et aux nombreuses inspirations. Il combine à la fois le genre steampunk et fantasy à l’Histoire et la culture japonaise. Les amateurs de mangas ou du Japon seront en territoire connu et donc plus à l’aise pour comprendre certains passages et les enjeux de l’intrigue. On sent que l’écrivain australien a pris plaisir à imaginer et construire son univers, car plus qu’une culture, Jay Kristoff a mis en avant l’essence des croyances nippones en s’appropriant leur mythologie. C’est une véritable introduction aux grandes figures mythologiques de la péninsule du soleil levant. Personnellement, ce n’est pas aussi fascinant que la mythologie gréco-romaine, mais c’est tout aussi passionnant. Heureusement, un glossaire et des cartes sont fournis, mais préparez-vous à faire de nombreux allers-retours.

En ce qui concerne la structure, l’histoire est simple et classique comme bonjour. C’est une bonne chose parce qu’elle est au service d’un univers et d’un style. Le besoin de raconter le parcours de Yukiko est presque un prétexte pour justifier l’existence du reste, ce qui explique un peu cette introduction de fou où on a le sentiment que l’auteur s’est lâché et nous a oubliés en route avant de revenir. Pour moi ce n’est pas un défaut en soi, mais j’aurais apprécié que les histoires d’amour soient mieux travaillées, ou d’une manière générale l’attachement aux autres personnages. Car c’est là que j’ai trouvé que ça péchait. Les personnages ont tendance à se lier trop vite les uns avec les autres, sans avoir vécu suffisamment de choses ensemble pour le justifier. Sans doute qu’un peu moins de descriptions et plus de relationnel aurait servi. Même la relation Buruu-Yukiko malgré, qu’elle soit sympa, va trop vite, c’est le genre de truc que l’en rencontre vers la fin d’une saga et pas dans son intro.

En plus de la quête et des aventures de Yukiko et Buruu, la Guerre du Lotus aborde de nombreux sujets contemporains à notre époque. La question de l’écologie tient une place centrale dans l’histoire. Dans cet univers, l’homme, par excès de zèle et de profit, a détruit son environnement en exploitant ses ressources de manière abusive. À cause de l’agriculture intensive et du besoin croissant en « chi » qui est issu du Lotus rouge, tout est mort à Shima. Il n’y a plus ni faune, ni flore, l’air y est irrespirable et les villes sont désormais les plaies béantes de la terre (des croûtes) qui s’infectent. On y parle aussi de désillusions et de dépendance. Pour noyer sa tristesse, on fait aussi appel à un dérivé de la fleur de lotus, qui a la même fonction que l’alcool ou la drogue. Est développée aussi une réflexion politique sur le pouvoir qui est ici abusif, porté par deux entités. Le shogounat, avec la figure de Yoritomo, le despotique et mégalomane shogun qui sert ses propres intérêts au détriment de son peuple, et celle de la guilde du Lotus, qui à l’image d’une secte ou d’un parti politique extrême fait la guerre aux êtres magiques qu’il juge impurs. Le parallèle avec notre société est indéniable, c’est une sorte d’œuvre d’anticipation, il vous suffit simplement de changer le cadre et la région et faire l’analogie avec les OGM produits par Monsanto, par exemple.

J’ai été aussi particulièrement attentive aux traitements réservés aux personnages féminins. Derrière leur grâce, leur beauté et leur discrétion se cachent des intrigantes dangereuses et rusées qui connaissent parfaitement leurs atouts pour survivre ou mener une vengeance. Chaque femme reflète un aspect de la femme. En clair, elles occupent une place non négligeable dans l’avancée du récit et ne sont pas réduites à de  simples personnages-fonctions, des faire-valoir ou trophées. Elles sont les égales des hommes et participent au combat tout en restant des femmes (même si elles restent les filles de ou les sœurs de).

Pour finir, notre héroïne est dans la lignée des héroïnes badass que nous sommes désormais habitués à rencontrer dans nos lectures. La demoiselle ne manque pas de ressources, elle est réfléchie, indépendante et courageuse. Yukiko prend du temps à s’imposer comme le personnage principal de notre intrigue, mais dès que c’est fait, on s’attache rapidement à elle et l’on se sent impliqué dans sa quête. Une quête qui évolue beaucoup, elle se découvre et s’émancipe de toutes les figures d’autorité et découvre le monde et ses rouages sous un œil neuf. C’est le contact avec l’interdit, l’étranger et l’adversité qui fait mûrir cette jeune fille, notamment ses rencontres avec ses adjudants ou ses antagonistes. La plus mémorable, c’est bien évidemment celle avec Buruu l’Arashitora (ou griffon). C’est la relation inter-espèce la plus passionnante qu’il m’ait été donné de lire. Les dialogues entre le tigre du tonnerre et la fille sont véritablement les moments que j’ai le plus aimé lire. Elle est unique et exclusive. Buruu, sous ses airs sauvages, est une bête pleine de bon sens et de répartie. Au contact de l’un et de l’autre, ils vont s’apprivoiser et s’influencer pour le meilleur et pour le pire.

En conclusion, l’intégrale de la Guerre du Lotus de Jay Kristoff est un gros pavé de presque 1200 pages qui vaut le détour. Malgré une introduction laborieuse, cette fable écologique mêlant culture et histoire japonaise et style steampunk, remplit tous les critères pour faire une bonne fiction. L’écriture y est recherchée et l’intrigue est plaisante à suivre avec du suspense, des rebondissements de situation et une touche d’humour (petite). C’est une œuvre dense, créative et pédagogique. Les personnages y sont attachants et mémorables. Globalement, c’est une pépite que je vous invite à découvrir mais en prenant le temps de bien vous imprégner de l’ambiance et de vous conditionner pour endurer la lenteur de l’introduction, les descriptions à rallonge et le style riche de l’auteur.

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Hello !!! Moi c’est Greycie alias Satshy. Comme la plupart de mes camarades, je n’ai pas reçu non plus de lettre pour Poudlard mais les Vacances au Camps des sangs-mêlés dans le bungalow d’Athéna me semblaient plus attrayantes ^^
Enfant des années 90, née sous le signe du taureau et du mouton (calendrier lunaire), je suis du genre déterminée et espiègle. Etudiante en Master cinéma, je me définis comme une enthousiaste. Dès que j’ai une passion, je m’y livre à fond (cheval, cuisine, manga, Japon, voyage, danse classique, etc.), tout y passe depuis deux décennies. Je suis donc une touche à tout mais la passion qui accapare tout mon temps actuellement (et pour longtemps), c’est la littérature. Romance, fantasy, BD, contemporain, manga, historique, science-fiction, … Je lis, que dis-je, dévore de tout ; avec une nette préférence pour le genre dystopie et le young adult. Couplé avec le cinéma, c’est le combo gagnant pour s’évader vers d’autres horizons.
Mes bouquins préférés sont la saga « Percy Jackson » avec les « Héros de l’Olympe » de Rick Riordan ainsi que « Orgueil & préjugés » de Jane Austen. Côté séries, ce sont Once Upon a Time et Outlander et pour le 7ème art la Saga Star Wars et l’adaptation encore une fois de Orgueil et préjugés de 2005.
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