Parvana, une enfance en Afghanistan - Bouleversant et merveilleux

14/07/2018

Titre : Parvana, une enfance en Afghanistan

Réalisateur : Nora Twomey

Avec : Golshifteh Farahani, Saara Chaudry, Soma Bhatia, ...

Genre : Animation, Famille

Durée : 1h33

Nationalité : Canadien, Irlandais, Luxembourgeois

Sortie : 27 juin 2018

Résumé : En Afghanistan, sous le régime taliban, Parvana, onze ans, grandit à Kaboul ravagée par la guerre. Elle aime écouter les histoires que lui raconte son père, lecteur et écrivain public. Mais un jour, il est arrêté et la vie de Parvana bascule à jamais. Car sans être accompagnée d’un homme, on ne peut plus travailler, ramener de l'argent ni même acheter de la nourriture.
Parvana décide alors de se couper les cheveux et de se travestir en garçon afin de venir en aide à sa famille. Risquant à tout moment d'être démasquée, elle reste déterminée à trouver un moyen de sauver son père. Parvana est un conte merveilleux sur l'émancipation des femmes et l'imagination face à l'oppression.

.

Au moment de décerner la récompense du Meilleur film d’animation durant la cérémonie des Oscars le 4 mars dernier, tous les yeux étaient rivés sur le fabuleux récit de Miguel dans Coco qui repartit – comme en pouvait s’en douter – avec le prix ; mais c’est oublier ses autres concurrents. Parmi ses challengers se trouvaient d’autres pépites de l’animation qui n’avaient rien à envier au poulain de Disney, dont « The Breadwinner », en version française « Parvana, une enfance en Afghanistan ». À défaut d’avoir remporté l’Oscar, le film devra se contenter de deux distinctions au Festival International du Film d’Animation d’Annecy et d’une aura toute particulière auprès du public et de la critique.

Native de la belle île celtique d’Irlande, Nora Twomey n’en est pas à son premier coup d’essai dans l’animation. Déjà à la barre du film Brendan et le secret de Kells en 2009, dont elle est la co-réalisatrice avec Tomm Moore, elle nous avait déjà émerveillés de son animation féerique et de ses personnages attachants avec les aventures du petit moine irlandais au 9ème siècle.10 ans après, la voilà de retour mais seule maître à bord avec une adaptation du roman de Deborah Ellis : Parvana, une enfance en Afghanistan.

Pour comprendre un peu les mésaventures de Parvana, il faut faire un peu d’Histoire et de remise en contexte. Le film se déroule en 2001 à Kaboul, capitale de l’Afghanistan. Le pays, qui ne connaît pas la paix depuis la guerre froide, subit depuis 1996 la violence et l’autorité de fondamentalistes islamistes appelés les talibans. Ces derniers revendiquent une pratique de l’islam stricte (charia) et très contraignante pour la population, et notamment pour les femmes, qui se voient dans l’obligation de rester cachées chez elles et de porter la burqa. Parvana et son père écrivain public dissertent sur la place du marché quand ils sont surpris par des sympathisants au régime. Sans aucune raison valable, le père de famille est arrêté et jeté en prison. Sans l’appui d’un homme, la famille composée uniquement de femmes et de mineurs est contrainte de se laisser mourir. Mais pour la jeune fille, cette situation absurde et injuste ne peut durer. Bien décidée à survivre, Parvana se coupe les cheveux et se travestit en petit garçon. Sous cet accoutrement, le quotidien de la jeune fille change, mais le danger d’être démasquée et de ne jamais revoir son père demeure.

Parler de l’Afghanistan dans un film d’animation à destination des enfants n’est pas une mince affaire. C’est une région du monde plus connue pour ses nouvelles tristes et sanglantes que pour sa joie de vivre et sa prospérité, ce dont la réalisatrice et ses animateurs avaient conscience en se lançant dans la réalisation de cette adaptation. Mais le parti pris du film a su à la fois déjouer ce piège tout en restant réaliste et cohérent avec son sujet. Le récit met en place deux narrations en parallèle, celle des péripéties de Parvana et celle du conte que narre cette dernière. L’intrigue s’évertue à montrer le quotidien des kabouliens en ces périodes de troubles.

C’est un quotidien sombre rythmé par la peur et la violence de l’idéologie du régime en place. Mais l’évasion n’est jamais bien loin. À travers le conte de Parvana, le film part dans les contrées du fantastique à travers les aventures de Souleymane, jeune prince parti combattre un méchant roi éléphant ayant volé le soleil. Une légende illustrée à grands renforts de couleurs et de motifs hérités de l’art persan ou islamique, loin de la noirceur de la situation réelle. Car ce que la réalisatrice désire mettre en avant dans son film, et ce dès le début, c’est la beauté et la richesse culturelle de l’Afghanistan, avec ses costumes locaux, sa gastronomie et ses légendes. Et les illustrations sont volontairement belles, poétiques et inspirantes, pétillantes de couleur et de lumière. C’est une manière pour l’auteure de résister au voile d’obscurantisme posé sur cette région, qui aux yeux du monde n’est qu’une énième zone de guerre lointaine et loin de nos préoccupations occidentales, alors que sous ses ruines (comme pour Bagdad d’ailleurs) se cachent une culture et une histoire aussi vieilles et riches que la culture occidentale, qui a vu passer de nombreuses influences étrangères ainsi que des figures historiques.

Le film regorge d’images marquantes, mais la toute première a une signification forte : celle de la transmission d’une génération à une autre, d’un père à sa fille. Dans un monde où les filles sont moins valorisées et considérées que les garçons, cette image a une résonance toute particulière, c’est un moment de complicité agréable à voir. Le père de Parvana, ancien professeur de lettres, enseigne à sa fille l’art des conteurs. Tel un aède dans l’Antiquité grecque, il se fait le porte-voix de leur Histoire, un héritage menacé de disparaître. Un enseignement que la jeune fille, face à la dureté de leur situation, remet en question. Quelle est l’utilité d’apprendre ces histoires si personne n’est là pour l’écouter ? Le film montre l’importance des mots, de les comprendre et de les manier. Les mots ont un pouvoir, celui de s’évader, de rendre vie ou de rapprocher. Le récit du prince Souleymane devient l’unique moyen de s’évader et de se connecter avec son père.

Peut-on parler de l’Afghanistan sans parler du sujet social et politique de la condition de la femme ? Premières victimes du régime taliban, elles sont réduites à de simples ombres et complètement niées ou persécutées par la société afghane. Nora Twomey montre le quotidien des afghans via la famille de Parvana pendant cette triste période où les femmes, dépendantes des hommes, n’avaient pas voix au chapitre. Avec Parvana la téméraire, Soraya la sœur aînée réservée, Fattema la mère instruite mais résignée qui tente par tous les moyens de protéger ses enfants ou encore l’espiègle Shauzia, toutes ces figures féminines, par leur présence et leurs qualités, sont utiles au développement de l’histoire et montrent la pluralité de la femme. Ce sont des personnages très touchants. Malgré leur divergence de point de vue sur la manière d’agir face aux temps durs, elles s’épaulent et s’écoutent, agissant de concert quand il faut.

 

À travers elles, l’intrigue nous dépeint l’absurdité des règles émises par les talibans ; une absurdité qui conduit à la quasi mise à mort de la famille de Parvana. On est choqué de voir cette ville vidée de ses femmes et de ses filles, uniquement investie par la gent masculine. C’est dur de voir un enfant cesser d’en être un, et de voir la désillusion et l’incompréhension dans ses yeux. C’est d’autant plus dur de le voir se travestir pour être « libre de circuler ». Mais bien qu’elle soit courante et dangereuse chez les petites filles, elle n’est pas la seule solution, ce que le film montre clairement. La femme devient une marchandise, une monnaie d’échange pour la survie de toute une famille.

La violence est palpable tout au long de l’intrigue, malgré la beauté du dessin et du message. Brutale et implacable, elle se manifeste aussi bien physiquement que psychologiquement, sans toutefois tomber dans la surenchère. À chaque expédition de notre héroïne, on ressent toute la tension et la peur qu’elle provoque. Bien que ce soit un film d’animation, on est en droit de douter du bien-fondé de montrer un récit montrant la violence aussi frontalement que le fait Parvana. Mais en contrepartie, c’est un bon vecteur pour communiquer et expliciter ce conflit du bout du monde, qui a des répercussions sur l’Occident (c’est aussi un bon moyen de comprendre le flux migratoire que connaît l’Europe actuellement, c’est plus concret).

Niveau mise en scène, il y a de très belles choses aussi. Avec la double narration mise en place dans le récit, le film alterne entre une technique d’animation plus classique, traditionnelle, et une autre plus fantaisiste. La partie conte utilise une sorte d’animation presque artisanale faite de papiers découpés et assemblés, alliant couleurs chatoyantes et formes géométriques, alors que celle de l’histoire centrale emploie un style de dessin qui joue sur la simplicité des traits.

Comme pour son premier film avec les contrées irlandaises du 9ème siècle, Nora Twomey s’est attachée à être la plus fidèle possible à l’atmosphère et au folklore local. Le long-métrage a donc bénéficié du concours des afghans, ce qui se ressent dans le traitement de la ville. Kaboul tient une place importante dans l’histoire, elle est vidée de ses femmes mais envahie par la guerre et ses séquelles qui se répercutent sur le paysage et la population. On croise des carcasses de chars, des armes anciennes, des ruines, ainsi que la présence pesante du sable et de la poussière. Car le milieu où gravitent les personnages, la ville, a une teinte assez délavée, terne et uniforme dans lequel Parvana rayonne grâce aux couleurs qu’elle arbore. À commencer par la couleur émeraude de son regard (qui rappelle le célèbre cliché de l’Afghane aux yeux verts de la Nationale Géographique), puis l’intensité des couleurs qu’elle arbore comme le rouge profond de son voile.

Concernant le travail du son, le doublage des personnages, qu’il soit en version originale ou en version française, est tenu exclusivement par des acteurs et actrices exilés originaires d’Iran ou d’Afghanistan. Avec leur bagage personnel et leur vécu, ils renforcent encore le gage de qualité et d’authenticité recherché par la réalisatrice. Malgré le fait que je n’ai visionné le film qu’en VO, je suis convaincue que le choix de Golshiffteh Farahani pour le rôle de Parvana a été une excellente idée. Elle correspond tout à fait au personnage avec sa voix basse et chaleureuse. La bande originale tient une place importante pour la réalisatrice avec la participation d’un chœur de femmes afghanes, qui comme elle l’affirme, intervient à chaque moment d’espoir dans le récit.

« Ces jeunes filles qui chantent ensemble rappellent que malgré tout, elles continuent d’étudier et de se battre pour exister. »
Extrait d’une interview de Nora Twomey

En conclusion, Parvana, une enfance en Afghanistan est une fable bouleversante alliant réalisme et conte merveilleux. C’est un film dur mais qui ne tombe jamais dans le pathos ou la violence gratuite, mais qui se veut juste et réaliste. J’ai adoré les partis pris artistiques pris par Nora Twomey, l’idée de raconter deux histoires étroitement liées, la volonté de faire honneur à cette région méconnue du public, le choix des voix du doublage ainsi que le double esthétisme employé pour le film. J’espère qu’à travers la beauté du message et de l’animation de ce long-métrage, les spectateurs auront une autre image de l’Afghanistan, de sa population et sa richesse culturelle. Parvana est un film ambitieux qui vaut le coup d’œil, le studio irlandais d’animation Cartoon Saloon n’a rien à envier aux studios hollywoodiens, et j’ai hâte de voir leurs prochains projets.

.

Hello !!! Moi c’est Greycie alias Satshy. Comme la plupart de mes camarades, je n’ai pas reçu non plus de lettre pour Poudlard mais les Vacances au Camps des sangs-mêlés dans le bungalow d’Athéna me semblaient plus attrayantes ^^
Enfant des années 90, née sous le signe du taureau et du mouton (calendrier lunaire), je suis du genre déterminée et espiègle. Etudiante en Master cinéma, je me définis comme une enthousiaste. Dès que j’ai une passion, je m’y livre à fond (cheval, cuisine, manga, Japon, voyage, danse classique, etc.), tout y passe depuis deux décennies. Je suis donc une touche à tout mais la passion qui accapare tout mon temps actuellement (et pour longtemps), c’est la littérature. Romance, fantasy, BD, contemporain, manga, historique, science-fiction, … Je lis, que dis-je, dévore de tout ; avec une nette préférence pour le genre dystopie et le young adult. Couplé avec le cinéma, c’est le combo gagnant pour s’évader vers d’autres horizons.
Mes bouquins préférés sont la saga « Percy Jackson » avec les « Héros de l’Olympe » de Rick Riordan ainsi que « Orgueil & préjugés » de Jane Austen. Côté séries, ce sont Once Upon a Time et Outlander et pour le 7ème art la Saga Star Wars et l’adaptation encore une fois de Orgueil et préjugés de 2005.
2 I like it
0 I don't like it

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *